« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur, la Terre… » Le Cantique des créatures de saint François d’Assise, qui ouvre l’encyclique Laudato Si’, n’est pas un simple hymne à la beauté du monde : il est une invitation à retrouver notre juste place au cœur de la création. À l’heure où notre maison commune porte les blessures des dérèglements climatiques, le chrétien est appelé à redécouvrir une vérité aussi ancienne que toujours nouvelle : la terre est un don avant d’être un bien.
Les premières pages de la Genèse offrent la clé de cette vocation. Après avoir contemplé son œuvre et l’avoir déclarée « très bonne » (Gn 1,31), Dieu confie à l’homme le jardin « pour le cultiver et le garder » (Gn 2,15). Ces deux verbes dessinent une véritable spiritualité de la création. Cultiver, c’est collaborer à l’œuvre du Créateur ; garder, c’est protéger avec amour ce qui ne nous appartient pas. L’homme n’est donc pas propriétaire de la terre, mais son intendant, appelé à exercer une autorité qui prend la forme du service.

Prendre soin de la création est une vocation baptismale © Sr Mirna FARAH, SdC
L’être humain ne se tient pas au-dessus des autres créatures ; il appartient à cette vaste communion du vivant où chaque être reflète, à sa manière, une étincelle de la bonté divine. Cette vision rejoint l’intuition profonde de Romano Guardini, dont la pensée irrigue l’encyclique LS. Il voyait dans la crise moderne moins une défaillance technique qu’une crise spirituelle : lorsque l’homme oublie qu’il est lui-même créature, la puissance devient domination et le monde cesse d’être contemplé comme un mystère pour n’être plus qu’un objet à exploiter. À l’inverse, celui qui reçoit la création comme un don apprend la gratitude, la sobriété et le respect.
L’écologie intégrale est ainsi une école de contemplation avant d’être un programme d’action. Elle naît d’un regard capable d’émerveillement. Et de l’émerveillement jaillira presque naturellement le désir de protéger ce que Dieu nous confie.
Prendre soin de la création n’est donc pas une option réservée à quelques spécialistes : c’est une vocation baptismale. Chaque Eucharistie nous rappelle que « les fruits de la terre et du travail des hommes » deviennent lieu de la présence du Christ. Toute la création est appelée à cette transfiguration. En choisissant d’être des gardiens plutôt que des prédateurs, nous redécouvrons que notre véritable grandeur ne réside pas dans la possession, mais dans la communion. Alors la maison commune redevient ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : le jardin de Dieu.
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