Première publication le 3 juillet par AD EXTRA
Plus de 70 000 pèlerins ont assisté à la messe de béatification de François Xavier Truong Buu Diep (1887-1946), le premier Vietnamien du XXe siècle à être béatifié. C’est aussi la première béatification célébrée sur le sol vietnamien. Comme l’a déclaré le cardinal Tagle, c’est une occasion de montrer que « la grâce de Dieu est présente » dans l’histoire du Vietnam. La célébration s’est déroulée le jeudi 2 juillet au centre de pèlerinage de Tac Say, dans le delta du Mékong, en présence de nombreux cardinaux, évêques, prêtres, religieuses et laïcs.
Jeudi 2 juillet dans le sud du Vietnam, plus de 70 000 personnes, non seulement des catholiques, mais aussi des fidèles d’autres religions, ont assisté à la messe de béatification de François Xavier Truong Buu Diep, un prêtre catholique mort en martyr à cause de sa foi il y a 80 ans.
La célébration a été présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle, pro-préfet du dicastère pour l’Évangélisation (section pour la première évangélisation et les nouvelles Églises particulières), au centre de pèlerinage de Tac Say, situé dans le diocèse Can Tho (au sud de la province de Ca Mau, dans le delta du Mékong).
La messe a été concélébrée par Mgr Marek Zalewski, représentant résident du Saint-Siège au Vietnam, par des cardinaux et évêques du Vietnam, de Thaïlande, du Laos et du Cambodge, et par environ 2 000 prêtres. Plusieurs milliers de religieuses étaient également présentes aux côtés des dizaines de milliers de laïcs.
Ce moment de grâce pour l’Église au Vietnam et en Asie, marqué par la première béatification célébrée sur le sol vietnamien, a suscité l’enthousiasme de la communauté catholique venue en nombre. À tel point que les autorités ont dû fermer la route traversant le centre de pèlerinage afin de pouvoir accueillir les foules. La route a même été décorée avec les drapeaux du Vatican et du Vietnam, et avec une photographie du nouveau bienheureux, ce qui a transformé cette route rurale en véritable cortège festif durant les jours précédant la messe.

Le 2 juillet durant son homélie, le cardinal philippin Tagle a décrit le bienheureux Diep comme « un témoin de la foi et un martyr » de l’Église, en soulignant que sa vie est un don non seulement pour l’Église au Vietnam mais aussi pour l’Église universelle et pour toute l’humanité. Le prêtre martyr « invite chacun d’entre nous à choisir Dieu et à lui faire confiance chaque jour de notre vie », a-t-il ajouté.
Il a aussi appelé les catholiques présents à témoigner du Christ par leur propre vie, en disant : « Le monde d’aujourd’hui a désespérément besoin de personnes qui rendent témoignage à la vérité. Ne vivons pas pour la violence, la haine, la division, la provocation ou la fausseté. »
La nuit précédant la messe de béatification, les pèlerins ont également assisté à une reproduction théâtrale et priante de la vie du bienheureux Diep, et de sa mort en défendant ses paroissiens. Par ailleurs, sur tout le terrain préparé pour la célébration, de longues files se sont formées pour la confession et pour la prière devant la tombe et les statues du père Diep.
« Il est mort pour l’amour des brebis qui lui avaient été confiées »
François Xavier Truong Buu Diep est né en 1887 et a été ordonné prêtre en 1924. Il a servi la paroisse de Tac Say de 1930 jusqu’à sa mort le 12 mars 1946, durant la période de troubles et de violences qui a suivi la Seconde Guerre mondiale au Vietnam. Malgré des menaces répétées, il a refusé d’abandonner ses paroissiens.
Il a refusé de quitter sa paroisse de Tac Say alors que les conflits armés avaient atteint le delta du Mékong. Quand des hommes armés ont arrêté des dizaines de paroissiens, il est intervenu en s’offrant lui-même à leur place pour les sauver. Il a été emmené et n’est jamais revenu. Les paroissiens ont ensuite été libérés. L’identité des assassins est incertaine en raison de la situation chaotique de l’époque, et a été attribuée à différentes factions armées alors actives dans la région.
