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Lourdes 14 06 2018 @ Sanctuaire de Lourdes

Lourdes 14 06 2018 @ Sanctuaire de Lourdes

Le sanctuaire comme un lieu où retrouver l’espérance chrétienne, par Mgr Fisichella

Cinq étapes pour « accueillir avec sérieux le mystère »

Il est important « que le sanctuaire s’exprime avant tout comme un lieu où retrouver l’espérance chrétienne, c’est-à-dire la capacité de regarder l’avenir comme un engagement de vie », affirme Mgr Rino Fisichella, président du conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation,.

Il a réfléchi sur la pastorale des sanctuaires dans les pages de L’Osservatore Romano en italien du 24 août 2018 en indiquant cinq étapes qui aident à « éduquer » le pèlerin « à accueillir avec sérieux le mystère » pour « trouver une réponse qui soit chargée de sens, sans le laisser dans le vide de l’incertitude qui crée de la peur ».

La première étape, explique Mgr Fisichella, « nécessite que l’on sache regarder la réalité, bien que sa représentation semble souvent énigmatique ». La « seconde étape sait affronter le défi de la raison qui interroge et pose des questions ». La « troisième étape cherche à découvrir les « raisons du cœur », pour entrevoir parmi les plis si ce mystère est plausible et, plus encore, crédible et s’il donne du sens à la vie. » La « quatrième étape sait faire de la contemplation la voie privilégiée pour s’introduire avec cohérence à l’intérieur du mystère même. » Enfin, la dernière étape « demande un acte d’abandon, en tant qu’exercice ultime de la liberté ».

Voici notre traduction de l’italien des réflexions de Mgr Fisichella.

MD

Spiritualité et charité dans la pastorale des sanctuaires :

L’expression du pape François qui compare l’Église à un champ de bataille est désormais devenue une expression habituelle. Cette image a une valeur expressive. Elle pousse à vérifier, à certains égards, la relation Église-monde et la mission qui incombe aujourd’hui à la communauté des croyants devant un passage historique qui revêt les traits d’un changement radical de culture. Cette perspective, cependant, ne doit pas faire oublier une question fondamentale : notre contemporain a-t-il conscience d’être réellement blessé, mutilé et malade au point d’avoir besoin des soins du médecin.

Je crains que notre contemporain ne sente pas du tout qu’il a besoin de soins et, quand il en sent la nécessité, il ne pense pas en premier lieu à la foi et à la religion catholique. Dans un contexte de supermarché de l’offre religieuse, l’Église catholique semble probablement la moins attractive. Ce fait est certainement visible dans un contexte comme celui de l’Occident en général, qui vit encore sous le primat du sécularisme. La conquête technologique, le progrès des sciences et la conviction établie d’une indépendance et d’une autonomie à l’égard de toute forme d’autorité – en premier lieu l’autorité religieuse – orientent vers un choix différent.

L’Église a donc l’obligation de garder son regard attentif aux phénomènes culturels qu’elle vit, parce que c’est la condition pour qu’elle soit insérée dans l’histoire et qu’elle ait la responsabilité de durer au long des siècles comme médiation fidèle de la Révélation. C’est dans la mesure où on connaît les phénomènes, où on les comprend et on les analyse, qu’il devient possible de les orienter aussi pour sauver l’homme et le promouvoir vers des formes d’existence personnelle qui le réalisent, en le libérant des formes réelles d’anéantissement auxquelles il est certainement soumis.

Mais aussi, une œuvre authentique d’évangélisation adressée aux personnes de notre temps ne peut se concrétiser que dans la mesure où se transmet la richesse d’un passé qui a créé tradition et culture. Aujourd’hui, les personnes semblent se trouver dans une situation fluctuante ; elles manquent de points de référence stables et d’indications sures qui puissent permettre un parcours vers une identité mure. En quelque sorte, nous sommes devant une fluidité qui découle de la « société liquide » incapable de produire des formes alternatives.

