La crise au Darfour s'aggrave de jour en jour

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Proximité et solidarité de Jean-Paul II

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CITE DU VATICAN, Vendredi 30 juillet 2004 (ZENIT.org) – L’Osservatore Romano hebdomadaire en langue française du 27 juillet publie cette analyse de la situation au Darfour, à l’occasion du voyage de Mgr Cordes au Soudan, comme envoyé du pape Jean-Paul II, et de l’appel lancé par le pape en faveur de ces populations.

Il est possible de répondre à l’appel lancé en faveur des populations du Darfour par le réseau Caritas et « Action by Churches Together » en faisant un don sur le C/C postal N. 603035 à l’ordre du « Conseil pontifical Cor Unum pour le Darfour ».
La crise au Darfour s’aggrave de jour en jour

La situation des populations de la région du Darfour, partie occidentale du Soudan, à la frontière du Tchad, s’est dramatiquement aggravée depuis plus d’un an. Pour exprimer sa proximité et sa solidarité avec ces populations, le Souverain Pontife a envoyé au Soudan S.Exc. Mgr Paul Joseph Cordes, Président du Conseil pontifical « Cor Unum », qui, accompagné du Sous-Secrétaire, Mgr Dal Toso, est parti pour Khartoum le jeudi 22 juillet 2004. Ils y ont rencontré le Nonce apostolique, S.Exc. Mgr Mamberti, et le Cardinal Wako, Archevêque de Khartoum, qui les ont informés sur le conflit en cours. La situation au Soudan est tellement dramatique, après plus de vingt années de conflit, deux millions de morts, et cinq millions de réfugiés, qu’elle a parfois été qualifiée de « Rwanda au ralenti », tandis que M. Kofi Annan, Secrétaire général de l’O.N.U., a dénoncé une véritable « purification ethnique ». Le Conseil pontifical Cor Unum avait déjà envoyé une aide financière au Darfour par l’intermédiaire du Haut-Commissariat aux Réfugiés.

Avec l’assistance des Nations unies, S.Exc. Mgr Cordes s’est rendu dans la zone des conflits, au Darfour, où il a visité le camp de réfugiés de Nyala. On compte plus d’un million de réfugiés dans les camps du Darfour – auxquels s’ajoutent deux cents mille réfugiés au Tchad. En raison du manque d’hygiène et d’une pauvreté absolue, plus de cent personnes meurent chaque jour dans ces camps de fortune. Dans une déclaration à l’Agence Fides, S.Exc. Mgr Cordes a considéré cette visite dans les camps de réfugiés comme « le moment le plus significatif de ce voyage », avec la Messe concélébrée, le dimanche 25 juillet, avec le Cardinal Gabriel Zubeir Wako, Archevêque de Khartoum. S.Exc. Mgr Cordes s’est dit « convaincu que ces voyages permettent d’ouvrir des perspectives politiques, mais constituent également une aide très importante pour les personnes (…) qui se sentent encouragées et voient qu’elles ne sont pas isolées et que l’on lutte dans un but important. Et tout cela, au niveau émotionnel et moral, est d’un grand secours ».

La crise au Darfour, que l’ONU considère comme la plus grande urgence humanitaire actuelle dans le monde, se révèle jour après jour plus dramatique. M. Jan Egeland, coordinateur des initiatives humanitaires d’urgence de l’ONU, a déclaré que le nombre de morts du conflit du Darfour pouvait désormais être évalué entre 30.000 et 50.000, et dans les camps de réfugiés on enregistre chaque jour de nouvelles victimes de la dénutrition et des conditions sanitaires déplorables.

Dans le même temps, sur le plan politique, le ton se durcit et le Gouvernement de Khartoum conteste durement les positions exprimées par différents pays et en particulier par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Alors qu’à Londres se succèdent les déclarations de la part du Gouvernement et des Forces armées évoquant l’hypothèse d’une intervention militaire au Darfour, pour soutenir la mission déjà décidée par l’Union africaine (UA), à Washington le Congrès a approuvé le 24 juillet, à une large majorité, une déclaration qui qualifie de « génocide » la situation au Darfour et invite l’administration Bush à intervenir, si nécessaire « de manière unilatérale ». Les Etats-Unis avaient préalablement présenté un projet de résolution devant le Conseil de Sécurité de l’ONU prévoyant des sanctions contre Khartoum.

Le point crucial des tensions concerne la requête faite à Khartoum de désarmer les miliciens arabes « Jenjawids », qui, au Darfour, soutiennent les troupes gouvernementales contre les groupes rebelles ayant pris les armes au début de l’année dernière, l' »Armée de Libération soudanaise » (SLA) et le « Mouvement pour la Justice et l’Egalité » (JEM). Les « Jenjawids » sont accusés de perpétrer de façon systématique des atrocités contre les populations locales non arabes.

Le Gouvernement soudanais, qui, ces dernières semaines, a pourtant déclaré accepter les requêtes du Secrétaire général de l’ONU M. Kofi Annan, qui a conduit personnellement une mission dans la région fin juin, y compris celle sur le désarmement des miliciens « Jenjawids » et qui a consenti à l’envoi d’une mission de l’UA, a durement réagi face à ces prises de positions. Le Président soudanais M. Omar Hassan al Bashir a affirmé que la préoccupation internationale était en train de devenir un prétexte: « En réalité, c’est une façon de prendre pour cible l’Etat islamique du Soudan », a déclaré le Président lors d’une rencontre publique après la prière du vendredi, sans faire directement référence à la résolution présentée à l’ONU et que le Ministre des Affaires étrangères M. Mustafa Osman Ismail avait précédemment qualifiée de « pression qui ressemble beaucoup à celle exercée sur l’Irak avant la guerre ». En ce qui concerne la nécessité d’offrir une protection aux populations du Darfour, dans une interview accordée le 23 juillet, M. Ismail a déclaré qu' »il existe un réel problème qui doit être affronté du point de vue humanitaire, politique et de la sécurité et nous entendons y répondre, mais il est logique qu’un certain temps soit nécessaire ».

Le durcissement de ton menace de compromettre encore davantage la possibilité de mettre en place un dialogue constructif entre les parties impliquées dans le conflit au Darfour, c’est-à-dire le gouvernement de Khartoum et les rebelles du SLA et du JEM, alors que persistent les difficultés pour envoyer des aides aux populations et que, comme on l’a dit, la condition des réfugiés en particulier s’aggrave chaque jour davantage. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (UNHCR) a par exemple déploré, le 23 juillet, la mort de deux réfugiés dans le camp de Farchana, au Tchad, lors d’une opération militaire de rétablissement de l’ordre, après que « des représentants des réfugiés auraient interprété les efforts pour améliorer les conditions de vie dans les camps comme un refus de la Communauté internationale de les aider à retourner rapidement au Darfour », comme l’a expliqué le porte-parole de l’UNHCR, Mme Jennifer Pagonis.

(©L’Osservatore Romano – 27 juillet 2004)

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ZENIT Staff

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