Dans son homélie d’ouverture du Consistoire extraordinaire, le pape Léon XIV a lancé un vibrant appel en faveur de la paix, rappelant que toute guerre blesse la famille humaine et que l’Église est appelée à servir la réconciliation entre les peuples.
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Chers frères,
nous nous sommes rassemblés autour de l’Autel du Seigneur, auprès de la tombe de saint Pierre, pour ouvrir le Consistoire. Nous venons célébrer cette Eucharistie, en provenance des quatre coins du monde : avec notre vie, nous offrons donc à Dieu les communautés et les peuples que nous portons dans notre cœur, de même que les projets et les expériences pastorales, joyeuses comme éprouvantes.
Cette diversité d’affections et de pensées se concentre à présent : en effet, elle trouve en Jésus le Christ son centre lumineux. Lui-même en personne s’adresse à nous en ces termes : « Je suis la vraie vigne » (Jn 15, 14). Par Jésus, la grâce et la vérité irriguent notre vie (cf. Jn 1, 17), nous renouvelant au plus intime : ces dons divins sont aussi la sève féconde du Consistoire que nous inaugurons en ce jour. C’est l’Évangile lui-même qui nous prépare les conditions de sa fécondité : « Demeurez en moi et moi en vous » (v. 4). D’une part, le Maître nous avertit ainsi que « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (v. 5) ; d’autre part, il veut que ses disciples portent « beaucoup de fruit » (v. 8). Oui, beaucoup : la grâce de Dieu ne produit pas une croissance mesurée chez ceux qui l’accueillent, mais un épanouissement luxuriant. Le Verbe éternel, en effet, s’est fait homme afin que tous « aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10). Commencée dans la foi, cette vie est renforcée par l’épreuve de l’élagage, car elle est cultivée par la sollicitude même du Père.
Alors que nous demandons à Dieu donc de nous accorder force et sagesse, il est significatif que notre consistoire ait lieu à la veille de la solennité des saints apôtres Pierre et Paul. Arrêtons-nous ensemble sur cette mémoire qui commémore les piliers de l’Église catholique et romaine, ces deux missionnaires martyrs dont la prédication fut indissociable de leur vie, au point de faire partie des Saintes Écritures.
En écoutant aujourd’hui les paroles de saint Paul aux Corinthiens, nous pouvons remarquer leur belle harmonie avec celles de l’Évangile. En effet, les différents charismes, les ministères et les activités ecclésiales sont comme les sarments de la même vigne, c’est-à-dire de l’unique Seigneur (cf. 1 Co 12, 4-6) qui répand l’Esprit Saint dans son Église. À cette unité organique correspond le critère qui rend bons et savoureux tous ces services ecclésiaux : le critère du bien commun (cf. v. 7).
Chers frères, je voudrais tirer de la Parole de Dieu que nous venons d’écouter quelques indications pour notre discernement de ces jours-ci.
Tout d’abord, l’exemple des saints Pierre et Paul nous encourage à partager la véritable liberté dans la foi. En effet, c’est précisément la relation avec le Seigneur Jésus qui nous libère du péché et de la peur : tout en nous appelant à le suivre, Il nous envoie lui-même dans le monde comme successeurs des Apôtres. Annoncer l’Évangile, célébrer les sacrements et nous consacrer au troupeau du Seigneur, se réalise et porte ses fruits dans la mesure où nous croyons en Lui, le Bon Pasteur. La foi est cette vertu, jamais acquise, qui donne vie à l’Église, car elle correspond à la grâce qui nourrit les sarments de l’unique vigne. L’Église vivante est l’Église qui croit par le don de l’Esprit Saint répandu dans nos cœurs: cette Église porte beaucoup de fruits. De même que la grâce divine précède la liberté humaine, de même la foi de l’Église précède la nôtre et exige qu’on en témoigne avec ardeur. Cette mission a le Christ pour origine et pour fin : selon les paroles du psalmiste, « annoncez jour après jour son salut, proclamez parmi les peuples sa gloire » (Ps 96, 2-3).
