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"Juifs et chrétiens", Benoît XVI en dialogue avec le rabbin Arie Folger @ San Paolo

"Juifs et chrétiens", Benoît XVI en dialogue avec le rabbin Arie Folger @ San Paolo

« Benoît XVI en dialogue avec le rabbin Arie Folger: Juifs et chrétiens »: un livre pour l’anniversaire du pape Benoît XVI

L’enjeu c’est aussi la lutte contre l’antisémitisme

« Benoît XVI en dialogue avec le rabbin Arie Folger: Juifs et chrétiens »: ce livre publié en Italie ce 16 avril 2019 coïncide avec le 92e anniversaire du pape émérite Benoît XVI qui souligne que « le dialogue entre juifs et catholiques avance ».

Il s’agit d’un dialogue traduit de l’allemand en italien entre le pape émérite Benoît XVI et le grand rabbin – du judaïsme orthodoxe – de Vienne, Arie Folger, qui est l’auteur de la préface.

Le livre est édité aux éditions San Paolo sous la direction d’Elio Guerriero, directeur de l’édition en italien de la revue Communio. Il est né des objections du rabbin autrichien à un écrit de Benoît XVI sur les relations avec le judaïsme, publié en 2018, justement, dans Communio.

La coïncidence semble indiquer l’importance que le pape émérite attache à ce dialogue entre juifs et catholiques. Le livre sera présenté à l’Université du Latran dans un mois, le 16 mai prochain, par le rabbin Folger, Mgr Georg Gänswein, et Elio Guerriero.

L’origine du dialogue 

Le pape émérite avait publié une étude sur la question du judaïsme dans «Communio» sous le titre: “Grâce et vocation sans repentance. Remarques sur le Traité De Iudaeis” (pp. 387-406).

En juillet dernier, Vatican News en italien avait signalé la publication de Communio en faisant observer que Benoît XVI y réfutait la « théologie de la substitution », comme nous l’expliquions le 7 juillet 2018.

Mais face aux incompréhensions, le pape émérite a ensuite justifié son écrit sous le titre: Nicht Mission, sondern Dialog”, pas mission, mais dialogue: un article publié par le mensuel théologique allemand Herder Korrespondenz en décembre 2018, sous la signature “Joseph Ratzinger – Papst Benedikt XVI”, à propos des rapports entre le judaïsme et le christianisme.

Le pape émérite précise maintenant sa pensée, exprimée en septembre 2018 dans Communio, qui a suscité des interprétations contraires à ses convictions: le dialogue entre judaïsme et christianisme n’est aucunement remis en question, dit-il.

Et des extraits de la préface du rabbin Folger ont été publiés lundi par le « Corriere della Sera ». Il témoigne d’une belle obstination dans le dialogue bienveillant.

La lutte contre l’antisémitisme

Il y souligne notamment la façon de lire la bible du pape émérite, un argument solide contre l’antisémitisme: « Contre les vieux préjugés, il faut noter la façon dont Ratzinger ne voit pas la Bible hébraïque et sa loi comme dépassées. Il est vrai que, dans un regard tout à fait chrétien (qui n’est pas acceptable pour les juifs), il voit accomplis dans la personne et dans l’histoire de Jésus différents commandements de la Bible. Mais, à la différence de certains penseurs, il souligne le caractère éternel de la loi biblique ; il enterre ainsi un autre pilier de l’antisémitisme. »

Il voit dans la façon dont le pape bavarois pense le rapport entre judaïsme et christianisme la possibilité d’une « coexistence » heureuse: « Il faut aussi souligner sa reconnaissance des motifs pour lesquels les juifs ne voient pas en Jésus le Messie, un des points de discorde entre nos confessions réciproques que nous énumérons dans le document « Entre Jérusalem et Rome » parmi les différences insurmontables. Ici aussi, Ratzinger propose une voie par laquelle il peut rester fidèle à sa tradition et en même temps empêcher que les juifs ne soient attaqués pour leur fidélité au judaïsme. Ici non plus, il ne renonce pas à l’espérance selon laquelle la voie chrétienne du salut pourrait être acceptée universellement, mais il pose un signe important pour la coexistence, acceptant à cet égard les arguments des juifs. »

