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Cardinal Parolin, capture CTV

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L’accès à l’eau, droit inaliénable, par le card. Parolin (traduction complète)

«Eau et climat. Les grands fleuves du monde se rencontrent»

«L’accès à l’eau entre dans les droits inaliénables de tout être humain », affirme le cardinal Pietro Parolin.

Le pape François a envoyé un message aux participants au Sommet international « Eau et climat. Les grands fleuves du monde se rencontrent », qui se tient du 23 au 25 octobre 2017 à Rome (Italie), dans la Salle de la Promothèque du Capitole. C’est le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin qui l’a lu en lançant les travaux, ce lundi 23 octobre 2017.

« L’accès à l’eau eentre (…) dans les droits inaliénables de tout être humain, puisqu’il représente un pré-requis pour l’exercice d’une grande part des autres droits humains », déclare encore le secrétaire d’État pour qui « une gestion intégrée soignée des ressources hydriques représente un des principaux instruments pour renforcer la résilience et l’adaptation au changement climatique ».

Il invite aussi à la diffusion d’une « culture de la protection ».

Voici notre traduction du discours prononcé par le card. Parolin en italien, et incluant le texte du pape (en italiques).

H.G.

Allocution du card. Parolin

Monsieur le Président du Conseil,

Messieurs les Ministres,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

J’ai avant tout l’honneur de donner lecture du message que le pape François a adressé à ce sommet :

Sa Sainteté le pape François adresse ses salutations à tous les participants au Sommet international « Eau et Climat. Les grands fleuves du monde se rencontrent », ainsi que ses vœux pour les travaux destinés à distinguer les voies à travers lesquelles préserver le don précieux de l’eau pour l’avenir de l’humanité.

Il souhaite que votre engagement conjoint pour sensibiliser la conscience de la communauté internationale sur les problèmes urgents des bassins fluviaux les plus importants au monde non seulement conduise à des solutions pratiques, mais aussi mette en évidence le besoin d’une approche toujours plus intégrée, en vue de la promotion du développement et de la diffusion d’une « culture de la protection » (Laudato si’, n.231).

En particulier, le pape François croit que la menace soulevée par le changement climatique contre nos frères et sœurs dans les pays plus vulnérables peut trouver des réponses opportunes et efficaces. Confiant les délibérations du Sommet à la conduite du Tout-Puissant, Sa Sainteté invoque des bénédictions de sagesse et de persévérance aux participants et à tous ceux qui sont engagés pour faire progresser une plus grande attention pour notre maison commune.

Permettez qu’après les paroles du pape François, je m’arrête quelques instants sur certains aspects inhérents à la rencontre de ce jour, centrée sur une ressource essentielle comme l’eau, que saint François, dans son Cantique des Créatures, appelle « sœur eau » et définit « très utile, humble, précieuse et chaste ».

Il n’est pas nécessaire, d’un côté, de souligner l’importance de l’eau, élément indispensable pour l’être humain dans tous les domaines de la vie.

D’autre part, nous sommes tous bien conscients que l’augmentation constante des besoins hydriques, exacerbée par les changements climatiques, représente un des défis les plus sérieux d’aujourd’hui et de demain qui se présentent à la communauté internationale.

Ceci requiert de nous tous d’augmenter dans un esprit de responsabilité les efforts destinés à approfondir de manière plus exhaustive le thème de l’eau dans ses différentes acceptions. Je pense par exemple à :

–       l’eau comme composante essentielle pour la vie humaine et pour les écosystèmes

terrestres et aquatiques, qui renvoie à ce droit humain à l’accès à l’eau, toujours plus débattu dans de nombreux forums. L’accès à l’eau rentre, en effet, dans les droits inaliénables de tout être humain, puisqu’il représente un prérequis pour l’exercice d’une grande part des autres droits humains (cf. Laudato si’, n.30), comme le droit à la vie, à l’alimentation et à la santé. Dans cette perspective, la gestion de l’eau, bien commun de l’humanité, doit en permettre l’accès à tous, surtout à ceux qui vivent dans des conditions de pauvreté :

–       l’eau comme élément auquel de nombreuses religions ont attribué une valeur « spirituelle » et « symbolique » ; que l’on pense au rôle de « purification » de l’eau, si bien exposé dans beaucoup d’entre elles ;

–       l’eau comme facteur fondamental pour le développement. La rareté de l’eau ou sa mauvaise gestion sont, en effet, un « facteur limitatif » du développement humain : même en présence d’autres facteurs (travail, terre, minéraux, autres ressources naturelles), le manque ou la mauvaise gestion de l’eau empêchent une vie décente, l’agriculture, l’élevage du bétail, les activités de production, les conditions hygiéniques adéquates et entrainent des inégalités et des migrations forcées ;

–       l’eau aussi comme élément destructeur de la vie sur la terre, à travers divers phénomènes naturels extrêmes liés à son abondance ou à sa rareté, phénomènes qui, malheureusement, se vérifient de manière de plus en plus intense et fréquente ;

–       l’eau comme cause potentielle de « conflit » ou, inversement, de solidarité, surtout là où les ressources hydriques sont partagées par deux États ou plus.

