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Le pape rencontre des pèlerins de Chine © L'Osservatore Romano

Le pape rencontre des pèlerins de Chine © L'Osservatore Romano

Chine-Vatican : des contacts de plus en plus intenses, par le père Lombardi

Il retrace deux siècles de relations mouvementées

« Ces dernières années, les contacts se multiplient et les canaux de communication semblent plus stables et efficaces » entre la Chine et le Vatican, affirme le père Federico Lombardi, SJ, ancien directeur de la Salle de presse du Saint-Siège et président de la Fondation vaticane Joseph Ratzinger-Benoit XVI.  Il parle « des déclarations de détente à l’égard du pape François » faites par la Chine ces dernières années.

Quelques jours après la signature de l’Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine sur la nomination des évêques, le p. Lombardi retrace deux siècles de relations entre la Chine et le Saint-Siège sur Vatican News en italien du 22 septembre 2018. Il souligne l’estime du pape François pour le peuple chinois.

« Dès le début de son pontificat, explique le p. Lombardi, le pape François manifeste une vive et cordiale attention à l’égard du peuple chinois, contribuant à l’établissement d’un climat nouveau et plus détendu, qui permet la reprise effective du dialogue du Saint-Siège avec les autorités chinoises. »

Parmi les « signes évidents de ce nouveau climat », il cite « les permis accordés à l’avion papal de survoler le territoire chinois lors de son voyage en Corée et les messages envoyés par le pape au président chinois (14 et 18 août 2014) ». « L’interview accordée par le pape François, publiée sur Asia Times le 2 février 2016, ajoute-t-il, est aussi importante et riche d’expressions de l’estime du pape pour la culture et le peuple chinois. »

Du protectorat français à la révolution des Boxers

« L’histoire des relations entre le Saint-Siège et la Chine a connu des hauts et des bas depuis 1800 jusqu’à nos jours », écrit le p. Lombardi. « Suite à la première guerre de l’opium (1839-1842) », raconte-t-il, « le protectorat français sur les missions de l’Église catholique, qui concerne les catholiques étrangers comme les autochtones, s’affermit ». Ce « lien avec la France » renforce en Chine « l’idée du christianisme comme religion étrangère » et « attire envers les chrétiens une haine xénophobe ».

Pendant le pontificat du pape Léon XIII (1878-1903), « une tentative est faite » pour établir des « relations amicales ». « Mais le pape renonce à envoyer un nonce à cause de l’opposition du gouvernement français ».

« En 1900-1901, poursuit le p. Lombardi, l’explosion xénophobe de la révolution des Boxers, pendant laquelle environ trente mille catholiques sont massacrés », « confirme que les protectorats occidentaux font que le christianisme est mal vu par beaucoup de Chinois ». En 1912 la République chinoise est proclamée : c’est la fin de l’Empire.

De Maximum illud au premier cardinal chinois

Au cours du pontificat du pape Benoît XV (1914-1922), la question des missions est au centre des préoccupations du Saint-Siège qui est conscient de « la nécessité de dépasser les conditionnements de l’Église à l’époque coloniale ». « Dans cette perspective, explique le p. Lombardi, la Chine a une place déterminante : le christianisme ne doit plus être perçu comme une religion étrangère. »

La lettre apostolique Maximum illud (1919), « considérée comme la grande charte du nouveau cours des missions, est rédigée surtout sur la base de l’expérience chinoise ».

En 1922, le pape Pie XI (1922-1939) envoie Mgr Celso Constantini en tant que premier délégué apostolique en Chine. Celui-ci « réunit en 1924 le concile de Shanghai et prépare les premières ordinations de six évêques chinois, qui seront célébrées à Rome par Pie XI personnellement le 28 octobre 1926 : l’événement sera la démonstration claire de sa volonté de créer une Église locale en Chine ». Mgr Constantini « fait aussi plusieurs tentatives pour établir des relations diplomatiques qui n’aboutiront cependant pas ».

