Mère Cabrini : la sainte patronne des migrants remporte le vote pour l'installation d'une statue à Chicago © Photo d'archive / fournie

Mère Cabrini : la sainte patronne des migrants remporte le vote pour l'installation d'une statue à Chicago © Photo d'archive / fournie

Chicago choisit sainte Françoise-Xavière Cabrini pour un nouveau monument public

À Little Italy, la ville remplace une statue de Christophe Colomb par la première sainte américaine, symbole d’accueil des migrants et de service aux plus fragiles

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(ZENIT News / Chicago, le 22 avril 2026) – Dans une ville marquée par des vagues migratoires successives, la question de savoir qui honorer dans l’espace public est devenue une fenêtre ouverte sur des débats culturels plus profonds. La décision de Chicago de commémorer Mère Cabrini par un nouveau monument à Arrigo Park, au cœur de Little Italy, révèle une reconfiguration de la mémoire collective, où l’héritage de l’exploration cède la place au témoignage du service, et où l’histoire de l’immigration est racontée sous l’angle de la prise en charge des plus vulnérables. 

Ce choix a été fait suite à une consultation publique lancée par le Chicago Park District après le retrait d’une statue de Christophe Colomb entre 2019 et 2020, dans un contexte de manifestations liées aux mouvements pour la justice raciale. Ce retrait n’était pas un acte isolé, mais s’inscrivait dans un mouvement plus large de réévaluation, à travers les États-Unis, des figures associées à l’expansion coloniale. À Chicago, les tensions ont atteint leur paroxysme en juillet 2020, lorsque des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre autour d’une statue de Colomb ont fait des dizaines de blessés. En quelques jours, trois statues dédiées à l’explorateur ont été déboulonnées dans différents quartiers de la ville. 

Pour résoudre le différend, les autorités municipales se sont engagées à remplacer le monument du parc Arrigo par une figure emblématique de l’expérience italo-américaine. Un processus de sélection rigoureux a alors été mis en place : plus de 150 candidats ont été initialement considérés, dix finalistes ont été annoncés et les habitants ont été invités à voter. Le résultat a été sans appel. Sainte Françoise-Xavière Cabrini a recueilli environ 15 000 voix, soit près de 40 % du total, surpassant largement des personnalités de renommée mondiale telles que le physicien Enrico Fermi, qui a obtenu 648 voix, et le juge de la Cour suprême Antonin Scalia, qui en a recueilli 597. 

Le fait qu’une religieuse ait triomphé de lauréats du prix Nobel et de juristes est significatif. Cela suggère que, du moins dans ce contexte, le public est sensible non seulement aux réussites intellectuelles ou politiques, mais aussi au témoignage moral. La vie de Mère Cabrini offre un récit qui fait écho aux expériences fondamentales des communautés immigrées. Née dans le nord de l’Italie, elle arriva aux États-Unis à la fin du XIXe siècle et se consacra à répondre aux besoins pastoraux et matériels des immigrants italiens pauvres. À une époque où les immigrants étaient souvent confrontés à l’hostilité, à l’exploitation et à la marginalisation, elle mit en place des structures de soutien qui alliaient charité et vision institutionnelle. 

Tout au long de sa vie, elle a fondé 67 institutions à travers les Amériques, dont des écoles, des hôpitaux et des orphelinats. À Chicago, elle a été à l’origine d’initiatives sociales et éducatives majeures, telles que la première école paroissiale italienne de la ville et deux hôpitaux, tous deux nommés d’après Christophe Colomb – une ironie historique qui n’est pas passée inaperçue dans le débat actuel. Elle est décédée à Chicago en 1917 et a été canonisée en 1946, devenant ainsi la première citoyenne américaine à être déclarée sainte. Plus tard, l’Église catholique l’a reconnue comme la sainte patronne des immigrants. 

Le nouveau monument, première statue publique dédiée à sainte Françoise-Xavière Cabrini dans un parc de Chicago, revêt de multiples significations. D’une part, il rend hommage à la communauté italo-américaine, reconnaissant son apport historique et le rôle de la foi dans la préservation de son identité. D’autre part, il renouvelle le récit de l’immigration. Au lieu de se concentrer sur la découverte et la conquête, il met en lumière l’accompagnement, la solidarité et la défense de la dignité humaine – des valeurs qui demeurent fondamentales dans les débats contemporains sur les migrations. 

Cette décision met également en lumière la contribution souvent méconnue des religieuses à la construction des sociétés modernes. L’œuvre de Mère Cabrini ne se limitait pas à des actes strictement charitables ; elle impliquait la création d’institutions solides, capables de répondre aux besoins structurels. En ce sens, son héritage s’inscrit dans une vision sociale catholique plus large, qui conçoit l’aide aux pauvres non comme un acte de générosité ponctuel, mais comme un engagement à bâtir des systèmes qui préservent la vie et la dignité. 

Dans le même temps, le déplacement de la statue de Christophe Colomb vers un futur musée consacré à l’immigration italienne suggère une volonté d’équilibre plutôt que d’oubli. L’espace public, de plus en plus sujet à controverses, se réinvente, non plus comme un lieu figé de mémoire, mais comme une scène dynamique où différents récits s’affrontent et coexistent. En déplaçant la statue de Colomb d’une place centrale vers un cadre plus contextualisé, la ville semble établir une distinction entre commémoration et réflexion critique. 

Le calendrier de réalisation de la nouvelle statue n’est pas encore finalisé, bien que les artistes aient été invités à soumettre des propositions à partir du 1er mars. Cependant, il est déjà clair que la figure qui sera érigée dans le parc Arrigo incarne une vision particulière de la société. 

 

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Tim Daniels

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