L’alliance persistante

Le rabbin ne nie pas qu’au coeur des discussions il y a eu l’Etat d’Israël, mais il indique comment la discussion s’achève positivement, avec cette réaffirmation du pape émérite du leitmotiv de son article de 2018, que l’Alliance entre Dieu et son peuple est « sans repentance »: « Dans ma réponse, j’ai critiqué deux autres thèses que nous avons approfondies dans notre correspondance et dont nous avons discuté personnellement récemment. La première est sa conception de l’État d’Israël. Il souligne que, dans cet État qui visait expressément à une forme d’État laïc, dans sa déclaration d’indépendance, il ne peut voir la réalisation de la promesse du territoire. Il a plusieurs arguments pour cela. Je n’ai pas voulu les accepter parce qu’on ne peut pas voir dans l’humiliation du peuple juif (la destruction du temple et la dispersion du peuple dans la diaspora) une signification théologique, mais la nier ensuite en période de soulagement. Mais, dans la lettre qu’il m’a adressée, il trouve une formule qui nous rapproche. L’État actuel n’est pas pour lui la réalisation de la promesse du territoire, toutefois on peut y voir un signe de l’alliance persistante de Dieu avec Israël. »

Il souligne que le dialogue a pu avancer: « À partir de cet éclaircissement, le dialogue entre les rabbins orthodoxes et le Vatican s’est approfondi et des dialogues théologiques auront probablement lieu pour mieux se comprendre mutuellement et évaluer aussi d’un point de vue théologique dans l’Église l’État moderne d’Israël. »

Sur des thèmes d’actualité

Le rabbin viennois témoigne de la persévérance dans le dialogue sur des thèmes d’actualité: « L’autre thème dont j’ai débattu avec Benoît était le désir d’un dialogue théologique concernant en particulier la christologie dans la Bible. Ici, je dois décevoir le pape émérite : pour des raisons religieuses, nous sommes ici réticents. Toutefois, nos lettres et dialogues nous ont conduits à être disponibles pour discuter d’un point de vue théologique certains thèmes d’actualité. Ensuite, le fait que ce soit justement un rabbin orthodoxe qui écrive la préface d’un livre avec le pape émérite, dans lequel est bien présente une confrontation théologique, est déjà quelque chose qui va dans la direction indiquée par Benoît. »

Grand rabbin Arie Folger @Facebook d'Arie Folger

Grand rabbin Folger @Facebook d’A. Folger

« Approfondir notre fraternité »

Le rabbin raconte que les lettres ont été suivies de visites et que d’autres personnalités ont participé au dialogue: « Le 16 janvier 2019, j’ai rendu personnellement visite à Benoît. Il y avait le cardinal Koch, président de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, le rabbin Zsolt Balla, rabbin de l’État de Saxe et membre de la présidence de la Conférence des rabbins orthodoxes d’Allemagne et le rabbin Josh Ahrens, de la communauté juive de Darmstadt. Au cours d’une entrevue intense qui a duré presqu’une heure, j’ai pu connaître Benoît personnellement. En vérité, il n’est plus très jeune, mais il est toujours pleinement maître de lui du point de vue intellectuel. J’ai trouvé en lui un penseur très sympathique et profond à qui répugnent l’antisémitisme et l’anti-judaïsme sous toutes ses formes. Naturellement, nous ne sommes pas d’accord sur de nombreuses questions mais malgré cela nous avons le désir d’approfondir notre fraternité, de vivre chacun sa dévotion et de servir Dieu – chacun selon ce qu’il comprend de sa propre tradition. Cela fut pour moi un grand honneur de le connaître ainsi de près et d’approfondir avec lui des questions si complexes. »

Le rabbin conclut avec finalement, des voeux d’anniversaire: « Lors de ma visite, j’ai offert au pape une Bible hébraïque avec la traduction en anglais qui se base sur le commentaire biblique de Rachi. Ce cadeau était accompagné d’une lettre qui se concluait par l’expression des vœux avec lesquels je veux aussi conclure cette préface : Que l’Éternel « lui donne encore de nombreuses, longues et saines années ». »

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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