« Le pontificat de Pie XII (1939 -1958), écrit le p. Lombardi, continue dans la même ligne en ce qui concerne l’Église en Chine et les relations diplomatiques avec la République chinoise. » En 1942, « les relations diplomatiques entre la Chine et le Saint-Siège sont annoncées ». En 1946, le premier cardinal chinois est créé ; il s’agit du verbiste Thomas Tien Ken-sin. « Toujours en 1946, la hiérarchie épiscopale est instituée en Chine, selon la structure encore indiquée dans l’annuaire pontifical qui comprend 20 archidiocèses, 85 diocèses et 34 préfectures apostoliques. »

L’expulsion des missionnaires catholiques étrangers

En 1946, Mgr Antonio Riberi est accrédité comme internonce auprès du gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek. « Lorsque le nouveau régime lui succède, explique le p. Lombardi, le représentant pontifical ne se transfère pas à Taïwan avec le gouvernement précédent, mais reste sur le continent et invite les missionnaires étrangers à rester. »

En 1949, « Mao Zedong prend le pouvoir et la République populaire de Chine est fondée ». « Le 1er juillet 1949, le Saint Office condamne le communisme : cela vise surtout la situation européenne, mais la condamnation a une valeur générale et manifeste par conséquent la position de l’Église à l’égard de l’idéologie du nouveau régime. »

En janvier 1951, le Bureau des affaires religieuses est constitué. « Après une très violente campagne de presse », l’internonce Riberi quitte le pays le 5 septembre 1951. « Presque tous les missionnaires catholiques étrangers sont expulsés entre 1951 et 1954. »

Au même moment, explique le père jésuite, « le Mouvement de réforme des trois autonomies (autogouvernement, autogestion financière, autodiffusion) est lancé avec un certain succès chez les protestants, mais pas parmi les catholiques ».

Le pape Pie XII condamne le « mouvement patriotique » : d’abord avec la lettre apostolique Cupimus imprimis (1952), et puis avec l’encyclique Ad Sinarum gentem (1954).

Premières ordinations épiscopales sans mandat pontifical

En 1955, l’évêque de Shanghai, Mgr Ignatius Gong Pinmei, et beaucoup d’autres, sont arrêtés. Un an plus tard (en 1956-1957), au cours de la Campagne des cent fleurs – lancée par Mao Zedong « pour améliorer la relation entre le pouvoir et les masses » – des catholiques arrêtés sont libérés. « C’est dans ce contexte, explique le p. Lombardi, en 1957, qu’est fondée l’Association patriotique des catholiques chinois et qu’ont lieu les premières ordinations épiscopales sans mandat pontifical. Commence ainsi le fameux « catholicisme officiel » et plus de 20 évêques sont ordonnés avant octobre 1958. »

« Avec l’encyclique Ad apostolorum principis (1958), le pape Pie XII encourage le patriotisme des catholiques chinois, mais rejette l’Association patriotique. Quant aux ordinations sans mandat pontifical, il est clairement affirmé qu’elles sont illégitimes, mais valides. »

Il ne faut pas parler de « schisme »

« Pendant les premiers temps de son pontificat, écrit le p. Lombardi, lorsqu’il se réfère à la situation chinoise, le pape Jean XXIII (1958-1963) parle de « schisme », mais il change rapidement d’attitude. » « Entre la fin de 1958 et le début de 1960, une réflexion plus approfondie le convainc qu’il ne faut pas parler de « schisme » étant donné qu’il n’y a pas de volonté schismatique de la part du clergé chinois. »

En janvier 1962, l’Association patriotique, « insiste avec un ton très virulent sur une Église totalement indépendante de Rome ».

En 1966, Mao Zedong lance la Révolution culturelle (1966-1976). « Cela signifiera l’interdiction de toute activité religieuse, la fermeture de tous les lieux de culte et l’interdiction de toute pratique religieuse. »

Le pape Paul VI (1963 -1978), rappelle le p. Lombardi, « est le premier et unique pape qui se soit rendu sur le territoire chinois continental » : il a visité Hong Kong, au cours de son voyage en Asie et en Océanie, en 1970.

