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Rencontre privée du pape et du président géorgien © L'Osservatore Romano

Rencontre privée du pape et du président géorgien © L'Osservatore Romano

Le président plaide pour la « réunification » de la Géorgie (traduction complète)

Allocution du président géorgien Margvelachvili

« Je voudrais vous remercier, Sainteté, d’avoir soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Géorgie! » a déclaré d’emblée, dans son discours de bienvenue au pape François, le président géorgien, Guiorgui Margvelachvili, ce 30 septembre 2016, au palais présidentiel de Tbilissi.

Il a aussi évoqué les liens culturels entre Rome et la Géorgie. Il a souligné « l’aspiration » du pays « à avoir des relations constantes avec l’Europe », ajoutant même: « La Géorgie non seulement fait partie de la civilisation européenne mais elle en est aussi un des artisans. »

Evoquant l’occupation russe, il a affirmé le désir de paix, mais aussi d’unification pacifique, à l’instar de la réunification allemande: « Et pourtant, malgré tout, nous ne cherchons pas le conflit, nous cherchons seulement la voie qui conduira notre pays à la libération de l’occupation étrangère et à la paix ! »

Il a conlu: « La voie choisie par la Géorgie est la voie de la paix, de la coopération et de la patience ; c’est la voie qui conduira sans doute à la réunification du pays. »

Voici notre traduction complète de l’allocution du président géorgien.

AB

Discours du président Margvelachvili

Sainteté,

Mesdames et Messieurs,

Chers hôtes,

Soyez les bienvenus !

Je remercie avant tout Sa Sainteté, le pape François, évêque de Rome, d’être venu en Géorgie.

Je saisis cette occasion pour remercier le Très-Saint et Bienheureux Elie II, catholicos-patriarche de toute la Géorgie. C’est précisément grâce à son aide et son soutien qu’il a été possible de réaliser cette visite très importante pour notre pays. La Géorgie, pour la seconde fois, accueille le chef de l’État du Vatican, signe d’une relation particulièrement cordiale entre nos pays. Depuis la restauration de l’indépendance politique jusqu’à aujourd’hui, nous avons toujours senti un soutien fort de la part du Saint-Siège. Nous nous souvenons de ce soutien en tant de paix comme dans les vicissitudes, parmi lesquelles l’agression militaire russe en 2008.

Je voudrais vous remercier, Sainteté, d’avoir soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Géorgie !

L’année prochaine, nous célèbrerons le 25ème anniversaire de l’instauration des relations diplomatiques entre nos pays, mais les relations entre le Saint-Siège et la Géorgie sont pluriséculaires. Les premiers envoyés de Rome sont arrivés en Géorgie dès le XIIème siècle et ensuite se sont établies des relations culturelles et politiques entre nos pays.

Le fait que le premier livre géorgien imprimé a été publié à Rome en 1629 par des missionnaires catholiques est symbolique. Il s’agit du Dictionnaire géorgien-italien et italien-géorgien, et de l’ouvrage Alphabet géorgien, consacré par conséquent à une écriture qui fait partie des 14 écritures fondamentales dans le monde. Au XVIIème siècle aussi, un missionnaire italien, Francesco Maria Maggi, imprima la première grammaire scientifique de la langue géorgienne.

Dans l’histoire de la Géorgie, la mission diplomatique de Sulxan-Saba Orbeliani en Europe occidentale occupe une place particulière ; elle eut une influence importante sur la vie politique et culturelle de la Géorgie et témoigna clairement encore une fois de l’aspiration de notre pays à avoir des relations constantes avec l’Europe.

La Géorgie est un des États les plus anciens dans l’absolu, où les apôtres eux-mêmes prêchèrent le christianisme. L’Église apostolique de Géorgie et nous-mêmes, Géorgiens, sommes donc fiers que de nombreux témoignages de sainteté conservés dans notre patrimoine appartiennent à la période où le monde chrétien était un et indivisible.