Demandons ensuite le don de la paix dans l’unité. Alors que nous invitons tous les peuples à embrasser la foi qui nous rend véritablement libres, les tensions internationales et les conflits continuent de blesser gravement la famille humaine. Cependant, les initiatives et les expériences qui rappellent le respect de la dignité humaine, de la justice, du droit, tout simplement de l’humain, ne manquent pas ; bien au contraire, elles se multiplient dans l’Église et dans le monde. C’est là un motif d’espérance, car cela atteste la beauté de l’œuvre de Dieu qui nous a créés à son image et à sa ressemblance, comme signe de sa gloire dans le monde. Lorsque ce signe est blessé, nous sommes tous blessés. Quand il est corrompu, nous en souffrons tous. Quand il est anéanti, nous nous sentons tous lacérés. C’est pourquoi la guerre n’est jamais digne de l’homme, et elle n’est jamais bénie par Dieu, car le Créateur nous a dotés d’intelligence et de volonté pour résoudre les conflits en tant qu’êtres humains et non comme des bêtes, peut-être dotées d’armes hypertechnologiques. L’unité de la famille humaine précède les peuples et les États pris individuellement. Il ne s’agit pas seulement d’un fait biologique : c’est un principe éthique. La paix est un devoir de justice, car nous formons une seule famille humaine, une magnifica humanitas qui trouve en Christ son Chef et son Rédempteur.
En méditant sur l’Encyclique que j’ai promulguée le 15 mai dernier, il faut donc poursuivre sur la voie tracée par saint Paul VI : lorsqu’il « a introduit l’expression “civilisation de l’amour”, le monde était marqué par la Guerre froide, la course aux armements et de forts déséquilibres économiques. Dans ce contexte, l’Église proposait une voie alternative à l’opposition idéologique entre les systèmes, en imaginant un ordre social où justice et charité s’entremêlent » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, n. 186. Cf. saint Paul VI, Regina Caeli, 17 mai 1970). C’est ainsi, en effet, que le témoignage chrétien devient prophétie d’un monde nouveau, évangélisation et service, projet culturel et social qui favorise un développement humain intégral. Tout en annonçant l’Évangile, entre joies et persécutions, l’Église n’est jamais partiale: elle est pour tous et adresse à chacun la même parole de conversion et de salut.
En troisième lieu, savourons aujourd’hui et toujours la concorde dans l’obéissance, c’est-à-dire dans l’écoute qui reconnaît le don du Verbe, fait chair pour nous. À travers cet exercice, le Saint-Esprit nous guide, en nous indiquant Lui-même les problèmes et les opportunités pastorales, en purifiant nos intentions et en corrigeant ce qui s’écarte du chemin commun. La mise en œuvre du Synode, à laquelle nous nous employons, invite chacun à avancer dans l’unité de la foi, dans la promotion de la paix, dans l’obéissance à la Parole vivante qu’est Jésus. À cet égard, « les énormes et rapides changements culturels demandent que nous prêtions une attention constante pour chercher à exprimer la vérité de toujours dans un langage qui permette de reconnaître sa permanente nouveauté » (François, Ex. ap. Evangelii gaudium, n. 41). Le Verbe unique, fait homme, s’exprime en effet dans toutes les langues : le Christ mort et ressuscité est la vraie vigne qui porte du fruit à travers toutes les cultures que les chrétiens transforment de l’intérieur. Ainsi, tandis que les idéologies du monde se fanent, l’Esprit Saint fait fleurir dans l’Église l’entente fraternelle, la charité, l’élan missionnaire.
En travaillant ensemble, notre collégialité incarne la synodalité à laquelle tous les baptisés participent, dans l’unité du peuple de Dieu. En effet, La synodalité et la collégialité sont en effet des formes de la fraternité chrétienne qui nous unit en tant que baptisés et en tant qu’évêques. C’est pourquoi l’aide que vous pourrez m’apporter, dans l’exercice du ministère pétrinien, trouvera en moi celui qui demande, et non celui qui commande. La primauté appartient, en effet, à celui qui écoute et qui, de ce fait seulement, guide ; à celui qui apprend et qui, de ce fait seulement, enseigne, toujours à la suite de l’unique Maître. Que l’intercession des saints Apôtres Pierre et Paul nous accompagne sur ce chemin passionnant.
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