Suite à une audience du pape Léon XIV avec le secrétaire d’État Pietro Parolin, le Saint-Siège a publié ce 28 mai 2026 un Rescriptum ex audientia santissimi, autorisant les évêques diocésains à révoquer les supérieurs de monastères autonomes, dans des cas précis et uniquement avec l’accord de Rome.
« Considérant que le pape François s’était déjà prononcé favorablement en ce sens, le pape Léon XIV a accordé au Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique la faculté d’autoriser l’évêque diocésain compétent à émettre le décret de renvoi visé au can. 699 § 2 du Code de droit canonique, dans le cas où le profès à renvoyer serait le supérieur majeur du monastère » est-il écrit en latin, dans ce texte bref mais juridiquement fort.
La décision du pape s’inscrit dans un mouvement général de renforcement des mécanismes de responsabilité au sein des communautés, et de l’Église tout entière. Elle ne vise pas la majorité des congrégations religieuses, qui disposent pour beaucoup d’une structure hiérarchique plus large avec des supérieurs provinciaux ou généraux, mais plutôt les monastères autonomes, souvent contemplatifs et juridiquement isolés.
Un « vide juridique » concernant les supérieurs
Avec la promulgation de ce rescrit, le pape Léon XIV fait évoluer un amendement au droit canonique déjà promulgué par le pape François en 2022, qui redonnait la possibilité de renvoi d’un religieux par son supérieur en cas de délit grave, après avoir eu l’accord du Saint-Siège.

Le pape et le cardinal Parolin en audience le 25 mai 2026 © Vatican media
Au cours des dernières années, plusieurs réformes ont été engagées pour lutter contre ces « délits » au sein des communautés religieuses. Mais cela ne réglait pas pour autant le problème des supérieurs qui pouvaient eux aussi commettre des abus de pouvoir, spirituels et financiers, ou être auteurs de diverses formes de scandales. Il y avait là un « vide juridique » et la question revenait : que se passe-t-il lorsqu’un supérieur d’un monastère commet des abus, se rebelle, renie la foi ou rejette publiquement la doctrine de l’Église ?
Le pape vise donc ici à faire évoluer le droit canonique et à donner aux évêques locaux une possibilité d’agir en cas de souci grave. Si le Dicastère pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique conserve la responsabilité de la procédure dans son ensemble, les évêques peuvent désormais intervenir plus rapidement, être plus efficaces et opérationnels lorsqu’un supérieur de communauté dérape.
En revanche, ce rescrit ne retire pas l’autonomie des monastères concernés, et ne place pas les communautés religieuses sous l’autorité directe des évêques en ce qui concerne leur vie interne. Historiquement, les monastères et instituts religieux ont toujours disposé d’une autonomie importante dans l’Église ; et si les évêques constataient des dérives dans certaines communautés, les procédures à Rome étaient trop longues et juridiquement trop lourdes.
