ROME, Jeudi 27 octobre 2005 (ZENIT.org) – A la fin du Synode des évêques sur l’Eucharistie, qui s’est achevé dimanche 23 octobre, les pères synodaux ont rédigé une liste de 50 propositions (dont le texte officiel est en latin) destinées au pape Benoît XVI. Celui-ci a autorisé la publication d’une version non officielle en italien de ces propositions. Nous proposons ci-dessous la traduction des 5 premières propositions.

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Introduction

Proposition 1

Documents présentés au Souverain Pontife

Seront soumis à l’attention du Souverain Pontife – outre les documents sur l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise relatifs à ce synode, c’est-à-dire les Lineamenta, l’Instrumentum laboris, les Rapports ante et post disceptationem ainsi que les textes des interventions, aussi bien ceux qui ont été présentés en salle que ceux qui l’ont été par écrit, les Rapports des Carrefours et leurs discussions – en particulier quelques propositions spécifiques que les Pères ont retenues comme particulièrement importantes. Les Pères synodaux demandent humblement au Saint-Père de juger s’il est opportun ou non d’offrir un document sur le mystère insondable de l’Eucharistie dans la vie et dans la mission de l’Eglise.

Proposition 2

La réforme liturgique de Vatican II

L’Assemblée synodale a rappelé avec gratitude l’influence bénéfique que la réforme liturgique mise en œuvre à partir du Concile Vatican II a eue pour la vie de l’Eglise. Celle-ci a mis en évidence la beauté de l’action eucharistique qui resplendit dans le rite liturgique. Des abus ont été constatés dans le passé, et ne manquent pas aujourd’hui encore même s’ils ont sensiblement diminué. De tels épisodes ne peuvent toutefois voiler la bonté et la validité de la réforme, qui contient encore des richesses qui n’ont pas été totalement explorées ; ils invitent plutôt à accorder avec urgence une plus grande attention à l’ars celebrandi dont bénéficie pleinement l’actuosa participatio.

Première partie

Le peuple de Dieu éduqué à la foi dans l’Eucharistie

La foi dans l’Eucharistie

Proposition 3

Le novum du mystère pascal

En instituant l’Eucharistie Jésus a créé une nouveauté radicale : il a réalisé en Lui-même l’alliance nouvelle et éternelle. Dans le cadre de la cène rituelle juive, qui concentre dans le mémorial l’événement passé de la libération d’Egypte, son importance présente et la promesse future, Jésus insère le don total de Soi. Le vrai Agneau immolé s’est sacrifié une fois pour toutes dans le mystère pascal et est en mesure de libérer définitivement l’homme du péché et des ténèbres de la mort.
Le Seigneur lui-même nous a offert les éléments essentiels du « culte nouveau ». L’Eglise en tant qu’épouse et guidée par l’Esprit Saint, est appelée à célébrer le banquet eucharistique jour après jour « en mémoire de Lui ». Elle inscrit le sacrifice rédempteur de son Epoux dans l’histoire et le rend présent de manière sacramentelle dans toutes les cultures. Ce « grand mystère » est célébré dans les formes liturgiques que l’Eglise, éclairée par l’Esprit Saint, développe ainsi dans le temps et dans l’espace.
Dans la célébration de l’Eucharistie, Jésus, substantiellement présent, nous introduit dans la Pâque à travers Son Esprit : nous passons de la mort à la vie, de l’esclavage à la liberté, de la tristesse à la joie. La célébration de l’Eucharistie renforce en nous ce dynamisme pascal et consolide notre identité. Avec le Christ nous pouvons vaincre la haine avec l’amour, la violence avec la paix, l’orgueil avec l’humilité, l’égoïsme avec la générosité, la discorde avec la réconciliation, le désespoir avec l’espérance. Unis à Jésus Christ mort et ressuscité nous pouvons chaque jour porter Sa croix et le suivre, en vue de la résurrection de la chair, à l’exemple des martyrs d’hier et d’aujourd’hui.
L’Eucharistie comme mystère pascal est gage de la gloire future, et de l’Eucharistie naît déjà la transformation eschatologique du monde. En célébrant l’Eucharistie nous anticipons cette joie dans la grande communion des saints.

Proposition 4

Le don eucharistique

L’Eucharistie est un don qui naît de l’amour du Père, de l’obéissance filiale de Jésus poussée jusqu’au sacrifice de la croix rendu présent pour nous dans le sacrement, par la puissance de l’Esprit Saint qui, appelé sur les dons par la prière de l’Eglise, les transforme en Corps et Sang de Jésus. Dans l’Eucharistie se révèle pleinement le mystère de l’amour de Dieu pour l’humanité et s’accomplit Son dessein de salut sous le signe d’une gratuité absolue, qui répond seulement à Ses promesses, accomplies au-delà de toute mesure.
L’Eglise accueille, adore, célèbre ce don avec une obéissance anxieuse et fidèle, sans s’arroger aucun pouvoir de disponibilité, autres que ceux que Jésus lui a confiés afin que le rite sacramentel s’exerce dans l’histoire.
Au pied de la Croix la très sainte Vierge adhère pleinement au don sacrificiel du Sauveur. Par sa conception immaculée et la plénitude de grâces reçues, Marie inaugure la participation de l’Eglise au sacrifice du Rédempteur.
Les fidèles « ont le droit de recevoir abondamment des pasteurs sacrés les biens spirituels de l’Eglise, surtout les aides de la Parole de Dieu et des sacrements » (LG 37; cf. CIC can. 213; CCEO can. 16), lorsque le droit ne l’interdit pas.
A ce droit correspond le devoir des pasteurs de faire tous les efforts possibles pour ne pas priver concrètement les personnes de l’accès à l’Eucharistie, en faisant preuve à cet égard d’une sollicitude intelligente et d’une grande générosité. Le Synode apprécie et remercie les prêtres qui, même au prix de sacrifices parfois lourds et risqués, assurent ce don de vie aux communautés chrétiennes et leur enseignent à le célébrer dans la vérité et la plénitude.

Proposition 5

Eucharistie et Eglise

La relation entre l’Eucharistie et l’Eglise est comprise dans la grande tradition chrétienne comme constitutive de l’être et de l’agir de l’Eglise elle-même, au point que l’antiquité chrétienne désignait par les mêmes paroles Corpus Christi le corps né de la Vierge Marie, le corps eucharistique et le corps ecclésial du Christ.
Cette unité du corps se manifeste dans les communautés chrétiennes et se renouvelle dans l’acte eucharistique qui les unit et les différencie en Eglises particulières, “in quibus et ex quibus una et unica Ecclesia catholica existit” (LG 23). Le terme « catholique » exprime l’universalité provenant de l’unité que l’Eucharistie, célébrée dans toute Eglise, favorise et édifie.
Les Eglises particulières dans l’Eglise universelle ont ainsi, dans l’Eucharistie, le devoir de rendre visible leur unité et leur diversité. Ce lien d’amour fraternel laisse transparaître la communion trinitaire. Les conciles et les synodes expriment dans l’histoire cet aspect fraternel de l’Eglise. De par cette dimension ecclésiale, l’Eucharistie établit un fort lien d’unité de l’Eglise catholique avec les Eglises orthodoxes, qui ont conservé la nature authentique et intacte du mystère de l’Eucharistie. Le caractère ecclésial de l’Eucharistie pourrait également être un point privilégié dans le dialogue avec les communautés nées de la Réforme.

[Texte original : italien – Traduction réalisée par Zenit]