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Le pape François offre Laudato si' au grand imam Ahmed el-Tayeb, L'Osservatore Romano

Le pape François offre Laudato si' au grand imam Ahmed el-Tayeb, L'Osservatore Romano

Le monde doit s’unir contre le terrorisme, appel du grand imam el-Tayeb

Interview à l’issue de sa rencontre avec le pape François

« Je voudrais profiter de ma présence dans cette institution si grande pour les catholiques, le Vatican, pour lancer un appel au monde entier afin qu’il puisse s’unir et serrer les rangs pour affronter et mettre fin au terrorisme, parce que je crois qu’on néglige ce terrorisme », déclare le grand imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité sunnite, au Caire, qui a été reçu par le pape François, lundi, 23 mai 2016.

Il a accordé cette interview à L’Osservatore Romano et à Radio Vatican. La transcription est publiée en italien, en anglais et en espagnol par le Saint-Siège.

Le grand imam Ahmed el-Tayeb ne tarit pas d’éloge pour le pape François: « La première impression, qui a été très forte, c’est que cet homme est un homme de paix, un homme qui suit l’enseignement du christianisme, qui est une religion d’amour et de paix ; et en suivant Sa Sainteté, nous avons vu que c’est un homme qui respecte les autres religions et manifeste de la considération pour leurs fidèles, c’est un homme qui consacre aussi sa vie pour servir les pauvres et les malheureux et qui assume la responsabilité des personnes en général ; c’est un homme ascète, qui a renoncé aux plaisirs éphémères de la vie du monde. »

Voilà comment il envisage l’avenir: « J’exprime de nouveau mes vifs remerciements, l’appréciation et l’espérance, que je porterais avec moi, de travailler ensemble, musulmans et chrétiens, Al-Azhar et le Vatican, pour soulager l’être humain où qu’il soit, quelle que soit sa religion et sa croyance, et le sauver de la crise des guerres destructrices, de la pauvreté, de l’ignorance et des maladies.»

Voici le texte intégral de cette interview, dans la traduction de Zenit. La dernière réponse est une traduction de Radio Vatican.

A.B.

1 Jean-Paul II a été le premier pape à visiter le Grand Imam d’Al-Azhar lors de son voyage en Égypte dans le cadre du Grand Jubilé de l’an 2000. Aujourd’hui, le Grand Imam est le premier à visiter le pape au Vatican à l’occasion du Jubilé de la miséricorde. Quelle est la signification de ces événements si importants ?

Au nom du Dieu clément et miséricordieux, je voudrais tout d’abord adresser mes remerciements à Sa Sainteté le pape du Vatican, le pape François, qui m’a accueilli avec ma délégation d’Al-Azhar, pour le bon accueil et l’affection chaleureuse qu’il m’a réservés. Aujourd’hui, nous faisons notre visite sur une initiative d’Al-Azhar, organisée entre Al-Azhar et le Vatican pour poursuivre notre mission sacrée, qui est la mission des religions de « rendre l’être humain heureux partout ». Al-Azhar a un dialogue, ou mieux, une commission de dialogue interreligieux avec le Vatican, qui avait été suspendue dans des circonstances précises, mais maintenant que ces circonstances ont changé, nous reprenons le chemin du dialogue et nous formons le vœu qu’il soit meilleur qu’il ne l’était auparavant. Et je suis heureux d’être le premier cheikh d’Al-Azhar qui visite le Vatican et s’assied avec le pape pour une séance de discussion et d’entente.

2 Il y a peu de temps le Grand Imam a rencontré le pape François au Vatican. Que pouvez-vous nous dire de cette rencontre et de l’atmosphère dans laquelle elle s’est déroulée ?

La première impression, qui a été très forte, c’est que cet homme est un homme de paix, un homme qui suit l’enseignement du christianisme, qui est une religion d’amour et de paix ; et en suivant Sa Sainteté, nous avons vu que c’est un homme qui respecte les autres religions et manifeste de la considération pour leurs fidèles, c’est un homme qui consacre aussi sa vie pour servir les pauvres et les malheureux et qui assume la responsabilité des personnes en général ; c’est un homme ascète, qui a renoncé aux plaisirs éphémères de la vie du monde. Ce sont toutes des qualités que nous partageons avec lui et c’est pourquoi nous avons éprouvé le désir de rencontrer cet homme pour travailler ensemble pour l’humanité dans ce vaste champ qui nous est commun.

3 Quels sont les devoirs des grandes autorités religieuses et des responsables religieux dans le monde d’aujourd’hui ?

Ce sont des responsabilités lourdes et graves en même temps parce que nous savons – comme nous nous le sommes dit avec Sa Sainteté – que toutes les philosophies et les idéologies sociales modernes qui ont pris en main la conduite de l’humanité loin de la religion et loin du ciel ont échoué à rendre l’homme heureux et à le mener loin des guerres et des effusions de sang. Je crois que le moment est venu pour les représentants des religions divines de participer fortement et concrètement pour donner à l’humanité une nouvelle orientation vers la miséricorde et la paix, afin que l’humanité puisse éviter la grande crise dont nous souffrons actuellement. L’homme sans religion constitue un danger pour son semblable et je crois que maintenant, en ce vingt-et-unième siècle, les gens ont commencé à regarder autour d’eux à la recherche de guides sages qui puissent les conduire dans la bonne direction. C’est tout cela qui nous a poussés à cette rencontre et à cette discussion, ainsi qu’à l’accord de commencer à faire un juste pas dans la bonne direction.

