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Card.Pietro Parolin @ CeIS don Mario Picchi FB

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Drogues : semer l’espérance au milieu des nouvelles générations

Homélie du card. Parolin à la Conférence internationale

« Nous sommes invités par le Seigneur à utiliser notre intelligence et nos énergies pour améliorer ce service de guérison, pour semer l’espérance au milieu des nouvelles générations, afin de les aider à ne pas tomber dans le piège des dépendances et les aider à sortir quand, malheureusement, ils y sont tombés », a exhorté le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin devant les participants à une conférence internationale.

Célébrant la messe avec eux, le 30 novembre 2018, en la basilique Saint-Pierre, le « numéro 2 » du Vatican a souligné : « malheur si je ne sers pas mes frères, par l’annonce de la parole et le service de la charité ! »

La Conférence organisée par le Dicastère pour le service du développement humain intégral avait pour thème Drogue et dépendances : un obstacle au développement humain intégral.

Voici notre traduction de l’homélie du cardinal.

Homélie du card. Parolin

Eminences,
Excellences,
Chers confrères prêtres,
Chers frères et sœurs en Christ,

En la fête de l’apôtre saint André, l’Evangile de Matthieu nous présente son appel par Jésus, le Maître. Selon l’évangéliste, un tel appel sera le paradigme de tout autre appel que Jésus adresse à ses disciples, et qui, pour cela, concerne aussi notre présent.
Il est avant tout est important de souligner le lieu de l’appel, le lac de Galilée. Il constitue la frontière maritime entre Israël et les peuples païens. Une telle situation est porteuse d’une grande signification : le message que la Parole de Dieu nous confie est celle d’aller vers tous, de « pêcher », juifs ou païens.
Dans la page de la lettre aux Romains, qu’on vient de lire, ce concept de la destination universelle de l’Evangile est clarifié et répété avec force : « Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent » (Rm 10,11-12, traduction AELF). Dans la langue de saint Paul, l’élimination de la distinction entre juif et grec signifie que tous les hommes ont la même vocation de fils et la même destination à la gloire, sous la conduite du Fils unique.
Le texte de l’Evangile insiste ensuite sur l’appel de deux paires de frères : André et Pierre, Jacques et Jean. On souligne ainsi particulièrement le lien de fraternité ; lien nécessaire pour entrer dans le Royaume de Dieu et pour rendre crédible l’action missionnaire de l’Eglise. Déjà, rien que pour ce don de la fraternité nous devons louer le Seigneur. En effet, nous vivons en un temps de grâce, dans lequel le lien fraternel qui nous unit à nos frères chrétiens et, en particulier aux frères de l’Eglise orthodoxe, dont nous célébrons aujourd’hui le saint patron principal, grandit et se consolide continuellement.
L’Evangile nous montre que Jésus associe ceux qu’il est en train d’appeler à son œuvre de révélation de l’amour du Père. Ceux qui sont appelés devront suivre Jésus, adhérer à sa Personne et collaborer à sa mission. Tout cela comporte un changement radical par rapport à leur vie précédente pour qu’ils se dédient pleinement et sans aucun obstacle à annoncer à leur prochain la nouveauté salvatrice de l’Evangile.
L’appel que Jésus adresse à saint André et à ses autres compagnons pêcheurs se traduit par un appel permanent que le Seigneur adresse  tout homme, comme saint Paul nous le rappelle dans la première  lecture : « Comment entendre si personne ne proclame ? Comment proclamer
sans être envoyé ? Il est écrit : Comme ils sont beaux, les pas des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles!” (Rm 10,14-15, AELF).
Avec l’appel des Apôtres, le Seigneur a fait à l’Eglise le don de la succession apostolique. André, le pêcheur de Galilée deviendra un des douze Apôtres choisis par Jésus et il rendra témoignage jusqu’au martyre à l’amour du Maître et des peuples auxquels il l’a fait connaître. Aujourd’hui aussi, c’est justement la succession apostolique qui permet à l’Eglise de montrer au monde le vrai visage du Christ, nécessaire à tous les hommes pour leur salut et pour leur joie.
