(ZENIT Actualités / Rome, le 15 avril 2026) La décision de convoquer des cardinaux du monde entier à Rome fin juin 2026 n’est pas seulement une question de calendrier. Elle marque une méthode de gouvernement que le pape Léon XIV semble déterminé à institutionnaliser : une Église qui réfléchit à haute voix, collectivement et à intervalles réguliers.
Le consistoire extraordinaire prévu les 26 et 27 juin, suivi de célébrations liturgiques liées à la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, s’annonce comme un instrument clé de cette vision.
Dans une lettre datée de la mi-avril et distribuée aux membres du Collège cardinalice, le pape présente la prochaine réunion comme un moment de discernement plutôt que de décret. Contrairement aux consistoires ordinaires — souvent associés à la création de nouveaux cardinaux —, ces sessions extraordinaires fonctionnent comme des assemblées consultatives. Tous les cardinaux sont invités, indépendamment de leur âge ou de leur droit de vote au conclave, renforçant ainsi l’idée que l’expérience et la diversité géographique sont précieuses pour définir la direction de l’Église.
Ce deuxième consistoire du pontificat s’appuie sur le précédent établi en janvier 2026, lorsque les cardinaux s’étaient réunis en groupes de travail organisés par langue pour débattre des priorités soulevées lors du conclave. Cette précédente réunion avait révélé à la fois le désir d’une plus grande collaboration et, selon certains témoignages, des tensions sous-jacentes concernant les procédures internes.
La réponse de Léon XIV n’a pas été de simplifier le débat, mais de l’élargir, en proposant que ces réunions deviennent des événements annuels s’étalant sur plusieurs jours.
Au cœur des discussions de juin se trouve un double axe : le renouveau missionnaire et la réforme structurelle. La lettre du pape met l’accent sur Evangelii Gaudium, l’exhortation apostolique de 2013 de son prédécesseur, en la présentant non pas comme un document historique, mais comme un programme inachevé. Il suggère que l’Église doit évaluer, avec rigueur, dans quelle mesure cette vision a réellement été mise en œuvre.
La question est moins doctrinale qu’opérationnelle : qu’est-ce qui a changé dans la pratique pastorale et qu’est-ce qui reste une aspiration ?
Le texte esquisse un changement que Léon XIV considère comme essentiel. Au niveau personnel, il prône une transition de la foi héritée vers une foi vécue consciemment. Au niveau communautaire, il propose d’aller au-delà de ce qu’il décrit comme un modèle de pastorale centré sur le « maintien » et d’avancer vers un modèle orienté vers la mission.

Au niveau institutionnel, il met en garde contre une complexité organisationnelle excessive qui risque d’étouffer l’initiative. La préoccupation sous-jacente est que les structures ecclésiales, bien que nécessaires, peuvent devenir des fins en elles-mêmes.
Les thèmes concrets de la réunion de juin reflètent cette orientation. Parmi eux figurent les réformes des processus d’initiation chrétienne, un domaine qui touche directement l’intégration des nouvelles générations à la vie de l’Église.
Un autre axe concerne l’efficacité de la communication ecclésiale, y compris celle du Saint-Siège, que le pape suggère de rendre plus explicitement missionnaire dans son ton et son objectif. On s’attend également à ce que le rôle des visites apostoliques et pastorales soit réévalué, non pas comme des obligations cérémonielles, mais comme des instruments d’évangélisation.
Cependant, d’autres thèmes sont susceptibles d’émerger, même s’ils ne sont pas explicitement mentionnés dans la lettre du pape. La question de la liturgie reste particulièrement délicate. Le débat se poursuit sur la mise en œuvre des normes de 2021 qui restreignent la liturgie latine antérieure au Concile Vatican II, et un rapport qui a circulé parmi les cardinaux au début de cette année a défendu le cadre disciplinaire actuel.
Si Léon XIV n’a pas encore adopté publiquement de position définitive, son approche pratique est observée avec attention à la recherche d’indices de continuité ou de réajustement.
La question plus large de la gouvernance y est étroitement liée. La constitution apostolique Praedicate Evangelium, promulguée en 2022, a restructuré la Curie romaine en mettant l’accent sur le service aux Églises locales.
Les récentes interventions de cardinaux de haut rang ont relancé le débat sur la manière dont l’autorité s’exerce dans ce cadre, notamment sur la question de savoir dans quelle mesure les rôles de direction pourraient se fonder plus explicitement sur le baptême que sur l’ordination. Ces débats abordent des principes théologiques et canoniques de longue tradition, ce qui laisse penser que le consistoire de juin pourrait traiter non seulement de stratégie pastorale, mais aussi de fondements ecclésiologiques.
Les détails logistiques de la rencontre laissent également entrevoir son importance. Les sessions débuteront à 9 h les deux jours et s’achèveront avant les célébrations liturgiques du week-end, notamment une messe concélébrée avec le pape le 28 juin.
Le lendemain, le pallium traditionnel sera remis aux archevêques métropolitains nouvellement nommés, un rite qui souligne la communion entre les Églises locales et le Siège de Rome. Le calendrier a suscité des spéculations sur la possible création de nouveaux cardinaux, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été donnée.
En nombre, le Collège cardinalice compte actuellement 243 membres issus de 92 pays, dont 120 électeurs et 123 âgés de plus de 80 ans. Cette composition globale n’est pas le fruit du hasard ; elle est essentielle à l’objectif déclaré de Léon XIV de favoriser la connaissance mutuelle entre les cardinaux, qui ont souvent peu d’occasions d’échanger directement.
En les réunissant périodiquement, le pape semble mettre en place un style de gouvernance plus synodal au plus haut niveau de l’Église.
Il en résulte un pontificat qui cherche à équilibrer la continuité et le changement méthodique. Plutôt que de promulguer des réformes radicales de manière isolée, Léon XIV met en place un processus où la consultation devient une routine et où le discernement est partagé.
Le consistoire, traditionnellement une institution formelle et ponctuelle, se transforme en un forum récurrent où convergent la réflexion théologique, l’urgence pastorale et les questions institutionnelles.