4 L’université d’Al-Azhar est engagée dans un important travail de renouveau des textes scolaires. Pouvez-vous nous dire quelque chose de cet engagement ?

Oui, nous les renouvelons dans le sens où nous clarifions les concepts musulmans qui ont été déviés par ceux qui utilisent la violence et le terrorisme et par les mouvement armés qui prétendent travailler pour la paix. Nous avons identifié ces concepts erronés et nous les avons proposés – à l’intérieur d’un curriculum – à nos élèves des collèges et des lycées, nous avons montré le côté dévié et la compréhension déviée et, en même temps, nous avons cherché à faire comprendre aux étudiants les concepts corrects, desquels ces extrémistes et terroristes ont dévié.

Nous avons fondé un observatoire mondial qui accomplit une surveillance en huit langues du matériel diffusé par ces mouvements extrémistes et des idées empoisonnées qui font dévier la jeunesse. Et ce matériel est aujourd’hui corrigé puis traduit en d’autres langues. Et à travers la « Maison de la famille égyptienne » – qui réunit les musulmans avec toutes les confessions chrétiennes présentes en Égypte, et c’est un projet commun à Al-Azhar et les Églises – nous cherchons à donner une réponse à ceux qui saisissent les occasion et attendent à l’affût pour semer le désordre, les divisions et les conflits entre chrétiens et musulmans.

Nous avons aussi le Conseil des Sages musulmans, présidé par le cheikh d’Al-Azhar, et ce Conseil envoie des délégations de paix dans les différentes capitales du monde et réalise une activité importante en faveur de la paix et pour faire connaître le véritable islam. Nous avons dans le passé, il y a environ un an, organisé une conférence à Florence, précisément ici, en Italie, sur le thème « Orient et Occident » ou plutôt « La collaboration entre Orient et Occident ». En outre, nous recevons à Al-Azhar les imams des mosquées qui se trouvent en Europe, dans le cadre d’un programme d’une durée de deux mois pour offrir une formation au dialogue, dévoiler les concepts erronés et traiter la question de l’intégration des musulmans dans leurs sociétés et nations européennes afin qu’ils puissent être une ressource pour la sécurité, la richesse et la force de ces pays.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

Le Moyen-Orient est sujet à de grandes difficultés. Quel message voulez-vous nous donner à ce propos, à l’occasion de votre visite au Vatican ?

Certainement. Je viens du Moyen-Orient où je vis et subis, ensemble avec les autres, les conséquences des fleuves de sang et de cadavres, et il n’y a aucune cause logique pour cette catastrophe que nous vivons jour et nuit. Il y a certainement des motivations internes et externes dont la convergence a provoqué cet embrasement, ces guerres. Aujourd’hui, je me trouve dans le cœur de l’Europe, et je voudrais profiter de ma présence dans cette institution si grande pour les catholiques, le Vatican, pour lancer un appel au monde entier afin qu’il puisse s’unir et serrer les rangs pour affronter et mettre fin au terrorisme, parce que je crois qu’on néglige ce terrorisme. Ce ne sont pas seulement les Orientaux qui en paieront le prix, mais les Orientaux et les Occidentaux pourraient souffrir ensemble, comme nous l’avons vu.

Voici donc mon appel au monde et aux hommes libres du monde : mettez-vous d’accord tout de suite, et intervenez pour mettre fin aux fleuves de sang. Permettez-moi de dire une parole dans cette déclaration : oui, le terrorisme existe mais l’Islam n’a rien à voir avec ce terrorisme, et ceci vaut pour les oulémas musulmans, et pour les chrétiens et les musulmans en Orient. Et ceux qui tuent les musulmans, et tuent aussi les chrétiens, ont déformé les textes de l’islam, que ce soit intentionnellement ou par négligence. Al-Azhar a convoqué il y a un an une conférence générale pour les oulémas musulmans, sunnites et chiites, et ont aussi été invités les chefs des Églises orientales, de diverses religions et confessions, même les Yézidis ont envoyé un représentant à cette conférence tenue sous l’égide d’Al-Azhar.

Et parmi les points les plus saillants de cette déclaration commune, il a été dit que l’islam et le christianisme n’ont rien à voir avec ceux qui tuent, et nous avons demandé à l’Occident de ne pas confondre ces groupes déviants et induits en erreur avec les musulmans. Nous avons dit d’une seule voix, musulmans et chrétiens, que nous sommes maîtres de cette terre, et nous sommes partenaires, et chacun de nous a des droits sur cette terre. Nous avons rejeté l’émigration forcée, l’esclavage et la vente des femmes au nom de l’Islam. Je voudrais dire ici que la question ne doit pas être présentée comme une persécution à l’égard des chrétiens en Orient, au contraire, il y a plus de victimes musulmanes que chrétiennes, et nous tous subissons ensemble cette catastrophe.

En bref, je voudrais conclure sur ce point en disant que nous ne pouvons pas culpabiliser les religions à cause de la déviation de certains de leurs adeptes, parce que dans chaque religion il existe une faction déviée qui a élevé l’étendard de la religion pour tuer en son nom.

J’exprime de nouveau mes vifs remerciements, l’appréciation et l’espérance, que je porterais avec moi, de travailler ensemble, musulmans et chrétiens, Al-Azhar et le Vatican, pour soulager l’être humain où qu’il soit, quelle que soit sa religion et sa croyance, et le sauver de la crise des guerres destructrices, de la pauvreté, de l’ignorance et des maladies.

© Traduction de Radio Vatican pour cette dernière réponse

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