Un élément qui ne cesse jamais de nous surprendre, dans l’appel que le Seigneur nous adresse aujourd’hui encore, c’est la confiance qu’Il place sur nous, en tant que communauté, comme individuellement. Dieu nous veut comme ses collaborateurs et il continue de nous prendre à son service. La vérité la plus profonde de chacun d’entre nous est donc celle d’être pris à son service dans la vigne du Seigneur. Cet appel au service concerne tous les chrétiens : quelques-uns d’entre nous ont été appelés dans le ministère ordonné comme diacres, prêtres et évêques, pour l’annonce de la parole de Dieu et le soin pastoral de la communauté, d’autres ont été appelés au service dans la vie consacrée, d’autres ont été appelé au service dans la vocation matrimoniale et chacun contribue par son propre engagement à la croissance de l’unique bien commun.
Notre fragilité, celle de l’Apôtre Pierre, de son frère André et de tous les autres, ne sont pas un motif suffisant pour que Jésus les écarte, mais le lieu privilégié pour que ce soit justement là que se révèlent sa miséricorde et son pouvoir bienveillant qui guérit. C’est sa confiance et sa fidélité qui nous soutiennent tous, comme elles ont autrefois soutenu saint André, jusqu’au martyre.
Le fait d’avoir été appelés au service du projet de Dieu, nous invite tous à la reconnaissance et à l’humilité, et en même temps, à la conscience d’être débiteurs vis-à-vis de nos frères. L’expression que saint Paul a utilisée à propos de son service d’apôtre des nations : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile pas ! » (1 Co 9,16) peut être paraphrasée avec celle que nous devons tous entendre résonner dans notre âme : malheur si je ne sers pas mes frères, par l’annonce de la parole et le service de la charité !
Cet aspect de la dette envers nos frères nous conduit à réfléchir sur un autre élément qui est celui de la responsabilité.
André, après sa première rencontre avec Jésus – raconte l’Evangile de Jean – a ressenti immédiatement la responsabilité d’impliquer son frère Pierre. Le don de la rencontre s’est tout de suite transformée en un désir de partager la joie expérimentée. Par la suite, André et tous les Apôtres ont ainsi intensément ressenti cette responsabilité, qu’ils mettront en jeu toute leur vie. Cela constitue même pour nous une invitation à renouveler notre responsabilité personnelle de personnes qui veulent vivre une proximité responsable, selon l’heureuse expression du Pape François. Une telle proximité responsable se décline dans le soin d’annoncer la Parole de salut et dans le soin de ceux qui sont affligés de toutes sortes de pauvretés, y compris la pauvreté de ceux qui vivent aujourd’hui l’expérience de l’asservissement de la drogue et des autres dépendances.
La Conférence internationale que nous vivons est certainement une expression du service que l’Eglise veut rendre à l’humanité, qui parmi les nombreuses blessures qui l’affligent doit inclure aussi la plaie de la drogue et de ce qu’on appelle les nouvelles dépendances. Tous les participants à cette Conférence partagent cet esprit de dévouement. Nous sommes invités par le Seigneur à utiliser notre intelligence et nos énergies pour améliorer ce service de guérison, pour semer l’espérance au milieu des nouvelles générations, afin de les aider à ne pas tomber dans le piège des dépendances et les aider à sortir quand, malheureusement, ils y sont tombés. Ce type de service est parmi les plus difficiles, tant à cause d’une certaine culture qui ne favorise pas la prévention, que par les fréquentes rechutes de ceux qui sont affligés par les dépendances, qui font désespérer d’une récupération effective. Certains opérateurs sont tentés de perdre l’espérance et éprouvent un sentiment de solitude, également en raison d’une certaine indifférence et de l’affaiblissement qui en découle des politiques actives de prévention, soin et réhabilitation.
Le travail de cette Conférence qui a lieu à l’initiative du Dicastère pour le service du développement humain intégral, est nécessaire et précieux. L’homme blessé sur la route qui va de Jérusalem à Jéricho ne doit jamais être abandonné, même quand les difficultés sont innombrables. L’Eglise désire qu’en soignant la blessure provoquée par la drogue on améliore les projets de récupération, qu’on mette en œuvre des politiques et des législations toujours plus attentives, qu’on renouvelle les motivations et les énergies des opérateurs. Je vous remercie donc tous pour votre engagement généreux dans votre secteur spécifique et pour la collaboration que vous offrez à l’engagement de l’Eglise pour la promotion de chaque homme et de tout l’homme, c’est-à-dire celui du développement humain intégral (Paul VI).
Je confie votre travail à l’intercession de l’Apôtre André et de la Bienheureuse Vierge Marie, afin qu’il produise de bons fruits et suscite des énergies vitales pour le bien de tous.

© Traduction de Zenit, Hugues de Warren

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