Messe à l’aéroport international de Bamenda, 16 avril 2026 © Vatican

Messe à l’aéroport international de Bamenda, 16 avril 2026 © Vatican

Léon XIV : « La consolation des cœurs brisés et l’espoir d’un changement de société sont possibles »

Homélie du Saint-Père lors de la messe célébrée à l’aéroport international de Bamenda

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Après avoir quitté l’archevêché, le Saint-Père s’est rendu à l’aéroport de Bamenda pour la célébration de la messe pour la paix et la justice. À son arrivée, à 14 h 45 heure locale, le pape a effectué un tour en papamobile parmi les fidèles. Après les rites d’introduction et la liturgie de la Parole, Léon XIV a prononcé son homélie. À la fin de la messe, l’archevêque de Bamenda, S.E. Mgr Andrew Nkea Fuanya, a adressé quelques mots de remerciement au Saint-Père. Après avoir pris congé des autorités locales, il est reparti pour Yaoundé pour regagner la nonciature.

Nous publions ci-dessous l’homélie que le pape Léon XIV prononce au cours de la célébration :

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Chers frères et sœurs dans le Christ,

comme pèlerin de paix et d’unité, je viens parmi vous et je vous fais part de la joie que j’éprouve à me trouver ici pour visiter votre pays et, surtout, pour partager votre cheminement, vos peines et vos espoirs.

Les manifestations festives qui accompagnent vos liturgies et la joie qui jaillit de la prière que vous élevez vers Dieu sont le signe de votre abandon confiant en Dieu Lui, de votre espérance inébranlable en Lui, de votre attachement, par toutes vos forces, à l’amour de Dieudu Père qui se fait proche et regarde avec compassion les souffrances de ses enfants. Dans le psaume que nous avons prié ensemble, cette confiance en Lui, que nous sommes appelés à renouveler aujourd’hui, est chantée : « Le Seigneur est proche du cœur brisé, il sauve l’esprit abattu » (Ps 34, 19).

Frères et sœurs, les raisons et les situations qui nous brisent le cœur et nous plongent dans la détresse sont nombreuses. En effet, les espoirs d’un avenir de paix et de réconciliation, où chacun est respecté dans sa dignité et les droits fondamentaux sont garantis à tous, sont sans cesse mis à mal par les nombreux problèmes qui marquent cette magnifique terre : les multiples formes de pauvreté qui touchent encore actuellement un très grand nombre de personnes dans le contexte d’une crise alimentaire en cours ; la corruption morale, sociale et politique, liée surtout à la gestion des richesses qui empêche le développement des institutions et des structures ; les graves problèmes qui en découlent et qui touchent les systèmes éducatif et sanitaire, ainsi que la grande migration vers l’étranger, en particulier des jeunes. Et, aux problèmes internes, souvent alimentés par la haine et la violence, s’ajoute également le mal causé venant de l’extérieur, par ceux qui, au nom du profit, continuent de s’emparer du continent africain pour l’exploiter et le piller.

Tout cela risque de nous faire sentir impuissants et d’ébranler notre confiance. Et pourtant, c’est le moment de changer, de transformer l’histoire de ce pays. Aujourd’hui et non demain, maintenant et non dans le futur, le moment est venu de reconstruire, detisser composer à nouveau la mosaïque de l’unité en réunissant les diversités et les richesses du pays et du continent, d’édifier une société où règnent la paix et la réconciliation.

Il est vrai que lorsqu’une situation s’est installée depuis longtemps, le risque est celui de la résignation et de l’impuissance, car nous n’attendons aucune nouveauté. Pourtant, la Parole du Seigneur ouvre des espaces de nouveauténouveaux et engendre transformation et guérison, parce qu’elle est capable de mettre le cœur en mouvement, de remettre en question le cours normal des choses auquel nous risquons facilement de nous habituer et de nous rendre acteurs actifs du changement. Rappelons-nous ceci : Dieu est nouveauté, Dieu crée des choses nouvelles, Dieu fait de nous des personnes courageuses qui, en défiant le mal, construisent le bien.

Nous le voyons dans le témoignage des Apôtres, tel que nous l’avons entendu dans la première Lecture : alors que les autorités du Sanhédrin interrogent les Apôtres, les réprimandent et les menacent parce qu’ils annoncent publiquement le Christ, ceux-ci répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice » (Ac 5, 29-30).

Le courage des Apôtres se transforme en conscience critique, en prophétie, en dénonciation du mal, et c’est là le premier pas pour changer les choses. Obéir à Dieu, en effet, n’est pas un acte de soumission qui nous opprime ou nous prive de notre liberté ; au contraire, l’obéissance à Dieu nous rend libres, car elle signifie Lui confier notre vie et laisser sa Parole inspirer notre façon de penser et d’agir. Ainsi, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, rapportant la dernière partie du dialogue entre Jésus et Nicodème : « Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous » (Jn 3, 31). Celui qui obéit à Dieu avant d’obéir aux hommes ou à la pensée humaine et terrestre retrouve sa liberté intérieure, parvient à découvrir la valeur du bien et à ne pas se résigner au mal, redécouvre le chemin de la vie, devient artisan de paix et de fraternité.