Et c’est précisément sur ces deux derniers points que je voudrais réfléchir brièvement, dans la mesure où ils sont étroitement liés au thème de notre Sommet : le lien entre eau et climat et la gestion des ressources hydriques partagées.

À propos du lien entre eau et climat, on ne peut pas ne pas constater que le problème de l’eau comme « facteur limitatif » du développement est encore plus accentué par le problème des changements climatiques, qui a une incidence sur le cycle hydrogéologique et dépend non seulement d’éléments naturels, mais aussi d’activités anthropiques mal gérées qui peuvent créer des altérations et des déséquilibres du cycle lui-même. Que l’on pense par exemple à la pollution des nappes aquifères ou des fleuves, ou encore à la destruction des forêts. Par ailleurs, il subsiste un lien fort entre changements climatiques et désastres liés à l’eau : on estime qu’environ 90 pour cent des principaux événements extrêmes qui se sont produits ces trente dernières années sont imputables à l’eau (1). Dans cette perspective, une gestion intégrée soignée des ressources hydriques représente un des principaux instruments pour renforcer la résilience et l’adaptation au changement climatique.

En second lieu, l’eau peut faire l’objet de conflit et de différends (les fameuses « guerres pour l’eau » sont de plus en plus fréquentes), surtout en présence de fleuves, lacs ou bassins hydrographiques partagés par plusieurs nations. Mais, en adoptant un changement de perspective prévoyant, l’eau peut être vue comme un élément de collaboration et de dialogue, une occasion de paix et de solidarité, à travers des accords politiques ou technologiques éclairés et responsables, de gestion participative fondée sur la valeur précieuse du « partage ». Les ressources hydriques transfrontalières, « partagées » par plusieurs États, offrent des occasions soit de compétition et de conflit soit de coopération et de solidarité, à partir du moment où elles représentent un facteur clé pour la stabilité économique de tous les États. Des concepts comme ceux de « hydro-solidarité » ou « hydro-diplomatie » se développent. Dans la seconde moitié du XXème siècle, plus de 200 traités sur l’eau ont été négociés, montrant souvent que la coopération transfrontalière en matière d’eau représente un exemple valable de prévention à long terme des conflits, étant donné que les pays dotés de mécanismes de coopération dans ce domaine ont rarement fait recours à la guerre.

Par conséquent, il est nécessaire d’avoir de nouvelles approches de l’eau, de caractère législatif, institutionnel, politique, économique, technique et éthique, et donc aussi éducatif et culturel (cf. Laudato si », n.30), basés sur la conscience que la question hydrique requiert une vision à long terme dans l’optique de cette écologie intégrale si bien définie par le pape François dans Laudato si’. Il est nécessaire d’assumer l’engagement d’inclure la question de l’« eau » dans toutes les discussions sur le développement qui se déroulent dans l’arène mondiale : dans les prochaines années, de nouveaux investissements seront nécessaires, finalisés à accroître la résilience et donc à réduire les risques de désastres naturels, et à favoriser la promotion d’un réel développement humain intégral ; il est bon que l’accès à l’eau et la gestion intégrée des ressources hydriques soient des éléments centraux dans les réflexions visant à déterminer ces investissements.

La nécessité de distinguer de nouvelles approches innovatrices requiert, en outre, de nouvelles formes de coopération entre le public et le privé, de nouveaux modèles de partenariat, dans le cadre d’une planification hydrique rationnelle, où tenir compte de phénomènes comme les changements climatiques, la diffusion et l’assimilation d’information entre la population, la modification à long terme des comportements et des usages vis à vis de l’eau. À la base de telles approches, il faudra donner la priorité à la satisfaction des besoins de sécurité hydrique des pauvres à travers des politiques hydriques pour les pauvres, ainsi qu’à la revitalisation de l’environnement local en encourageant la décentralisation, c’est-à-dire la subsidiarité, en valorisant les connaissances et les expériences des populations et des communautés locales.

J’espère que pourront émerger du Sommet qui commence aujourd’hui des éléments ultérieurs pour développer ces formes de solidarité et de « diplomatie transfrontalière » basées sur l’eau.

Merci.

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(1)  Cfr. Par. 5 of the Cancun High-Level Communiqué, 24 May 2017, of the Fifth Global Platform for Disaster Risk Reduction: «We further identify the close nexus between climate change and water-related disasters which account for almost 90% of the 1,000 most disastrous events since 1990».

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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