Messe en rite tridentin, République tchèque 2023 © Wikimedia

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Constitution sur la sainte liturgie

« Sacrosanctum Concilium  » (1re partie)

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Se penchant sur la sainte liturgie, objet majeur des dissensions autour du concile Vatican II, la constitution dogmatique Sacrosanctum Conilium réserve autant de surprises qu’elle est méconnue. Dans un premier temps, nous allons voir la continuité dans laquelle cette constitution inscrit la liturgie de l’Église, avec une exigence « d’établissement ferme ». Or, comment l’a-t-on traduite ? 

Préambule

1. Dans la continuité de ce que voulait Pie XII, le concile Vatican II s’est ouvert le 11 octobre 1962 et son premier texte fut la constitution sur la sainte liturgie, Sacrosanctum Concilium, du 4 décembre 1963. On retrouve en son début le même propos que l’encyclique de Pie XII : « C’est donc à juste titre que la liturgie est considérée comme l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, exercice dans lequel la sanctification de l’homme est signifiée par signes sensibles, est réalisée d’une manière propre en chacun d’eux, et dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c’est à dire par le Chef et par ses membres. » 

L’exercice de sanctification réalisé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c’est à dire par le Chef et par ses membres, exige bien une participation des fidèles. Mais la manière même dont celle-ci est exigée montre bien que cette participation est clairement différenciée. Pie XII, dans Mediator Dei, après avoir affirmé que « tous les chrétiens considèrent comme un devoir principal et un honneur suprême de participer au sacrifice eucharistique », précisait : « Du fait cependant que les chrétiens participent au sacrifice eucharistique, il ne s’ensuit pas qu’ils jouissent tous du pouvoir sacerdotal. Il est absolument nécessaire que vous exposiez cela clairement aux yeux de vos fidèles. Il y a en effet, Vénérables Frères, des gens qui, se rapprochant d’erreurs jadis condamnées, enseignent aujourd’hui que dans le Nouveau Testament, le mot sacerdoce désigne uniquement les prérogatives de quiconque a été purifié par le bain sacré du baptême… » 

Ici, il n’est pas difficile de reconnaître les confusions de certaines formes de protestantisme sur le sacerdoce universel. Le texte conciliaire ne tombe pas dans cette erreur. Dans ce chapitre, il prend bien soin de différencier la formation liturgique, selon qu’il s’agisse, des professeurs, des clercs et des fidèles (articles 15,16,17,18,19).

Mais c’est dans un autre texte de ce même Concile, la constitution Lumen gentium du 21 novembre 1964, qu’on retrouve les précisions d’ordre ministériel concernant la liturgie. Ce document suit celui qui concerne la liturgie. Il aurait pu le précéder, puisqu’il justifiait en quelque sorte la convocation d’un deuxième concile au Vatican. Le premier, nous le savons, était resté inachevé à cause de la guerre franco-prussienne. En 1870, on avait affirmé l’infaillibilité du Pontife romain en matière de foi et de mœurs. Il importait de définir son articulation avec la collégialité des évêques. 

Alors que l’article 18 réaffirme cette infaillibilité et dit clairement, l’article 22 précise à propos de la collégialité : « Mais le collège ou corps épiscopal n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife romain, successeur de Pierre, comme à son chef et sans préjudice pour le pouvoir du primat qui s’étend à tous, pasteurs et fidèles. En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours exercer librement. » Et l’article 22 poursuit la description des pouvoirs sacrés de l’évêque qu’il peut communiquer en partie aux prêtres et aux diacres, et qui ne permet pas d’appliquer le caractère sacerdotal à tout laïc baptisé. Mais cela ne signifie pas qu’un laïc ne puisse pas avoir de rôle actif dans l’Église. L’intérêt du message de Vatican II, réside dans son insistance à la vocation de tous les membres de l’Église à la sainteté, sans pour autant confondre le sacerdoce universel de tous les baptisés et le sacerdoce ministériel ni oublier la structure hiérarchique de l’Église.

L’importance de la liturgie latine

Dans le préambule, je relève que dès l’article 2 on trouve cette affirmation : « En effet, la liturgie par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption », contribue au plus haut point à ce que les fidèles par leur vie expriment et manifestent aux autres, le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église. » Il est donc question tout de suite de l’Eucharistie comme « divin sacrifice », et de « véritable Église », au singulier. Ces termes sont à souligner, car ils se trouvent au début d’un concile que plusieurs ont accusé d’avoir amoindri, voire supprimé, le sacrifice de la messe et d’avoir instauré le relativisme doctrinal. Et il est ici question de véritable Église qui ne peut être dans ce contexte que l’Église catholique.