Son corps a été retrouvé avec des blessures mortelles, et a été transféré à Tac Say, où sa tombe est devenue l’un des sites de pèlerinage les plus connus dans le pays. Le Vatican a reconnu en 2024 que le père Truong Buu Diep a été tué in odium fidei (« en haine de la foi ») ce qui a ouvert la voie vers sa béatification.
Il fait désormais partie des bienheureux vietnamiens, après André de Phu Yen, considéré comme le premier martyr du Vietnam et béatifié en l’an 2000 par saint Jean-Paul II. Ce dernier a également canonisé 117 martyrs vietnamiens en 1988 au Vatican, afin d’honorer les catholiques qui ont choisi la mort plutôt que d’abandonner leur foi face aux persécutions.
Le père Joseph Nguyen, un prêtre âgé de Can Tho, considère la béatification du 2 juillet 2026 comme un événement historique pour l’Église au Vietnam. Il encourage les catholiques à imiter l’exemple de charité et de service dévoué qu’a montré le père Diep durant sa vie.

De son côté, sœur Quynh Thoai, qui a assisté à la messe, explique ce que cette journée représente pour les dizaines de milliers de pèlerins venus à Tac Say. « À travers son témoignage, le peuple de Dieu a pu vivre un moment de communion et de partage. À travers cela, la foi en Dieu a été renforcée et s’est encore plus répandue », explique-t-elle. « Aujourd’hui, nous sommes revenus à Tac Say pour dire merci pour une vie qui est devenue comme un chant de grâce à Dieu. Une vie qui a osé vivre et mourir pour la foi dans le Christ, pour l’amour des brebis qui lui avaient été confiées. »
« Il est l’un des nôtres »
Le cardinal Tagle, qui s’est déplacé comme envoyé spécial du pape Léon XIV, a voulu montrer comment la vie du bienheureux Diep parle encore aujourd’hui, en particulier pour inviter à vivre en vérité à l’ère numérique. Selon le prélat, le mot « martyr » évoque souvent les histoires anciennes des arènes avec les lions et les fins tragiques.
Mais il estime que l’essence du martyre ne se trouve pas dans la mort elle-même, mais dans le « témoignage à la vérité » rendu à travers la vie du martyr. « Un témoin est quelqu’un qui dit la vérité sur Jésus, à travers ses mots, ses actions et sa propre vie », a-t-il expliqué, en ajoutant que ce témoignage est rendu d’autant plus fort quand nos actions correspondent à nos paroles et que cela nous coûte : c’est alors qu’on entre dans l’esprit du martyre. L’existence elle-même devient alors un témoignage à la vérité.
Le cardinal philippin a ajouté que le témoignage du bienheureux Diep peut être vu comme à contre-courant des désinformations modernes, alors que nous vivons dans un monde saturé de « messagers de fausseté » et où l’ampleur des « fake news » semble rendre la vérité inatteignable. Au contraire, le cardinal Tagle a noté que le pouvoir du père Diep réside dans son « témoignage de vérité », rendu à travers son refus d’abandonner ses fidèles. « Face au danger, il n’a pas publié un communiqué de presse ou un post numérique ; il a offert sa présence. Il est resté avec les siens à Tac Say, même quand l’horizon s’assombrissait. »
Le cardinal a aussi évoqué la tentation fréquente de réduire la foi à des pèlerinages ou à des supplications. Tout en reconnaissant que les actes traditionnels de piété sont « bons », il a signalé que les dévotions ne s’arrêtent pas aux portes des églises. Pour lui, la dévotion doit se traduire dans la vie quotidienne, en particulier à travers les piliers que sont la justice, la charité et la compassion.
Il a conclu en notant que contrairement au dicton qui dit que « toutes les voies mènent à Rome », cette béatification a été volontairement enracinée dans le sol vietnamien. Pour lui, c’est une façon de montrer aux communautés locales que « la grâce de Dieu est présente » dans leur histoire et autour d’eux. Ce qui permet aux gens de Ca Mau et de Can Tho de revendiquer une intimité spirituelle avec le martyr, en déclarant avec fierté : « Il est l’un des nôtres » (Ngài là một người trong chúng ta).
Sources : Ucanews, EWTN News, Radio Veritas Asia



