Lors de l’inauguration du nouveau campus de l’Université nationale de Guinée équatoriale, Léon XIV a souligné le rôle essentiel de l’éducation dans la recherche de la vérité et la construction d’une société plus juste.
Monsieur le Président, Monsieur le Recteur,
Illustres Autorités académiques, Mesdames et Messieurs !
Je tiens vous à exprimer ma gratitude pour l’invitation à cet événement qui marque l’inauguration d’un nouveau campus de l’Université nationale de Guinée équatoriale. Je vous remercie également pour la courtoisie dont vous avez fait preuve en donnant mon nom à ce campus, conscient qu’un tel honneur dépasse la personne et renvoie plutôt aux valeurs que nous souhaitons transmettre ensemble.
L’inauguration d’un centre universitaire est plus qu’un simple acte administratif et transcende également le simple agrandissement des infrastructures et des espaces destinés à l’étude. Cette inauguration est un geste de confiance envers l’être humain : une affirmation du bien-fondé de continuer à miser sur la formation des nouvelles générations et sur cette tâche, aussi exigeante que noble, qui consiste à rechercher la vérité et à mettre la connaissance au service du bien commun.
C’est pourquoi ce moment revêt une signification qui dépasse largement les limites matérielles du lieu et des bâtiments. Aujourd’hui s’ouvre aussi un espace pour l’espoir, pour la rencontre et pour le progrès. Toute véritable œuvre éducative est en effet appelée à grandir non seulement en tant que structure, mais aussi en tant qu’organisme vivant.
C’est peut-être pour cette raison que l’image de l’arbre s’avère particulièrement éloquente pour évoquer la mission universitaire. Pour la population de Guinée équatoriale, le ceiba, arbre national, revêt une grande valeur évocatrice. Un arbre enfonce ses racines profondément, s’élève avec patience et force vers le ciel et recèle en lui une fertilité qui n’existe pas pour elle-même.
Par sa grandeur, la solidité de son tronc et l’ampleur de ses branches, cet arbre semble offrir une parabole de ce qu’une institution universitaire est appelée à être : une réalité bien enracinée dans le sérieux de l’étude, dans la mémoire vive d’un peuple et dans la recherche persévérante de la vérité. Ainsi seulement pourra-t-elle croître avec vigueur ; ainsi seulement sera-t-elle capable de s’élever sans perdre le contact avec la réalité historique dans laquelle elle s’inscrit et d’offrir aux nouvelles générations, outre les outils de la réussite professionnelle, des raisons de vivre, des critères de discernement et des raisons de servir.
L’histoire de l’homme peut aussi être lue à travers la symbolique de certains arbres bibliques. Dans le jardin du Livre de la Genèse, à côté de l’arbre de vie, se dresse également l’arbre de la connaissance du bien et du mal (cf. Gn 2, 9), dont Dieu ordonne à l’homme et à la femme de ne pas manger les fruits. Il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une condamnation de la connaissance en tant que telle, comme si la foi craignait l’intelligence ou considérait avec suspicion le désir de savoir. L’être humain a reçu la capacité de connaître, de nommer, de discerner, de s’émerveiller devant le monde et de s’interroger sur son sens (cf. Gn 2, 19).
Le problème ne réside donc pas dans la connaissance, mais dans son détournement vers une intelligence qui ne cherche plus à correspondre à la réalité, mais à la plier à ses propres exigences, en la jugeant selon la convenance de celui qui prétend la connaître. Là, la connaissance cesse d’être une ouverture et devient une possession ; elle cesse d’être un chemin vers la sagesse et se transforme en une affirmation orgueilleuse d’autosuffisance, ouvrant la voie à des égarements susceptibles de devenir inhumains.
Cependant, l’histoire biblique ne prend pas fin devant cet arbre. La tradition chrétienne contemple un autre arbre, celui de la Croix, non pas comme une négation de l’intelligence humaine, mais comme signe de sa rédemption (cf. Col 2, 2-3). Si la Genèse présente la tentation d’une connaissance séparée de la vérité et du bien, la croix révèle au contraire une vérité qui, loin d’imposer sa domination, s’offre par amour et élève l’homme à la dignité avec laquelle il a été conçu dès son origine. Là, l’être humain est invité à laisser guérir son désir de connaître : à redécouvrir que la vérité ne se fabrique pas, ne se manipule pas et ne se possède pas comme un trophée, mais qu’elle s’accueille, se cherche avec humilité et se sert avec responsabilité.
C’est pourquoi, dans une perspective chrétienne, le Christ n’apparaît pas comme une échappatoire fidéiste face à la difficulté intellectuelle, comme si la foi commençait là où la raison s’arrête. Au contraire : en Lui se manifeste la profonde harmonie entre vérité, raison et liberté. La vérité s’offre comme une réalité qui précède l’homme, lui parle et l’appelle à sortir de lui-même, et c’est pourquoi elle peut être recherchée avec confiance. La foi, loin de mettre fin à cette recherche, la purifie de toute autosuffisance et l’ouvre à une plénitude vers laquelle la raison tend, même si elle ne peut la saisir complètement.
Ce faisant, l’arbre de la Croix ramène l’amour de la connaissance à sa source originelle. Il nous enseigne que connaître signifie s’ouvrir à la réalité, en accueillir le sens et en préserver le mystère. Ainsi, la recherche de la vérité demeure-t-elle véritablement humaine : humble, sérieuse et ouverte à une vérité qui nous précède, nous appelle et nous transcende.
En effet, il ne suffit pas qu’un arbre porte du fruit : la qualité de ce fruit compte aussi, car c’est à ses fruits qu’on reconnaît l’arbre (cf. Mt 7, 20). De même, une université se jauge à la qualité des étudiants qu’elle offre à la vie de la communauté, plus qu’au nombre de diplômés ou à l’étendue de ses infrastructures. Tel est le désir sincère que l’Église catholique exprime dans son engagement séculaire dans le domaine de l’éducation : que les nouvelles générations soient formées de manière complète, au-delà de la simple apparence du succès. Les fruits ne tarderont pas à venir.
Chers frères et sœurs, ici, dans les espaces de cette enceinte, le ceiba de Guinée équatoriale est appelé à porter des fruits de progrès solidaire, d’une connaissance qui ennoblit et développe l’être humain de manière complète. Il est appelé à offrir des fruits d’intelligence et de droiture, de compétence et de sagesse, d’excellence et de service. Si des générations d’hommes et de femmes, profondément façonnés par la vérité et capables de transformer leur existence en un don pour les autres, se forment ici, alors le ceiba continuera à se dresser comme un symbole éloquent : enraciné dans le meilleur de cette terre, élevé par la noblesse du savoir et fécond en fruits capables d’honorer la Guinée équatoriale et d’enrichir toute la famille humaine.
C’est dans cet esprit que j’invoque sur vous tous — sur les autorités, les professeurs, les étudiants, le personnel de cette université et sur vos familles — l’abondance des bénédictions de Dieu Tout-Puissant qui, en Jésus-Christ, Vérité incarnée, a révélé à l’homme la vérité sur lui-même et sur sa très haute dignité (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes,n. 22). Et je vous confie tous à la protection maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, Siège de la Sagesse, afin que ces fruits, en plus d’être abondants, soient aussi très bons. Merci beaucoup !



