Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus

Sainte Thérèse, demeure de Dieu et porte du ciel

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Réflexions de Mgr Follo sur sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face

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Encouragé, comme toujours, par son âme de pasteur, le pape François a publié le 15 octobre 2023 « C’est la confiance », exhortation apostolique sur la confiance dans l’amour miséricordieux, à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance (2 janvier 1873) de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et la Sainte Face.

Avec ce texte magistral, le Saint-Père explique bien l’actualité de cette petite française, décédée le 30 septembre 1897, à l’âge de 24 ans au Carmel de Lisieux. Il répond également à la question : comment expliquer que 150 ans après sa naissance, sainte Thérèse de Lisieux, cette jeune sœur française, puisse exercer un tel attrait sur une multitude de femmes et d’hommes qui n’appartiennent pas qu’au monde catholique ?

 

Sainte Thérèse, présence de lumière et d’amour

En effet, de nombreuses personnes qui viennent d’autres univers religieux et non religieux se sentent parfaitement à l’aise en sa présence au Sanctuaire de Lisieux ou devant ses reliques, mais aussi, par exemple, dans une église du Caire dédiée à cette sainte. Elles viennent respirer auprès d’elle une présence infinie, une présence d’amour. Elles peuvent expérimenter cette présence divine grâce à la présence fraternelle de Thérèse qui est une présence de lumière et d’amour. Elles peuvent contempler Thérèse comme une icône, comme une fenêtre. En effet icône ne signifie pas seulement image, mais – dans un sens analogique mais exact – elle signifie : fenêtre qui permet de regarder la terre, où le Christ s’est incarné, et le ciel où son visage, défiguré par la Passion, est transfiguré, pour toujours.

 

Une « fenêtre ouverte sur le ciel et sur la terre »

Nous pouvons donc affirme que Thérèse est « une fenêtre ouverte sur le ciel et sur la terre » ou « un traité théologique peint avec des couleurs », les couleurs d’une vie d’une personne qui a transformé le gris du quotidien avec les couleurs d’une vie d’amour sans limites, les couleurs d’une vie héroïque remplie d’amour et de bonheur. En effet, disait un frère augustinien « Aimer, c’est une vertu ; être aimé c’est le bonheur ».

Nous pouvons vraiment écrire que Thérèse est une nouvelle Véronique, c’est-à-dire une vraie, sacrée icône. Comme la première Véronique, Thérèse a marché dans la contemplation de la Sainte Face de Jésus qui allait vers le Calvaire. En essuyant la Sainte Face elle a reçu le nom de Véronique, nom qui « est né au moment même où son cœur est devenu l’effigie (icône) du Christ souffrant : effigie de la vérité. Son nom est né de ce qu’elle regardait… La vision est un espace de l’âme » (cf. La Véronique de Jean-Paul II). Une vision où la prière devient regard d’amour et l’acte de confiance devient geste d’amour.

 

Les trois propriétés de l’amour vécu par Thérèse

Cet amour a trois propriétés que cette petite et grande sainte a vécues et enseigne aujourd’hui encore par sa vie et par ses écrits.

D’abord, la propriété de l’amour est celle de s’abaisser, de se pencher sur l’aimé : Dieu est amour qui s’abaisse, Dieu est tout penché sur ses créatures auxquelles il se donne complétement.

Deuxièmement, Dieu aime chaque être humain comme s’il était unique au monde.

Troisièmement, de même que Dieu organise toutes les saisons pour qu’une seule fleur puisse naître même dans le désert, de même il organise le monde entier et toute l’histoire pour chaque créature humaine. Chacun d’entre nous est petit, humble, mais unique.

Ce que Dieu aime en nous, ce ne sont pas nos œuvres, ce n’est pas le fait que nous n’ayons pas commis de péchés, ce que Dieu aime en nous, c’est la confiance absolue que nous avons en lui. Si nous avions commis des péchés, nous irions nous jeter dans ses bras, si nous ne les avions pas commis c’est grâce à lui. La confiance absolue, cette maturité, cette âme grande et forte, qui peut être totalement un enfant dans les bras de Dieu ; mais pas de manière sentimentale, ni idiote, mais très adulte, très profonde, absolument totale et intelligente.

 

Docteur de l’Église en 1997

En effet, Thérèse de Lisieux a atteint une maturité chrétienne et humaine de sagesse qui lui a value en 1997 le titre de docteur de l’Église par le pape Jean-Paul II, et la reconnaissance de femme « intellectuelle » par l’UNESCO en 2021.

Depuis l’âge de quatorze ans, elle s’est sentie illuminée par la sagesse de l’amour qui est la Vérité incarnée. D’une façon particulière, Thérèse de Lisieux est un jeune docteur de l’Église pour les jeunes, mais aussi une pédagogue pour la vie humaine et évangélique. Elle éclaire surtout les parcours des jeunes qui sont et doivent être davantage les protagonistes de ce troisième millénaire.

La jeune Thérèse enseigne à ne rien accepter comme vérité qui soit dépourvu d’amour, et à ne rien accepter comme amour qui soit dépourvu de vérité. L’un sans l’autre devient un mensonge destructeur.

