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Mgr Ivan Jurkovic © RV

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Droits de l’homme et environnement : il est urgent d’agir, par Mgr Jurkovic (traduction complète)

Pour une « reconnaissance mondiale d’un droit à un environnement sain et durable »

« Plus de 90 % de la population mondiale, soit plus de 6 milliards de personnes, vivent dans des régions dont la qualité de l’air ambiant est supérieure aux normes de l’OMS », déclare Mgr Jurkovic. Si l’ensemble de la famille humaine est touché par ce phénomène, il a toutefois un « impact disproportionné sur les pauvres et les communautés pauvres », souligne-t-il en citant le Rapport du rapporteur spécial. Pour l’observateur permanent du Saint-Siège, il est « urgent d’agir rapidement, dans un contexte d’éthique, d’équité, de responsabilité et de justice sociale ».

Mgr Ivan Jurkovic, observateur permanent du Saint-Siège à l’Organisation des Nations Unies et à d’autres organisations internationales, a prononcé un discours à Genève lors de la 40e session du Conseil des droits de l’homme, sur le Point 3 « Rapport du rapporteur spécial sur la question des obligations en rapport avec les droits de l’homme qui concernent la jouissance d’un environnement sûr, propre, sain et durable », à Genève, le 4 mars 2019.

 Mgr Jurkovic souhaite « un dialogue sincère et productif » qui intègre « les questions de justice dans les débats sur l’environnement » parce que, fait-il observer, « une approche écologique adéquate inclut toujours une approche sociale ». Pour cela, il plaide pour une « reconnaissance mondiale du droit à un environnement sain et durable » et invite la communauté internationale  à « passer de la décision et de l’engagement solennel à l’action ».

Voici notre traduction du discours de Mgr Jurkovic.

HG

Discours de Mgr Ivan Jurkovic

Monsieur le Président,

La Délégation du Saint-Siège prend note du rapport, qui met l’accent sur l’une des conditions préalables essentielles à la jouissance des autres droits de l’homme, en particulier le droit à la vie et le droit à la santé, y compris la nécessité d’avoir un air pur pour respirer. Comme l’Organisation mondiale de la santé l’a récemment estimé, environ 4,2 millions de décès prématurés dans le monde sont liés à la pollution de l’air ambiant qui peut entraîner des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux, des maladies pulmonaires obstructives chroniques, le cancer du poumon et des infections respiratoires aiguës chez les enfants. Plus de 90 % de la population mondiale, soit plus de 6 milliards de personnes, vivent dans des régions dont la qualité de l’air ambiant est supérieure aux normes de l’OMS. (1)

Les changements climatiques et la pollution atmosphérique sont étroitement liés parce que les émissions de polluants atmosphériques, de gaz à effet de serre qui modifient le climat et d’autres polluants proviennent en grande partie de l’utilisation par l’humanité de combustibles fossiles et de biocombustibles, ce qui accroît les risques d’événements extrêmes qui affectent les déterminants sociaux et environnementaux de la santé – air pur, eau potable saine, nourriture suffisante et abri sûr. Puisque la survie de la famille humaine dépend de la biodiversité, nous ne pouvons pas continuer à considérer la nature comme quelque chose de séparé de nous-mêmes. Les données scientifiques dont nous disposons montrent clairement qu’il est urgent d’agir rapidement, dans un contexte d’éthique, d’équité, de responsabilité et de justice sociale.

Alors que le changement climatique et la pollution atmosphérique frappent aussi bien les riches que les pauvres, il est de plus en plus évident qu’ils ont un « impact disproportionné sur les pauvres et les communautés pauvres » (2). La pauvreté pousse les gens à compter sur des sources d’énergie polluantes pour satisfaire leurs besoins fondamentaux et la pauvreté augmente les risques pour la santé associés à leur utilisation. Ainsi, une approche écologique adéquate inclut toujours une approche sociale. Pour la construction du présent et de l’avenir de notre planète, la communauté internationale est appelée à un dialogue sincère et productif en intégrant les questions de justice dans les débats sur l’environnement. Nous sommes tous conscients de la nécessité de trouver une solution qui ait « une approche intégrée pour lutter contre la pauvreté, redonner de la dignité aux exclus et, en même temps, protéger la nature ». (3)

Le droit à un environnement sain, aux niveaux national et international, constitue une base solide pour une reconnaissance mondiale du droit à un environnement sain et durable. (4) Une telle approche juridique commune nous donnerait une base solide pour la mise en œuvre de mesures contre la pollution atmosphérique et pour la réalisation d’investissements importants « afin de planifier une agriculture durable et diversifiée, de développer les énergies renouvelables et moins polluantes, d’encourager une utilisation plus efficace de l’énergie et de promouvoir une meilleure gestion des ressources marines et forestières ». (5)

En conclusion, Monsieur le Président,

La transition vers une réduction des polluants atmosphériques dangereux, y compris les polluants climatiques à courte durée de vie, constitue un défi non seulement dans le domaine de la technologie, mais aussi dans celui de la santé publique. La qualité de notre air est vitale, car de plus en plus de preuves renforcent l’argument en faveur de la réduction des concentrations de polluants atmosphériques. La mauvaise qualité de l’air contribue à une vaste gamme d’effets néfastes qui touchent les gens tout au long de leur vie.

Le Saint-Siège poursuivra son engagement à travailler ensemble pour le soin de notre maison commune. Ainsi, ma délégation s’engage à « cesser de penser en termes d’“interventions” pour sauver l’environnement au profit de politiques élaborées et débattues par toutes les parties intéressées ». (6) La pollution atmosphérique est un problème évitable pour lequel nous disposons déjà de certains instruments juridiques et techniques. Ce qu’il nous faut, c’est notre engagement à passer de la décision et de l’engagement solennel à l’action. « Les effets du déséquilibre actuel ne peuvent être réduits que par notre action décisive, ici et maintenant. Nous devons réfléchir à notre responsabilité devant ceux qui devront en subir les conséquences désastreuses ». (7)

Merci, Monsieur le Président.

  1. OMS, Pollution atmosphérique et santé infantile : Prescribing Clean Air, 2018 disponible sur :https://www.who.int/ceh/publications/Advance-copy-Oct24_18150_Air-Pollution-and-Child-Health-merged-compressed.pdf?ua=1(dernière consultation 19 février 2019) .
  2. Rapport du Rapporteur spécial sur la question des obligations en matière de droits de l’homme qui concernent la jouissance d’un environnement sûr, propre, sain et durable, A/HRC/40/55, par. 35.
  3. Pape François, Lettre encyclique, Laudato sì, n. 139.
  4. Rapport du Rapporteur spécial sur la question des obligations en matière de droits de l’homme qui concernent la jouissance d’un environnement sûr, propre, sain et durable, A/HRC/40/55.
  5. Pape François, Lettre encyclique, Laudato sì, n. 164.
  6. Pape François, Lettre encyclique, Laudato sì, n. 183.
  7. Pape François, Lettre encyclique, Laudato sì, n. 161.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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