« Un pape faible » : cette déclaration livrée pour dénigrer n’exprime-t-elle pas plutôt la mission du successeur de Pierre à qui Jésus a dit : « Remets ton épée au fourreau » (Jn 18, 11). Et le pape est également d’une certaine manière successeur de Paul à qui le Seigneur a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Pierre reçoit sa mission du prince de la paix, monté sur le dos d’un âne et non sur un cheval de guerre. Léon XIV affirme alors justement : « Je ne suis pas un homme politique (…) Je continuerai de m’opposer fermement à la guerre et de promouvoir la paix, le dialogue et le multilatéralisme. » Mais comment la faiblesse d’un pape peut-elle ainsi déranger et perturber un si puissant ? « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. » (1 Co 1, 27-28)
À chaque étape de son séjour africain – le plus long en continu d’un pape sur le continent – Léon XIV se présentait comme pèlerin de la paix, la paix à laquelle il a intimement associé la justice et le droit. Il est donc urgent de « rejeter la logique de la violence et de la guerre, pour embrasser une paix fondée sur l’amour et la justice »[1] par l’avènement d’une paix désarmée, non fondée sur la peur, la menace ou les armements et d’une paix désarmante, capable de résoudre les conflits, d’ouvrir les cœurs et de susciter la confiance, l’empathie et l’espérance. De l’Afrique, au regard d’un monde de banalisation de la violence, il a répété : « Le monde a soif de paix. (…) Assez de guerres, avec leur douloureux cortège de morts, de destructions, d’exilés »[2].
Face à la puissance brute et à l’hybris de l’illimitisme, la conscience morale doit se dresser pour rappeler les limites de tout pouvoir humain. Sans peur, du lieu de la foi, Léon XIV interpelle les consciences, face à « la face cachée des ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares »[3]. Des paramètres invariables sont nécessaires pour la (sur)vie du monde. Mais encore faudrait-il des témoins pour les rappeler à temps et à contretemps.
De l’Afrique et l’Église en Afrique, Léon XIV offre alors un lumineux exemple d’objecteur de conscience aux intellectuels africains et de courage prophétique aux pasteurs de l’Église en Afrique. Pour que l’Afrique devienne réellement une espérance, sa société civile, malheureusement effritée par le pouvoir de l’argent, s’engagera « à former les consciences, à promouvoir la culture du dialogue et le respect des différences »[4] : « Aucune société ne peut prospérer si elle ne repose sur des consciences droites, éduquées à la vérité »[5]. Et les pasteurs de l’Église en Afrique, arrimés à l’ancre de la foi (cf. He 6, 9) incarneront davantage cette conscience prophétique, face à « un modèle de développement qui discrimine et exclut, mais qui prétend encore s’imposer comme le seul possible »[6]. Léon XIV propose à cet effet que « former des consciences libres et saintement inquiètes est une condition pour que la foi chrétienne apparaisse comme une proposition pleinement humaine, capable de transformer la vie des individus et de la société, de susciter des changements prophétiques face aux drames et à la pauvreté de notre temps, et d’encourager une recherche de Dieu toujours plus profonde, jamais assouvie »[7]. Mais comment ?
P. Rodrigue Gbédjinou
[1] Léon XIV, Colisée, 28 octobre 2025.
[2] Léon XIV, Colisée, 28 octobre 2025.
[3] Léon XIV, Yaoundé, 17 avril 2026.
[4] Léon XIV, Yaoundé, 15 avril 2026.
[5] Léon XIV, Yaoundé, 17 avril 2026.
[6] Léon XIV, Luanda, 18 avril 2026.
[7] Léon XIV, Yaoundé, 17 avril 2026.
