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Couverture du livre entretien avec le pape @ EdB

Couverture du livre entretien avec le pape @ EdB

La vie consacrée ou comment ne pas «maltraiter ses limites»

“La force de la vocation”, nouveau livre du pape

“La force de la vocation” – tout baptisé s’y retrouvera – c’est aussi l’art de ne pas avoir peur de ses “limites”, et de les apprivoiser: voilà une pépite cachée au cœur du livre-entretien du pape François avec Fernando Prado sur la vie consacrée qui paraît en français ce lundi 3 décembre 2018, aux Editions des Béatitudes (EdB, traduction de Cathy Brenti).

Il s’intitule « La force de la vocation. La vie consacrée aujourd’hui » avec en exergue en couverture: « Sans une passion amoureuse pour Jésus, il n’y a pas d’avenir pour la vie consacrée » (11,90 euros, 118 pp.).

En parlant de la « limite », le pape François fait de son livre – et à d’autres détours de ces pages inédites – un petit manuel de vie chrétienne à l’usage de tout le peuple de Dieu. Ce qu’il dit là des vocations et de la vie consacrée peut inspirer tout baptisé, et cela tombe bien en ce début d’Avent : on dévore le livre dès qu’on a commencé à le lire. Un petit traité de vie spirituelle efficace, original, et à la portée de tous.

Qui dit vocation dit formation. Le pape François ne donne pas de “recettes”, il dit clairement qu’il n’y en a pas et qu’accompagner les vocations c’est exigeant. Il donne des repères qu’il explique, comme les “3 P”: Pauvreté, Prière, Patience. Ou les “quatre piliers” de la formation des séminaristes: vie spirituelle, vie communautaire, vie d’étude, vie apostolique, qui doivent « interagir », de façon à mettre la personne en formation « en situation ».

Il insiste sur la vie en communauté – les familles le savent bien – « parce que c’est là que les limites apparaissent » : « on se connaît et on nous connaît ». Et on apprend à gérer ses limites. Voilà qui peut être utile dans toute situation de vie et spécialement d’accompagnement, en famille, au travail…

« Si le formateur, explique notamment le pape, voit que quelqu’un ne sait pas gérer ses limites, attention, car il y a des signes de névrose ou d’une certaine immaturité qu’il faudra voir comment mener, gérer, mettre de côté ».

Mais le pape s’exclame immédiatement : « Mais pour l’amour de Dieu, qu’on ne maltraite ni ses propres limites ni celles des autres. Qu’on les gère bien. Dans les quatre dimensions. »

Il précise : « Je veux dire qu’il ne faut pas en avoir peur, mais les accompagner et, si possible, travailler dessus pour les surmonter. »

Le pape rapporte cet exemple : « Un prêtre était tombé amoureux et il est allé le dire à son évêque. Il ne savait pas quoi faire. Il pensait qu’il devait peut-être tout quitter… Il avait une telle peur de sentir qu’il était amoureux qu’il cherchait constamment cette femme et qu’il avait de plus en plus de problèmes. Il n’avait rien, tout cela était une obsession, peut-être un peu adolescente, mais il a pris peur et la première chose qu’il a eu l’idée de faire, ça a été d’en parler à son évêque… Il a bien fait. Combien cela sauve de chercher la paternité! Les crises et les problèmes, il y en aura toujours. Mais on ne doit pas avoir peur. »

Et le pape ajoute à propos du sacrement de la réconciliation : « Je dis habituellement aux prêtres : « S’il vous plaît, ne maltraitez pas les limites des gens ». Si quelqu’un vient se confesser, laisse-le se confesser comme il veut. Ne va pas creuser ici ou là, ne maltraite pas les limites de ses plaies, et, en fonction de ce que tu vois, offre-lui les conseils que tu veux lui donner et qu’il pourra recevoir. A sa mesure ; un seul, le bon, mais laisse toujours ta porte ouverte pour qu’il puisse revenir. Qu’il puisse dire : « Il est bien ce curé, je vais retourner le voir ». »

Le pape insiste sur cet « espace », cette « porte ouverte », « sans bousculer les limites » : « Le pénitent, comme le jeune homme ou la jeune femme en formation, il faut le soutenir et l’aider dans la mesure de ce qu’il peut tolérer. Je pense que c’est nécessaire dans la formation : former les jeunes sans bousculer leurs limites. Il faut aussi faire attention à ceux qui sont choisis pour être formateurs. Il y a aussi eu des formateurs névrotiques qui maltraitaient les limites des jeunes et qui, au lieu de les aider à grandir, les écrasaient. C’est aussi très important de chercher les bons formateurs. »

Cet éloge du bon usage de la limite est à rapprocher de ce que le pape dit ailleurs du discernement : il y a des limites qui sont incompatibles avec la vie consacrée ou sacerdotale, des « névroses » ou des « déséquilibres importants, difficiles à canaliser, même avec une aide thérapeutique » : « Il ne faut pas les accepter ni au sacerdoce, ni à la vie consacrée. Il faut les aider à cheminer ailleurs, sans les abandonner. Il faut les orienter mais on ne doit pas les admettre ». Même s’il sont « brillants » : le pape donne un exemple.

Mais surtout il explique que la vie consacrée ce n’est pas d’abord faire, mais être, dans le Christ, avec le Christ : « La présence de Jésus est tout. Une vie consacrée où Jésus n’est pas présent par sa parole dans l’Evangile, par son inspiration… cela ne marche pas. Sans une passion amoureuse pour Jésus, la vie consacrée n’a pas d’avenir possible. »

Un petit livre d’un authentique père spirituel dont tout baptisé pourra faire du fruit, non ?

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