Notre pays a souvent apporté sa contribution en sacrifices pour les idéaux communs. Sainteté, vous vous trouvez à Tbilissi, ville aux nombreux martyrs, pays de la reine martyre Ketevan. Pour les valeurs communes, au XIIème siècle, au temps du roi de Géorgie Davit IV le Reconstructeur, l’armée géorgienne a probablement combattu à Jérusalem aux côtés des croisés, alors que dans la bataille de Didgori, en 1121, un groupe de cavaliers croisés lutta aux côtés des Géorgiens. Aujourd’hui encore, nous participons aux missions internationales de paix pour garantir la sécurité et le bien-être dans le monde entier.

La Géorgie non seulement fait partie de la civilisation européenne mais elle en est aussi un des artisans. C’est le Pays du Voile d’Or qui, pendant des siècles, a joué le rôle de pont entre différentes civilisations. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans une ville qui est un symbole du dialogue interculturel, de la coexistence et de la collaboration entre personnes différentes. Sur la base de cette riche culture et des valeurs humaines universelles, la Géorgie a restauré son indépendance politique il y a 25 ans et a commencé la construction d’un État libre et organisé sur le modèle européen.

Aujourd’hui encore, nous continuons notre mission historique et nous cultivons des relations entre l’occident et l’orient. C’est notre objectif d’élargir l’espace pour la coopération internationale, de soutenir le développement des relations entre les êtres humains ainsi que le dialogue entre les cultures et les civilisations.

Sainteté, aujourd’hui vous vous trouvez dans un pays, confié à la Mère de Dieu, qui est encore victime d’une agression militaire de la part d’un autre État : 20 pour cent de notre territoire est occupé et 15 pour cent de la population sont des réfugiés. On a simplement pris la maison de ces hommes parce qu’ils sont éthiquement géorgiens ! A seulement quarante kilomètres d’ici, il y a des barbelés qui interdisent à la population pacifique, aux voisins et aux parents d’avoir des rapports les uns avec les autres ! A seulement quarante kilomètres d’ici, les êtres humains assistent tous les jours à des faits de violence, à des enlèvements de personnes, à des homicides et à des offenses qui lèsent profondément la dignité !

Et pourtant, malgré tout, nous ne cherchons pas le conflit, nous cherchons seulement la voie qui conduira notre pays à la libération de l’occupation étrangère et à la paix ! Le retour des réfugiés est notre devoir premier et fondamental. Les personnes humaines ne doivent pas souffrir à cause des conjectures politiques et doivent avoir le droit de retourner dans leurs maisons.

Nous, hommes politiques, nous avons une mission particulière devant Dieu et devant son peuple. Nous sommes obligés de créer les conditions afin que les êtres humains puissent vivre et se développer dignement. Cette mission ne pourra se réaliser si les droits de la population civile sont piétinés et si le pays voisin continue d’occuper nos territoires ! Notre devoir n’est pas de lutter les uns contre les autres mais de combattre les problèmes qui menacent le bien-être de nos citoyens, de nos compatriotes et de la société en général.

Dans deux jours, la communauté internationale célèbrera un anniversaire important : l’unification de l’Allemagne. Une unification rendue possible grâce à l’unité et à l’implication de la communauté internationale. L’humanité a pu résoudre sans violence un très important problème politique et rétablir la justice historique. C’est un fait qui touche aussi profondément mon pays et je crois que l’implication de la communauté internationale, l’unité, la ferme volonté politique de ne pas reconnaître cet état de chose et de ne pas tolérer l’agression seront les garants de la libération des zones occupés de notre pays et de la paix dans notre région.

La voie choisie par la Géorgie est la voie de la paix, de la coopération et de la patience ; c’est la voie qui conduira sans doute à la réunification du pays. Sainteté, votre visite en Géorgie est un autre rappel à la paix. Je suis certain que cette visite renforcera non seulement la collaboration entre le Saint-Siège et la Géorgie, mais que c’est aussi un message fort pour garantir la sécurité et le bien-être dans la région.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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