Une pastorale qui veut être efficace a besoin de se confronter aussi à ces réalités qui ne sont pas du tout isolées parce qu’elles appartiennent à une vaste partie de la population, même croyante. Quand on œuvre dans un sanctuaire, il est décisif de connaître l’attitude culturelle du pèlerin qui est toujours un enfant de son temps et qui ne peut se débarrasser de la culture dont il vit sous peine de ne pas pouvoir se comprendre lui-même. C’est pourquoi il me semble important que le sanctuaire s’exprime avant tout comme un lieu où retrouver l’espérance chrétienne, c’est-à-dire la capacité de regarder l’avenir comme un engagement de vie, mais en partant du présent par fidélité au réalisme évangélique.

Dans le sanctuaire, il est nécessaire que l’on respire cette atmosphère de crédibilité dans la rencontre avec ceux qui y œuvrent. La prière qui y est célébrée demande une fréquentation assidue et personnelle de la Parole de Dieu, au point de devenir petit à petit contemplation du mystère qui se respire dans les murs du sanctuaire. Éduquer au sens du mystère, parce que celui-ci appartient à l’homme et que l’homme se confie au mystère pour trouver une réponse qui soit chargée de sens, sans le laisser dans le vide de l’incertitude qui crée de la peur.

Dans le même sens, le mystère empêche de tomber entre les mains d’une pensée qui a tendance à tout expliquer, sans même être en mesure de comprendre jusqu’au fond ce que lui-même pense et ce sur quoi il réfléchit. Notamment, le mystère évite de se précipiter dans des formes pseudo-religieuses ou de superstition qui sont renforcées par l’excès de sentimentalisme fanatique ou, à l’opposé, de théories de type réincarnationniste qui annulent la personnalité, niant son identité même. Éduquer à accueillir avec sérieux le mystère équivaut à introduire le pèlerin sur un chemin pénible, mais qui n’en est pas moins nécessaire et décisif pour la foi. Il parcourt des étapes qui, de fois en fois, marquent le chemin accompli.

Une première étape nécessite que l’on sache regarder la réalité, bien que sa représentation semble souvent énigmatique, voilée et cachée. Que connaissons-nous, d’ailleurs, d’une apparition ou d’un événement surnaturel ? Une seconde étape sait affronter le défi de la raison qui interroge et pose des questions, tout en sachant que l’intellect possède un horizon fini et limité, mais sans être pour autant défaitiste. Une troisième étape cherche à découvrir les « raisons du cœur », pour entrevoir parmi les plis si ce mystère est plausible et, plus encore, crédible et s’il donne du sens à la vie, surtout au moment où on l’expérimente et qui a poussé à se mettre en pèlerinage vers le sanctuaire. Une quatrième étape sait faire de la contemplation la voie privilégiée pour s’introduire avec cohérence à l’intérieur du mystère même et constater ainsi son efficacité. Une dernière, enfin, demande un acte d’abandon, en tant qu’exercice ultime de la liberté ; il arrive à la conclusion d’un chemin où tout a été vérifié. On expérimente, en somme, sa propre pauvreté, mais déposée entre les mains d’un Dieu qui vit de miséricorde.

Une place particulière de la pastorale dans le sanctuaire, enfin, est certainement le domaine de la charité. À une période comme la nôtre, souvent caractérisée par la fermeture de l’individu sur lui-même, sans aucune possibilité de relation, et où la délégation semble l’emporter sur la forme directe de participation, le rappel à la responsabilité engage à un témoignage qui sache prendre en charge le frère qui a davantage besoin d’aide. Le malade chronique, le moribond, la personne marginale ou handicapée et tout ce qui exprime aux yeux du monde le manque d’avenir et d’espérance, rencontrent l’engagement des chrétiens. Nous avons des exemples qui rappellent avec force la sainteté d’hommes et de femmes qui ont fait de ce programme l’annonce concrète de l’Évangile de Jésus-Christ et, par cette annonce, le début d’une authentique révolution culturelle. Devant cette sainteté, tous les alibis possibles s’écroulent. L’utopie cède le pas à la crédibilité et la passion pour la vérité et la liberté trouve une synthèse dans l’amour offert sans rien demander en échange.

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

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