Après avoir précisé que seul le rite romain était concerné par la réforme, il est précisé à l’article 4 : « Enfin, obéissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières ; et il souhaite que, là où il en ait besoin, on les révise entièrement avec prudence dans l’esprit d’une saine tradition et qu’on leur rende une nouvelle vitalité en accord avec les circonstances et les nécessité d’aujourd’hui. » 

Prudemment, le Concile annonce qu’il ne s’occupera que du rite romain, et il me semble que ce n’est pas forcer le texte qui présente tous les rites catholiques existant en 1963 comme « égaux en droit et en dignité ». Cela n’exclut pas de cette affirmation le rite romain existant à l’époque : la messe de Saint Jean XXIII, reprise de la messe de Saint Pie V, à laquelle le pape avait fait ajouter dans le canon, le nom de Joseph, époux de la bienheureuse Vierge Marie. Au stade où nous en sommes de notre réflexion sur ce texte concernant la liturgie, nous pouvons constater que la messe de saint Jean XXIII demeure « égale en droit et en dignité », et que rien n’indique qu’elle sera interdite. 

Chapitre I : Principes généraux pour la restauration et le progrès de la liturgie

Le chapitre premier se propose d’établir les principes généraux pour la restauration et le progrès de la liturgie. Le mot « restauration » qu’emploie la traduction française, se retrouve quelques lignes suivantes, à l’article 21, pour exprimer le terme latin de « instauratio ». Dans le dictionnaire Gaffiot, plusieurs traductions sont proposées : reconstruction, réparation, renouvellement. Ici, renouvellement conviendrait mieux, selon moi, pour traduire « instauratio ». Si le Concile avait voulu parler de restauration, il aurait employé le latin « restitutio ». Je ne crois pas évoquer un détail, mais hélas résumer le malentendu postconciliaire sur la liturgie. 

Pie XII, dans Mediator Dei, écrivait « L’Église, sans doute, est un organisme vivant, donc, même en ce qui regarde la liturgie sacrée, elle croît, se développe, évolue, et s’accommode aux formes que requièrent les nécessités et les circonstances au cours des temps, pourvu que soit sauvegardée l’intégrité de la doctrine. » Il reconnaissait donc comme naturels certaines aspirations à des changements, au nom même de la vie liturgique. Mais ce sera immédiatement pour indiquer que seul le Magistère est qualifié pour diriger cette régulation. Concrètement, il doit aller au-devant de ce qu’il ressent comme des besoins et corriger ce qui porte atteinte à la doctrine. 

Et dans son encyclique, le pape dénonce autant l’archéologie en matière de liturgie que les innovations arbitraires. Il s’agit donc bien de reconstruire, réparer ou renouveler, et non pas de restaurer. C’est pour cela que le texte conciliaire recourt au latin « instauratio ». Ce document venait d’ailleurs d’un des schémas préparés par des proches de Pie XII (le cardinal Ottaviani), qui n’a pas soulevé d’objections majeures auprès des pères conciliaires qui désiraient avoir l’initiative des schémas, et c’est sans doute la raison qui l’a fait examiner en premier.

Cela dit, on ne peut dissimuler, l’existence, dès 1963, d’un courant très minoritaire mais très actif qui entendait bien « restaurer » la liturgie, au sens de la modifier. Il prenait prétexte de se référer à des documents plus anciens que ceux qui avaient servi à l’établissement de la liturgie de saint Pie V. C’est peut-être ce qui explique l’usage impropre du mot restauration, contestable comme traduction du latin et encore moins acceptable par rapport à ce que sont les textes prétendument « restaurés ». Le canon II est plus un résumé qu’une restauration de celui de saint Hippolyte, écrit en grec, et l’on peut dire la même chose du IV par rapport au canon de saint Basile. Quant au III, il est moderne, ce qui ne veut pas dire pour moi qu’il est mauvais, tout comme les précédents que j’ai mentionnés. Mais en matière d’ancienneté et de non-altération, et comme ensemble le plus complet, c’est le I, le canon romain, qui est incontestablement le meilleur.