 

La présence concrète du Christ dans sa vie quotidienne

L’enseignement de Thérèse, véritable science de l’amour, est l’expression lumineuse de sa connaissance du mystère du Christ et de son expérience personnelle du Christ, une présence concrète dans sa vie quotidienne. Elle est une fille du 19e siècle mais aide les hommes et les femmes d’aujourd’hui, au 21e siècle, à mieux percevoir les dons de Dieu dans l’opacité du quotidien, rendant héroïque ce que chacun considère comme opaque et banal. Il répandit ainsi la Bonne Nouvelle de l’amour infini (= démesuré) de Dieu.

Cet enseignement nous arrive encore aujourd’hui par sainte Thérèse qui n’a rien fait qui puisse expliquer une influence mondiale et constante. Elle n’a envoyé aucun message aux peuples du monde, mais elle les a portés dans son cœur : nul doute qu’elle n’ait fait de sa vie un espace assez grand pour contenir le monde entier et c’est parce qu’elle a exercé ainsi une sorte de maternité spirituelle à l’égard de tous les peuples de la terre que l’Église l’a choisie comme la patronne des missions. Expérimentalement, son influence en effet s’exerce, même sans aucune prédication, sur les populations qui ne possèdent d’elle que ce rayonnement merveilleux de sa présence.

 

Sainte Thérèse, demeure de Dieu et porte du ciel

Ce ne sont pas ses occupations dans ce bref séjour au Carmel qui n’a duré que huit ans, ce ne sont pas ses activités quotidiennes qui n’ont en soi aucune importance, qui l’ont placée au sommet d’une lignée spirituelle innombrable, c’est uniquement ce don d’elle-même, ce don total, jusqu’à la racine de son être, à Dieu, à toute l’humanité et à tout l’univers. La vie de la petite et grande sainte s’est écoulée comme la vie d’un petit grain de sable qui, mis dans l’huître du cœur de Dieu, est devenue une perle. La poussière de banals instants d’une vie cachée et humble a adhéré au rocher de Dieu et en a fait une Église vivante, c’est-à-dire la demeure de Dieu et la porte du ciel.

Cette sainte montre à l’Église – qu’avant d’avoir de nombreux moyens, méthodes et structures (qui souvent détournent de l’essentiel) – des cœurs sont nécessaires comme le sien, qui demande au Christ : « Donne-moi ton cœur afin que je puisse t’aimer ». Enfin Thérèse de Lisieux montre que la sainteté est une communion d’amour simple, humble, pleine de confiance et d’abandon. Saint ou sainte, c’est la personne vraie. C’est la personne belle.

En effet, la beauté est le fruit de l’amour et le saint est celui qui répond pleinement à cet amour. Depuis la Genèse, l’amour de Dieu est présenté comme lumière qui pénètre dans toute chose avec splendeur, jusqu’à la splendide vision du couple humain : masculin et féminin. Cette beauté sponsale se manifeste à nouveau chaque fois que la réalité est accueillie comme un don et un rappel à Dieu.

 

Thérèse, la petite voie pour parvenir à Dieu

En adhérant au Christ, les saints se rapprochent de la beauté de Dieu et la reflètent dans le monde. L’être humain ne peut se contenter de rien d’autre que Dieu. Pour la petite Thérèse, Dieu Trinité est amour, tandis que l’homme est désir d’amour. La personne humaine va soit vers Dieu, soit vers les petites choses, en s’éloignant de Dieu : le Christ est venu précisément pour nous révéler le Père. Dieu nous a donné Thérèse pour nous apprendre la petite voie qui permet d’arriver à lui tout en étant faibles, simples et avec une vie banale. Il suffit marcher vers lui avec la même confiance et le même amour que la petite, grande, sainte qui nous montre que tout le monde peut tout donner à Dieu, Père d’amour.

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Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo est ordonné prêtre le 28 juin 1970 puis nommé vicaire de San Marco Evangelista à Casirate d’Adda de 1970 à 1976. Il obtient un doctorat en Philosophie à l’Université pontificale grégorienne en 1984. De 1976 à 1984, il travaille comme journaliste au magazine Letture du Centre San Fedele de la Compagnie de Jésus (jésuites) à Milan. Il devient membre de l’Ordre des journalistes en 1978. En 1982, il occupera le poste de directeur-adjoint de l’hebdomadaire La Vita Cattolica. De 1978 à 1983, il est professeur d’Anthropologie culturelle et de Philosophie à l’Université catholique du Sacré Cœur et à l’Institut Supérieur des Assistant Educateurs à Milan. Entre 1984 à 2002, il travaille au sein de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, au Vatican. Pendant cette période il sera professeur d’Histoire de la Philosophie grecque à l’Université pontificale Regina Apostolorum à Rome (1988-1989). En 2002, Mgr Francesco Follo est nommé Observateur permanent du Saint Siège auprès de l’UNESCO et de l’Union Latine et Délégué auprès de l’ICOMOS (Conseil international des Monuments et des Sites). Depuis 2004, Mgr Francesco Follo est également membre du Comité scientifique du magazine Oasis (magazine spécialisé dans le dialogue interculturel et interreligieux). Mgr Francesco Follo est Prélat d’Honneur de Sa Sainteté depuis le 27 mai 2000.

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