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Clelia Merloni @ Wikipedia

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Bienheureuse Clélia Merloni, « une religieuse qui ne regardait que Dieu »

Homélie du card. Becciu pour la béatification (Traduction intégrale)

Mère Clelia Merloni (1861-1930) « était une religieuse qui ne regardait que Dieu ; sa devise était « Dieu seul ». Dieu avant tout et par-dessus tout » : c’est ce qu’a souligné le cardinal Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, lors de la béatification de la fondatrice des Apôtres du Sacré-Cœur de Jésus.

Au cours de la célébration qui a eu lieu dans la basilique papale de Saint Jean-du-Latran, le 3 novembre 2018, le cardinal Becciu a assuré que pour la bienheureuse italienne, « il valait la peine de le choisir comme unique Idéal de vie et s’en remettre à Lui seul, surtout à la lumière de l’expérience, vécue sur sa propre chair, de l’effondrement de tant de certitudes humaines ».

« Précisément parce qu’elle était une femme qui se donnait totalement à Dieu, a ajouté le préfet du dicastère, elle était une femme qui se donnait entièrement à ses frères et sœurs, surtout les petits, les pauvres, les simples, les sans défense. Son amour pour Dieu ne pouvait que se refléter et s’incarner dans son amour pour l’homme, image vivante et palpitante de Dieu. Son cœur était ouvert à tous, surtout aux malades et aux souffrants. »

Voici notre traduction de l’homélie prononcée par le cardinal Becciu.

AK

Homélie du card. Becciu

Chers frères et sœurs,

La parole de Dieu qui a été proclamée nous aide à saisir le cœur de l’expérience humaine et chrétienne de la bienheureuse Clélia Merloni, car elle souligne les éléments essentiels de son « visage » spirituel. C’est le visage d’une femme dont l’existence a été marquée de façon impressionnante par la souffrance et les tribulations : la croix a été le sceau de toute sa vie ! Mais son regard, surtout à l’heure de l’épreuve, était toujours tourné vers Dieu.

L’apôtre Paul, dans la seconde lecture, s’adresse aux chrétiens de Corinthe, désignant l’amour comme le « chemin par excellence » pour obtenir les dons les plus grands (cf. 1 Co 12, 31), et affirme : « L’amour prend patience, l’amour rend service, l’amour ne jalouse pas,[…] il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune [….]. il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout » (Ibid. 13, 4-7). Pour sa part, l’évangéliste Luc met dans la bouche de Jésus ces paroles : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Lc 6,27).

Ces exhortations semblent trouver une nouvelle actualité dans la vie de Mère Clélia, qui les a fait siennes de façon radicale, surtout lorsqu’elle a été frappée par des calomnies qui ont déterminé sa destitution du gouvernement puis de l’Institut qu’elle avait elle-même fondé. Ce fut la période de son calvaire. Un calvaire personnel dur et minant, fait de solitude et d’isolement, d’affaiblissement physique et de difficultés, jusqu’à la limite du désespoir. Ce fut le moment de sa rencontre avec son Époux, Jésus Crucifié. Comment en effet ne pas l’assimiler à Celui qui, sur la croix, a souffert l’abandon, le mépris, l’ignominie, l’échec, le dépouillement de toute dignité humaine ? La bienheureuse Clélia, à l’exemple de Marie restée ferme et inébranlable au pied de la Croix, n’a pas douté de sa foi en Dieu, en Celui qui n’abandonne jamais ses enfants en toute saison de leur existence, surtout à l’heure douloureuse, souvent inextricable à comprendre et difficile à accepter.

Clélia a partagé la blessure du Cœur de Jésus, répondant avec amour à l’hostilité et au mépris. Au pied du Tabernacle, elle déposait toute contrariété : c’était son point d’appui. Devant le Cœur de Jésus, elle reconnaissait sa volonté de se réconcilier avec tous, trouvant la force de pardonner à tous ceux qui la persécutaient. Bien qu’ayant un caractère fort, elle fit preuve d’une tendresse extraordinaire, oubliant les offenses subies, et témoignant ainsi de la puissance de l’amour, un amour toujours vainqueur, qui ne s’emporte pas, n’entretient pas de rancune, qui excuse tout, supporte tout. Elle ne parlait jamais au détriment de qui que ce soit, même de toutes ces personnes, spécialement dans sa Congrégation, qui lui étaient hostiles ; elle embrassait les souffrances, les offrant au Seigneur et voyant en elles toutes les facettes de l’Amour de Dieu à son égard.

Ainsi, par sa vie donnée en oblation totale, elle fut la fondatrice des Apôtres du Sacré-Cœur de Jésus, témoignant dans sa chair le charisme de l’Institut. Un charisme actuel et fascinant : s’offrir totalement et joyeusement au Cœur de Jésus pour être un signe vivant et crédible de l’amour de Dieu pour l’humanité.

Le centre de sa foi est toujours resté le Christ, rencontré surtout dans le mystère eucharistique, dans les longues heures passées dans la chapelle, même la nuit et malade. Un témoin raconte : « Après de graves événements, elle se réfugiait dans la chapelle et beaucoup de sœurs âgées qui la voyaient rapportent qu’il fallait la secouer pour qu’elle réponde car elle tombait dans la contemplation de Dieu et en Lui s’arrêtait comme dans une extase profonde » (Informatio, 67).

