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Liturgie en rite oriental catholique à l'Institut pontifical oriental @ facebook de l'Institut

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« Eglise et musique »: « Un dialogue entre l’auteur, l’oeuvre et l’interprète » (traduction complète)

« La louange exprime la filiation »

« Je vous remercie encore de vos efforts pour l’étude de la musique, et en particulier de la musique liturgique. Je souhaite que vous et moi – chacun sur son chemin – nous devenions toujours plus des interprètes de l’Évangile, de la beauté que le Père nous a révélée en Jésus-Christ, dans la louange de Dieu qui exprime la filiation », déclare le pape François ce samedi 9 novembre 2019.

Le pape a en effet reçu en audience au Vatican les participants d’un congrès intitulé: « Eglise, musique, interprètes: un dialogue nécessaire ». Il est promu par le Conseil pontifical pour la culture, en collaboration avec l’Institut pontifical de musique sacrée et l’Institut liturgique Saint-Anselme (7-9 novembre).

Le pape a insisté sur le « dialogue » dont parle le congrès: « Il y a un dialogue. Parce que suivre une œuvre d’art n’est pas statique, ni mathématique. Il y a un dialogue entre l’auteur, l’oeuvre et l’interprète. C’est un dialogue à trois. Et ce dialogue est original chez chacun des interprètes: un interprète le ressent comme ceci et le donne comme cela, un autre d’une autre manière. Mais ce dialogue est important: il permet également de développer l’exécution d’une œuvre artistique. Je pense, par exemple, à un Bach interprété par Richter ou par Gardiner: c’est autre chose. Le dialogue est une autre chose et l’interprète doit entrer dans ce dialogue entre l’auteur, l’oeuvre et lui-même. On ne doit jamais oublier cela. »

Voici notre traduction, rapide, de travail, du discours du pape François, prononcé en italien.

AB

Discours du pape François

Chers frères et soeurs, bonjour!

Je vous souhaite la bienvenue à l’occasion du IIIe Congrès international Eglise et Musique sur le thème de l’interprète et de l’interprétation. Je remercie l’organisation du Conseil pontifical pour la culture qui, en collaboration avec l’Institut pontifical de musique sacrée et avec l’Institut liturgique de l’Athénée pontifical Saint-Anselme, a rendu cette édition possible. Je salue tous les participants et je remercie particulièrement le cardinal Ravasi pour son introduction. Je vous souhaite que le travail accompli ces jours-ci soit pour tous un ferment de l’Évangile, de vie liturgique et de service de la culture et de l’Église.

Nous pensons souvent que l’interprète est un traducteur ou celui qui a pour tâche de transmettre quelque chose qu’il reçoit de manière à ce que l’autre puisse comprendre. Mais l’interprète, en particulier dans le domaine de la musique, est celui qui traduit avec son esprit ce que le compositeur a écrit, pour que cela résonne de façon belle et parfaite artistiquement. De plus, l’œuvre musicale existe en tant qu’elle est interprétée, et donc tant qu’il y a un interprète.

Le bon interprète est animé d’une grande humilité devant l’œuvre d’art qui ne lui appartient pas. Sachant qu’il est un serviteur de la communauté dans son domaine, il cherche toujours à se former et à se transformer intérieurement et techniquement, afin de pouvoir offrir la beauté de la musique et, dans la sphère liturgique, de servir l’exécution musicale (cf. Sacrosanctum Concilium, 115). L’interprète est appelé à développer sa propre sensibilité et son propre génie, toujours au service de l’art, qui repose l’esprit humain, et au service de la communauté, surtout s’il exerce un ministère liturgique.

L’interprète musical a beaucoup en commun avec l’expert biblique, avec le lecteur de la Parole de Dieu; dans un sens plus large, avec ceux qui essaient d’interpréter les signes des temps; et plus généralement encore avec ceux qui – nous devrions tous l’être – accueillent et écoutent pour un dialogue sincère. En fait, chaque chrétien est un interprète de la volonté de Dieu dans sa propre existence et, avec elle, il chante avec joie à Dieu un hymne de louange et d’action de grâce. Par ce chant, l’Eglise interprète l’Evangile dans les sillons de l’histoire. La Vierge Marie l’a fait de manière exemplaire dans son Magnificat; et les saints ont interprété la volonté de Dieu dans leurs vies et dans leur mission.

Le Saint-Pape Paul VI, en 1964, lors de la rencontre historique avec les artistes, exprima cette pensée: « Comme vous le savez, notre ministère consiste à prêcher et à rendre accessible au monde, compréhensible et même émouvant le monde de l’esprit, de l’invisible, de l’ineffable, de Dieu. Et dans cette opération qui transmet le monde invisible en formules accessibles et intelligibles, vous êtes des maîtres. C’est votre métier, votre mission; et votre art est précisément de saisir les trésors du ciel de l’esprit et de les revêtir de mots, de couleurs, de formes et d’accessibilité » (Insegnamenti II [1964], 313). En ce sens, donc, l’interprète, comme l’artiste, exprime l’Ineffable, utilise des mots et une matière qui vont au-delà des concepts pour faire comprendre cette forme de sacramentalité propre à la représentation esthétique.

Il y a un dialogue. Parce que suivre une œuvre d’art n’est pas statique, ni mathématique. Il y a un dialogue entre l’auteur, l’oeuvre et l’interprète. C’est un dialogue à trois. Et ce dialogue est original chez chacun des interprètes: un interprète le ressent comme ceci et le donne comme cela, un autre d’une autre manière. Mais ce dialogue est important: il permet également de développer l’exécution d’une œuvre artistique. Je pense, par exemple, à un Bach interprété par Richter ou par Gardiner: c’est autre chose. Le dialogue est une autre chose et l’interprète doit entrer dans ce dialogue entre l’auteur, l’oeuvre et lui-même. On ne doit jamais oublier cela.

L’artiste, l’interprète et – dans le cas de la musique – l’auditeur nourrissent le même désir: comprendre ce que la beauté, la musique, l’art nous permettent de connaître de la réalité de Dieu. Et peut-être jamais comme à notre époque, les hommes et les femmes en ont tellement besoin. Interpréter cette réalité est essentielle pour le monde d’aujourd’hui.

Chers frères et soeurs, je vous remercie encore de vos efforts pour l’étude de la musique, et en particulier de la musique liturgique. Je souhaite que vous et moi – chacun sur son chemin – nous devenions toujours plus des interprètes de l’Évangile, de la beauté que le Père nous a révélée en Jésus-Christ, dans la louange de Dieu qui exprime la filiation. Je vous bénis de tout coeur, et s’il vous plaît, je vous demande de prier pour moi. Merci.

Copyright pour la traduction – Zenit, Anita Bourdin

 

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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