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Congrès du Latran, capture CTV

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Crise du mariage: « On ne sait pas ce qu’est le sacrement », fait observer le pape François

Dialogue du pape François avec son diocèse (3/3)

« La crise du mariage existe parce qu’on ne sait pas ce qu’est le sacrement », fait observer le pape François.

Le pape est intervenu lors de l’ouverture du Congrès ecclésial de son diocèse de Rome, dans la basilique Saint Jean-du-Latran, hier soir, jeudi 16 juin 2016.

Le thème de cette année est «  ‘La joie de l’amour’ : le chemin des familles à Rome, à la lumière de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, du pape François ».

« La crise du mariage existe parce qu’on ne sait pas ce qu’est le sacrement: on ne sait pas qu’il est indissoluble, on ne sait pas que c’est pour toute la vie », a précisé le pape qui a proposé différents exemples.

Après le mot d’accueil du cardinal vicaire Agostino Vallini, et la prière d’introduction, le pape François s’est adressé aux familles, aux catéchistes, aux prêtres et aux agents pastoraux.

Voici la traduction officielle de la troisième question et de la troisième réponse du pape François sur la crise du mariage sacramentel. Nous avons publié les premières – sur la liberté et l’individualisme – le 30 juin et les deuxièmes – sur rigorisme et laxisme – le 1er juillet 2016.

A.B.

Troisième question

Où que l’on aille, nous entendons parler aujourd’hui de crise du mariage. C’est pourquoi nous voulions vous demander : sur quoi devons-nous miser aujourd’hui pour éduquer les jeunes à l’amour, en particulier au mariage sacramentel, en surmontant leurs résistances, le scepticisme, le désenchantement, la peur du définitif ?

Troisième réponse

Je reprends ton dernier mot : nous vivons aussi une culture du provisoire. J’ai entendu un évêque raconter, il y a quelques mois, qu’il avait reçu un jeune homme qui avait fini ses études universitaires, un brave garçon, qui lui a dit : « Je veux devenir prêtre, mais pendant dix ans ». C’est la culture du provisoire. Et cela se produit partout, même dans la vie sacerdotale, dans la vie religieuse. Le provisoire. C’est pour cela qu’une partie de nos mariages sacramentels sont nuls, car ils [les époux] disent : « Oui, pour toute la vie », mais ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils ont une autre culture. Ils le disent et ils sont de bonne volonté, mais ils n’en ont pas la conscience. Une fois, à Buenos Aires, une femme m’a adressé un reproche : « Vous les prêtres, vous êtes malins, car pour devenir prêtre vous étudiez huit ans, et ensuite, si les choses ne vont pas bien et que le prêtre rencontre une jeune fille qui lui plaît… pour finir vous lui donnez la permission de se marier et de fonder une famille. Et nous les laïcs, qui recevons un sacrement indissoluble pour toute la vie, on nous fait suivre quatre conférences et cela pour toute la vie ! ». Pour moi, l’un des problèmes est le suivant : la préparation au mariage.

Ensuite, cette question est profondément liée au fait social. Je me souviens avoir téléphoné — ici en Italie, l’année dernière — avoir téléphoné à un jeune homme que j’avais connu quelques temps auparavant à Ciampino et qui se mariait. Je l’ai appelé et je lui ai dit : « Ta mère m’a dit que tu te mariais le mois prochain… Où le feras-tu.. ? — Mais nous ne savons pas, parce que nous sommes en train de chercher l’église adaptée à la robe de ma fiancée… Et ensuite nous devons faire beaucoup de choses : les dragées, chercher un restaurant qui ne soit pas loin…». Voilà les préoccupations ! Un fait social. Comment changer cela ? Je ne sais pas. Un fait social à Buenos Aires : j’ai interdit de célébrer des mariages religieux, à Buenos Aires, dans les cas que nous appelons « matrimonios de apuro », mariages « en hâte » [réparateurs], quand un bébé est attendu. A présent, les choses sont en train de changer, mais il existe cela : socialement, tout doit être en règle, le bébé arrive, nous célébrons le mariage. J’ai interdit de le faire, car ils ne sont pas libres, ils ne sont pas libres ! Peut-être s’aiment-ils. Et j’ai vu de beaux cas, où ensuite, après deux-trois ans, ils se sont mariés, et je les ai vus entrer dans l’église, le papa, la maman et l’enfant qu’elle tenait par la main. Mais ils savaient bien ce qu’ils faisaient.

La crise du mariage existe parce qu’on ne sait pas ce qu’est le sacrement: on ne sait pas qu’il est indissoluble, on ne sait pas que c’est pour toute la vie. C’est difficile. Voilà une autre de mes expériences à Buenos Aires : quand les curés faisaient les cours de préparation au mariage, il y avait toujours 12-13 couples, pas plus, on n’arrivait pas à 30 personnes. La première question qui était posée était : « Combien d’entre vous vivent ensemble ? ». La majorité levait la main. Ils préfèrent vivre ensemble, et cela est un défi, demande du travail. Il ne faut pas dire tout de suite : « Pourquoi est-ce que tu ne te maries pas à l’église ? Non. Les accompagner : attendre et faire mûrir. Et faire mûrir la fidélité. Dans la campagne argentine, dans la zone du nord-est, il y a une superstition : les fiancés qui ont un enfant se mettent en concubinage. A la campagne, c’est ce qui arrive. Ensuite, quand l’enfant doit aller à l’école, ils font un mariage civil. Et ensuite, quand ils sont grand-parents, ils célèbrent le mariage religieux. C’est une superstition, car ils disent que célébrer tout de suite le mariage religieux fait peur au mari ! Nous devons lutter également contre cette superstition. Pourtant, je dois dire que j’ai vraiment vu une grande fidélité dans ces concubinages, une grande fidélité; et je suis certain que c’est un véritable mariage, ils ont la grâce du mariage, précisément en raison de la fidélité qu’ils vivent. Mais il y a des superstitions locales. La pastorale du mariage est la plus difficile.

Et ensuite, la paix dans la famille. Pas seulement quand les époux discutent entre eux, même si le conseil est toujours de ne pas finir la journée sans faire la paix, car la guerre froide du lendemain est pire. C’est pire, oui, c’est pire. Mais quand les parents, les beaux-parents s’en mêlent, car ce n’est pas facile de devenir beau-père ou belle-mère… ce n’est pas facile. J’ai entendu une belle chose, qui plaira aux femmes: quand une femme voit lors de l’échographie qu’elle est enceinte d’un petit garçon, à partir de ce moment elle commence à étudier pour devenir belle-mère !

Je reprends sérieusement : on doit faire la préparation au mariage de près, sans s’effrayer, lentement. C’est souvent un chemin de conversion. Il y a des jeunes garçons et des jeunes filles qui ont une pureté et un amour grands et qui savent ce qu’ils font. Mais ils sont peu nombreux. La culture d’aujourd’hui nous présente ces jeunes, ils sont bons et nous devons nous en approcher et les accompagner, les accompagner, jusqu’au moment de la maturité. Et, à ce moment-là, qu’ils reçoivent le sacrement, mais dans la joie, dans la joie ! Il faut tant de patience, tant de patience. C’est la même patience qu’il faut pour la pastorale des vocations. Ecouter les mêmes choses, écouter : l’apostolat de l’oreille, écouter, accompagner… Il ne faut pas avoir peur, s’il vous plaît, ne pas avoir peur. Je ne sais pas si j’ai répondu, mais je te parle de mon expérience, de ce que j’ai vécu comme curé.

[A la fin, après le chant du Salve Regina]

Merci beaucoup et priez pour moi.

© Librairie éditrice du Vatican

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