Les premiers signes d’ouverture dans le domaine religieux

Le début du pontificat du pape Jean-Paul II (1978 – 2005) coïncide avec « les premiers signes d’ouverture dans le domaine religieux ». En 1980, quelques églises rouvrent dans plusieurs villes. Au début des années quatre-vingt, des évêques et des prêtres internés sont libérés. Le Bureau des affaires religieuses est reconstitué, ainsi que les cinq Associations patriotiques religieuses. L’Association patriotique catholique organise un congrès et une conférence qui « crée » « un Collège des évêques chinois qui n’a jamais été reconnu par Rome ».

Le 18 février 1981, de Manille, le pape Jean-Paul II adresse des salutations à tous les catholiques de Chine.

« Le cardinal Agnelo Rossi, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, raconte le p. Lombardi, autorise le 12 décembre 1981 les évêques chinois « légitimes et fidèles au Saint-Siège » à ordonner d’autres évêques, si nécessaire sans accord préalable avec Rome. Mais ce privilège (déjà accordé dans le passé pour les pays européens sous régime communiste) conduira à des abus, et les oppositions entre « clandestins » et « officiels » ou « patriotiques » s’aggraveront. »

En 1982, le document sur le contrôle par le parti communiste « des cinq religions officiellement reconnues (bouddhisme, taoïsme, islam, protestantisme et catholicisme) est mis en circulation ». À l’article 36 du document, on affirme qu’ « aucune réalité religieuse en Chine ne peut être contrôlée de l’extérieur ».

« Pourtant, la même année, écrit le p. Lombardi, un certain nombre d’activités de l’Église reprennent. Le jésuite Aloysius Jin Luxian peut rouvrir le séminaire de Sheshan, après treize années pendant lesquelles l’Église était restée sans structures de formation. Ainsi, à la fin de cette décennie, environ deux cents nouveaux prêtres seront ordonnés. Divers biens confisqués sont rendus et l’on voit s’ouvrir progressivement des couvents de sœurs ainsi que des activités caritatives et de formation. »

L’idée d’une Église schismatique disparaît

« Après la fin de la Révolution culturelle, beaucoup d’évêques « patriotiques » … ont demandé, par des voies confidentielles, d’être reconnus par Rome et l’ont obtenu. Ainsi, l’idée d’une possible Église « schismatique » disparaît définitivement. »

En janvier 2007, le communiqué d’une commission sur la Chine affirme que « presque tous les évêques et prêtres sont en communion avec Rome ». « Ceci manifeste un changement très important de la situation, mûri dans le temps, affirme le p. Lombardi. Dans l’Église en Chine se distinguent les figures de grands pasteurs reconnus par le gouvernement et en même temps en communion avec Rome, comme l’évêque de Shanghai, Mgr Aloysius Jin Luxian. »

En l’an 2000 émergent de nouvelles difficultés dans les relations entre la République populaire de Chine et le Saint-Siège, surtout en raison des ordinations de nouveaux évêques illégitimes en Chine et de la canonisation à Rome de 120 martyrs chinois de la révolution des Boxers.

Le pape Jean-Paul II « s’engage beaucoup pour dépasser ces difficultés » : tout particulièrement, dans son message du 24 octobre 2001, « il s’adresse à la Chine, aux Chinois et à leurs autorités, avec la main tendue de l’amitié et de l’estime et aussi la reconnaissance d’ « erreurs et limites du passé ».

En 2005, écrit le p. Lombardi, « il faut surtout se souvenir de la déclaration élogieuse faite par le ministère des Affaires étrangères de Pékin à l’occasion de la mort de Jean-Paul II, qui a été suivie par une reprise des contacts directs ».

La Lettre du pape Benoît XVI aux catholiques chinois

« Le 27 mai 2007, est publiée la très importante lettre du pape Benoît XVI « aux évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs de l’Église catholique dans la République populaire de Chine », riche en indications pastorales. » « Le pape insiste sur l’unité de l’Église, abolit tous les pouvoirs spéciaux (par exemple les ordinations « clandestines » d’évêques) et souhaite le dialogue avec les autorités gouvernementales. »

Toutefois, ajoute le p. Lombardi, « des ordinations illicites ont à nouveau lieu entre 2010 et 2011, auxquelles le Saint-Siège répond le 16 juillet 2011 avec une détermination particulière ».

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

About Marina Droujinina

Journalisme (Moscou & Bruxelles). Théologie (Bruxelles, IET).

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