Frères et sœurs, la consolation des cœurs brisés et l’espoir d’un changement de société sont possibles si nous nous en remettons à Dieu et à sa Parole. Nous devons cependant toujours garder dans notre cœur l’appel de l’apôtre Pierre et le remémorer : obéir à Dieu, et non aux hommes. Lui obéir parce que Lui seul est Dieu. Et cela nous invite à promouvoir l’inculturation de l’Évangile et à veiller attentivement, y compris sur notre propre religiosité, afin de ne pas tomber dans le piège de suivre ces courants qui mélangent de manière confuse la foi catholique avec d’autres croyances et traditions de type ésotérique ou gnostique qui, en réalité, ont souvent des finalités politiques et économiques. Seul Dieu libère, seule sa Parole ouvre des chemins de liberté, seul son Esprit fait de nous des personnes nouvelles capables de changer ce pays.

Je vous accompagne par ma prière constante et je bénis en particulier l’Église ici présente : tant de prêtres, de missionnaires, de religieux et de laïcs qui œuvrent pour être source de consolation et d’espérance. Je vous encourage à poursuivre sur cette voie et je vous confie à l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Reine des Apôtres et Mère de l’Église.

 

Lors de la messe célébrée à l’aéroport international de Bamenda, un calice a été offert en cadeau au pape Léon XIV, signe liturgique de communion, d’action de grâce et de foi partagée.

 

Paroles de remerciement de l’archevêque de Bamenda

À l’issue de la célébration, l’archevêque de Bamenda a adressé au pape Léon XIV de vibrantes paroles de gratitude, saluant une visite porteuse de consolation, d’espérance et d’un profond appel à la paix pour une région éprouvée.

Très Saint-Père,

Nous, fidèles du Christ et personnes de bonne volonté de la province ecclésiastique de Bamenda, sommes à court de mots pour vous remercier comme il se doit. Merci pour cette visite à Bamenda, qui nous a apporté un réconfort spirituel, un encouragement moral, un regain de force psychologique et une consolation physique. En effet, vous êtes venu comme le Bon Pasteur qui ne laisse jamais son troupeau sans surveillance, et votre présence a ravivé nos esprits abattus.

L’Évangile de Jean nous dit qu’«il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis» (Jn 15, 13), et nous voyons votre venue à Bamenda, en cette période d’insécurité, d’incertitude et de découragement, comme le fait de donner votre vie pour vos brebis. Quand nous vous voyons à Bamenda, nous nous souvenons de Daniel dans la fosse aux lions (Dan 14, 31-42) ; Quand nous vous voyons à Bamenda, nous pensons au courage de Shadrack, Meshack et Abednego, qui étaient prêts à être jetés dans le feu à cause de leur foi (Daniel 3, 1-23) ; Lorsque nous vous voyons à Bamenda, nous voyons en vous le Christ lui-même, qui a dit que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup (Mt 20, 28). Malgré tous ceux qui ont tenté de vous dissuader de venir à Bamenda, vous êtes venu vers nous comme un martyr prêt à verser son sang afin que ses frères et sœurs « aient la vie et l’aient en abondance » (Jn 10, 10)

Très Saint-Père, nous récolterons les fruits de votre visite pendant de nombreuses années encore et nous sommes convaincus que la paix pour laquelle vous êtes venu prier reviendra une fois de plus dans cette province ecclésiastique de Bamenda. Nous sommes convaincus qu’à partir d’aujourd’hui, après votre bénédiction au peuple de cette terre, la prophétie messianique du prophète Isaïe deviendra réalité parmi nous. À partir d’aujourd’hui, à Bamenda,

« Le lion et l’agneau vivront en paix,

le léopard se couchera avec la chèvre,

le veau et le lion et le jeune bœuf ensemble ; et un petit enfant les conduira.

La vache paîtra avec l’ours, leurs petits se coucheront ensemble,

et le lion mangera de la paille comme le bœuf. Le nourrisson jouera près de la tanière du cobra,

et le jeune enfant mettra sa main dans le nid de la vipère.

Ils ne feront ni mal ni dommage sur toute ma montagne sainte,

car la terre sera remplie de la connaissance du Seigneur

comme les eaux couvrent la mer. » (Is. 11, 5-9).

En nous inspirant du même prophète Isaïe, nous espérons et croyons fermement qu’après cette visite à Bamenda, « Le Seigneur exercera son autorité sur les nations et jugera entre de nombreux peuples ; ceux-ci forgeront leurs épées en socs et leurs lances en faucilles ; une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre nation, et l’on n’apprendra plus l’art de la guerre » (Is 2, 4)

Merci, Saint-Père, d’être le véritable Père et le Bon Pasteur que vous êtes. Vous avez laissé une empreinte indélébile dans nos vies et le peuple du Cameroun, en particulier celui de Bamenda, n’oubliera jamais que vous leur avez rendu visite et prié pour eux, et surtout, que vous leur avez rendu visite alors qu’ils avaient le plus besoin de vous.

Au nom de mes frères évêques de cette province, nous vous promettons notre loyauté filiale envers votre fonction et votre personne, et nous prions pour que le Bon Dieu qui vous a conduit à Bamenda vous accompagne tout au long de cette première visite apostolique en Afrique. Nous rendons «gloire à celui dont la puissance agissant en nous peut faire infiniment plus que tout ce que nous pouvons demander ou imaginer. Gloire à lui de génération en génération dans l’Église, et en Jésus-Christ pour les siècles des siècles. Amen» (Éph. 3, 20)

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Pape Léon XIV

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