Cette centralité eucharistique se reflétait dans l’attention qu’elle portait au décor de l’autel, à celui des fonctions liturgiques, à la décoration des églises, les jours de fête, spécialement à l’attention des prêtres, les ministres de l’autel, pour lesquels elle priait tout spécialement, surtout pour ceux qui étaient en crise.

C’était une religieuse qui ne regardait que Dieu ; sa devise était « Dieu seul ». Dieu avant tout et par-dessus tout. Il valait la peine de le choisir comme unique Idéal de vie et s’en remettre à Lui seul, surtout à la lumière de l’expérience, vécue sur sa propre chair, de l’effondrement de tant de certitudes humaines. Bien à raison elle pouvait recommander à ses consoeurs : « Imprime dans ton cœur que Dieu seul est ton unique bien et ton unique refuge ».

Toute avec Dieu et uniquement à Lui, elle savoura sa présence continue, plongée dans le surnaturel, au point qu’elle fut transformée en « flamme d’amour ».

En effet, la bienheureuse Clélia vivait une vie de prière contemplative intense et constante. Les témoignages s’accordent pour dire qu’elle priait continuellement, le regard fixé sur Dieu, scrutant sa Parole et tissant sa prière avec toutes ses actions : sa vie était devenue prière. Elle était tellement attachée à la prière que son union intérieure avec Dieu l’amenait à sauter des repas. « Quand on lui demandait : Mère, comment pouvez-vous vivre sans manger ? », elle répondait que son repas était la prière » (Informatio,35).

Mais voici un autre trait du visage spirituel de la bienheureuse Clélia Merloni : précisément parce qu’elle était une femme qui se donnait totalement à Dieu, elle était une femme qui se donnait entièrement à ses frères et sœurs, surtout les petits, les pauvres, les simples, les sans défense. Son amour pour Dieu ne pouvait que se refléter et s’incarner dans son amour pour l’homme, image vivante et palpitante de Dieu. Son cœur était ouvert à tous, surtout aux malades et aux souffrants ; elle savait s’approprier le besoin des autres, jusqu’à se priver souvent de ce qui lui était nécessaire ; elle manifestait toujours une tendresse particulière, une compassion innée pour toutes sortes de souffrances, pour lesquelles elle se soumettait à tout inconfort et fatigue, éteignant cette soif de charité et de zèle qui brûlait en elle. Dans ses œuvres de charité, elle ne connaissait pas de limites et s’identifiait pleinement aux problèmes des autres ; ceux qui vivaient à côté d’elle affirment : « Si elle voyait une personne dans le besoin et ne pouvait l’aider, elle se sentait en échec par rapport à cette douleur. Face à la charité, elle ne comprenait rien » (Informatio,53).

Chers frères et soeurs, les Saints et les Bienheureux sont pour nous des messages vivants et vécus de Dieu. C’est pourquoi l’Église nous les propose comme exemples à vénérer et à imiter. Ouvrons-nous donc au message que la bienheureuse Clélia Merloni nous transmet si clairement à travers sa vie et ses œuvres. Ses souffrances morales ont fait d’elle une femme forte et courageuse qui a su témoigner l’amour de Jésus en toutes circonstances. S’unir au Cœur de Jésus transpercé et vouloir vivre la passion du Christ implique la conscience que l’étreinte de la Croix est une condition essentielle pour faire jaillir la vie autour de nous et ne pas laisser la mort l’emporter sur elle, la haine l’emporter sur l’amour, la division sur la communion. En effet, la bienheureuse n’a jamais baissé les bras face aux outrages et aux calomnies de toutes sortes. Elle a réagi en répandant l’amour partout, surtout envers les plus faibles et les plus défavorisés, et en œuvrant pour les soins et l’éducation religieuse des jeunes générations. Pas seulement. Elle a su aussi partager son ardent désir d’amour de Dieu et de ses frères et sœurs avec d’autres camarades avec lesquelles elle a commencé d’une manière originale une expérience de vie religieuse consacrée au Sacré-Cœur, où la prière et la souffrance sont devenues des éléments essentiels de leur charisme. Ces dimensions n’ont jamais manqué dans l’existence de la bienheureuse. Avec elles, elle a grandi et gouverné l’Institut, laissant en héritage à l’Église une interprétation très actuelle du sens de l’autorité comme autorité dans le don et l’amour.

Chères Apôtres du Sacré-Cœur de Jésus, nous nous réjouissons aujourd’hui avec vous de voir Mère Clélia inscrite parmi les bienheureuses. Nous vous demandons d’entretenir la flamme de son charisme et surtout sa spiritualité oblative, dont le pivot est l’amour qui supporte et pardonne tout. La mission pour laquelle votre Famille religieuse a été fondée est toujours actuelle. La devise de votre Institut, Caritas Christi urget nos – l’Amour du Christ nous pousse – vous engage à faire vôtres ces paroles de saint Paul, en irradiant l’amour sans arrêt et sans limites.

Demandons au Seigneur que le chemin de sainteté, que Mère Clélia Merloni nous a montré par sa vie soutenue par son amour pour la Croix, devienne chaque jour le chemin lumineux et sûr de notre chemin d’amour pour Dieu et pour nos frères.

Répétons ensemble: Bienheureuse Clélia Merloni, prie pour nous!

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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