Le pape a signé sa première encyclique le 25 mai 2026 © Vatican Media

Le pape a signé sa première encyclique le 25 mai 2026 © Vatican Media

Que dit « Magnifica humanitas » aux catholiques d’aujourd’hui ?

Discerner et construire une « magnifique humanité » à l’ère de l’IA

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La première encyclique du pape Léon XIV « Magnifica humanitas, sur la sauvegarde de la personne humaine au temps de l’intelligence artificielle », a été signée ce lundi 25 mai 2026 à l’occasion du 135e anniversaire de la publication de Rerum novarum du pape Léon XIII, publiée en mai 1891.

Composé de 5 chapitres, le texte aborde les défis rencontrés par la société actuelle, et plus principalement la question de la dignité humaine à l’ère de l’intelligence artificielle (IA). Il comprend de nombreuses références à saint Augustin, auteur de « La Cité de Dieu », mais s’inspire aussi des papes et de divers penseurs, chercheurs ou auteurs comme Maria Montessori, Marie Curie, Martin Luther King, Nelson Mandela et même l’écrivain John Ronald Tolkien (« Le Seigneur des anneaux »).

« Magnifica humanitas » veut dire en latin « Magnifique humanité ». Le pape y explique que la grandeur de l’humanité se construit avec des hommes et des femmes, créés par Dieu et coopérant à son œuvre. Mais cette humanité est aujourd’hui confrontée à un choix crucial : soit construire une « nouvelle tour de Babel » et oublier Dieu avec orgueil, soit bâtir une véritable « Cité de Dieu ». Pour le pape, l’IA « doit être désarmée, libérée des logiques qui la transforment en instrument de domination, d’exclusion et de mort ».

Dignité, bien commun, relations humaines

Le 1er chapitre de Magnifica humanitas retrace l’évolution de la Doctrine sociale de l’Église et son dialogue avec le monde contemporain, notamment depuis l’encyclique Rerum novarum (Des choses nouvelles) du pape Léon XIII. Cette Doctrine n’est cependant pas un ensemble figé de règles, mais plutôt un discernement continu à la lumière de l’Évangile.

Le pape insiste sur trois idées essentielles : la foi chrétienne doit éclairer les mutations du monde moderne, le progrès technique n’est pas mauvais en soi mais doit être orienté vers le bien, et l’Église souhaite dialoguer avec la science, l’économie et la politique, sans renoncer à l’Évangile. Il rappelle en outre que la personne humaine demeure supérieure à toute logique économique ou technologique.

Présentation devant la Curie romaine et la presse, 25 mai 2026 © Vatican Media

Présentation devant la Curie romaine et la presse, 25 mai 2026 © Vatican Media

Le 2e chapitre aborde les fondements et principes de cette Doctrine, essentiels pour fonder une société plus juste. Le pape parle de la dignité humaine et du bien commun, de la solidarité, de la subsidiarité et de la justice sociale. Il met en garde contre une société où l’être humain serait réduit à un simple objet de rentabilité, et insiste sur l’accueil et la protection des plus vulnérables.

Dans le 3e chapitre, le pape explore les défis que l’intelligence artificielle pose à l’humanité. Il réfléchit sur la technologie, critiquant « le paradigme technocratique », qui vise à croire que tout problème humain peut être résolu par la technique. Il pose aussi les limites à ne pas dépasser pour préserver l’humanité.

Tout en reconnaissant les bénéfices de l’intelligence artificielle, notamment pour la médecine, l’éducation, la recherche ou l’organisation sociale, le Saint-Père affirme encore que l’IA ne possède ni conscience morale, ni liberté véritable, ni responsabilité. L’être humain ne peut donc pas être remplacé par une machine.

Le 4e chapitre réfléchit sur les conséquences concrètes de la révolution numérique dans la vie quotidienne. Il se concentre sur la sauvegarde de la vérité, du travail et de la liberté. Appelant à une « écologie de l’information », le pape dénonce les fausses réalités produites par les médias numériques et la perte du sens de la vérité. Il défend en revanche la liberté intérieure, la conscience morale et les relations humaines réelles.

Enfin, le 5e chapitre évoque la « paix mondiale » et la civilisation de l’amour, fondée sur la fraternité, la justice, la paix, le pardon. Le pape expose les dangers de la guerre à l’ère numérique, estimant que la théorie traditionnelle de la « guerre juste » doit être dépassée au profit du dialogue, de la diplomatie et du multilatéralisme. Le véritable progrès n’est pas seulement technologique : il est moral, spirituel et humain.

« L’IA doit aussi servir à construire une famille humaine universelle »

Tout au long de son encyclique, le pape Léon XIV met l’accent sur la relation de l’humanité à Dieu et avec son prochain, et dit que « l’intelligence artificielle devrait nous rendre plus efficaces ou plus connectés ; elle doit aussi servir à construire une famille humaine universelle, avec des droits et des devoirs partagés, où la proximité numérique devient une réelle opportunité de rencontre et d’entraide ».

Mais selon lui, il faut prendre le temps du discernement face à ces transformations en cours, un discernement essentiel pour l’avenir de l’humanité. « Apprenons à nous écouter les uns les autres, affrontons les défis actuels avec courage et coopérons à l’édification d’une société plus humaine et plus fraternelle », a-t-il souligné.

Dans sa conclusion, le Saint-Père lance un appel à la responsabilité personnelle et insiste sur la nécessité d’un véritable dialogue. Il propose « cinq voies de responsabilité quotidienne et publique : désarmer les mots, construire la paix dans la justice, adopter le point de vue des victimes, cultiver un réalisme sain et relancer le dialogue et le multilatéralisme ».

Enfin, il invite l’humanité à « contempler dans le visage du Fils une humanité magnifique qui illumine aussi l’ère de l’intelligence artificielle. Dans le Christ, nous comprenons que l’homme est appelé à collaborer à l’œuvre de la création. »

 

 

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Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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