I. Nature de la liturgie et son importance dans la vie de l’Église 

En parlant du caractère central de la liturgie dans la vie chrétienne, l’article 6 rappelle que celle-ci fait partie de l’œuvre apostolique : « C’est pourquoi, de même que le Christ fut envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya à ses Apôtres, remplis de l’Esprit Saint, non seulement pour que, prêchant l’Évangile à toute créature, ils annoncent que le Fils de Dieu par sa mort et sa résurrection nous a délivré du pouvoir de Satan … mais aussi afin qu’ils exercent cet œuvre de salut qu’ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique. » Et l’article 7 insiste sur la présence du Christ dans la liturgie : 

« Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, « le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix » (ici, le texte fait référence à la 22e session du concile de Trente) et, au plus haut point, sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements, au point que lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise, il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle, tandis qu’on lit dans l’église, les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis « là ou deux ou trois sont rassembler en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt 18, 20). » 

Et pour montrer l’importance de la liturgie, le Concile va même jusqu’à dire : « toute célébration liturgique en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église est l’action sacrée par excellence, dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré ». Et l’article 10 de renchérir : « C’est donc de la liturgie, et principalement de l’Eucharistie, comme d’une source, que la grâce découle en nous et qu’on obtient avec le maximum d’efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres œuvres de l’Église. » 

C’est la raison pour laquelle j’insisterai plus loin sur la nécessité de prendre dès maintenant des mesures d’urgence face à la baisse des vocations qui va faire diminuer le nombre des messes, et supprimer ainsi des « sources dont la grâce découle ».

L’article 11 indique déjà ce que le Concile entend par renouvellement. Il s’agit d’abord de la préparation spirituelle des fidèles, et du côté des prêtres de l’observance stricte du missel et des rubriques quand il y en a. Mais les liturgies dominicales et d’autres fêtes chrétiennes doivent s’insérer dans une piété journalière rythmée d’une façon régulière par la prière. La prière des heures est l’idéal ; mais cet idéal peut s’avérer trop pesant pour certains. Comme ce qui compte, c’est la régularité, il vaut mieux utiliser des manuels plus courts pour pouvoir l’assumer.

II. Recherche de la formation liturgique et de la participation active

Dans une deuxième section de ce premier chapitre, la Constitution préconise la recherche des moyens, par les pasteurs de l’Église, pour promouvoir une formation liturgique adaptée. L’article14 fait de la participation pleine et active de tout le peuple un droit et un devoir découlant du baptême. Mais cela ne peut être obtenu « si d’abord les pasteurs d’âmes eux-mêmes ne sont pas profondément imprégnés de l’esprit et de la force de la liturgie, et ne deviennent pas capables de l’enseigner ». Et le Concile donne plusieurs indications.

À l’article 15, il demande la formation de maîtres préparés à l’enseignement de la liturgie. C’est en effet indispensable, mais loin d’être aussi facile que cela ne semble. Outre les connaissances théologiques classiques, il faut s’intéresser à la patristique et à l’histoire de l’Église. À une époque, peu de gens savaient lire. Ils apprenaient alors beaucoup par la liturgie. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est la même chose pour notre époque qui se caractérise par un très net manque de goût pour la lecture. 

Les articles 16, 17et 18 placent la barre très haut en ce qui concerne la formation des clercs, et fait montre d’une parfaite connaissance du sujet. Mais il est bien clair que sur ce point le Concile n’a pas été vraiment obéi, tant par les traducteurs de la messe de Paul VI que par ceux qui l’ont célébrée, du moins en France. J’ai pu en juger par moi-même jusque vers les années 2000. 

Aujourd’hui les choses sont heureusement différentes. La traduction améliorée du nouveau missel a été accueillie avec joie par une grande majorité de prêtres, et l’on voit que la nouvelle génération de prêtres a appris à célébrer.

L’article 19 sur la formation liturgique des fidèles est très souvent observé. Dans l’une de mes paroisses, j’avais même fait un tiré à part de Sacrosanctum Concilium et organisé des cours de chants grégoriens avec l’accord de l’évêque. Cela ne faisait pas l’unanimité, mais cela s’est fait. Il appartient aux prêtres d’en tirer des conclusions, car leur responsabilité est en cause, puisque ce passage de Vatican II était ignoré ou incompris. La suite de ce texte nous donnera des arguments.

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P. Michel Viot

Père Michel Viot. Maîtrise en Théologie. Ancien élève de l’Ecole Pratique dès Hautes Études. Sciences religieuses.

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