Après des décennies sans visite pontificale en Argentine, l’éventualité d’un voyage du pape Léon XIV en Amérique du Sud suscite une attente grandissante, portée à la fois par les autorités politiques, l’Église locale et une opinion publique en quête d’espérance.
Une visite papale de plus en plus envisagée
Pendant des années, les catholiques argentins ont vécu une situation paradoxale qui étonnait souvent le reste du monde : le pays natal du pape François n’avait jamais accueilli son propre pape. Aujourd’hui, un nouveau chapitre pourrait s’ouvrir.
Près de quarante ans après la dernière visite d’un pape en Argentine, les attentes grandissent rapidement autour d’un possible voyage de Léon XIV en novembre prochain, dans le cadre d’une tournée plus large en Amérique du Sud. Ce qui relevait encore récemment de la spéculation diplomatique prend désormais une réelle consistance politique et ecclésiale.
Le 26 mai, le président argentin Javier Milei a déclaré que, « sauf tragédie », il était « hautement probable » que le pape visite le pays avant la fin de l’année. Il a attribué cette avancée au travail du vice-ministre des Affaires étrangères, Pablo Quirno, évoquant un effort diplomatique ayant permis d’aligner les différentes positions nécessaires à l’organisation du voyage.
Des signaux diplomatiques encourageants
Cet optimisme ne s’est pas construit du jour au lendemain. Depuis plusieurs mois, les échanges diplomatiques semblent s’intensifier. En février dernier, Pablo Quirno s’était rendu à Rome afin de remettre personnellement au pape une lettre d’invitation de Javier Milei.
À l’issue de cette rencontre, il avait souligné la volonté commune de renforcer la coopération en faveur de la paix, de l’entente internationale et de la résolution pacifique des conflits. Selon des sources gouvernementales argentines, la probabilité d’une visite pontificale dépassait alors les 70 %.
Plus récemment, de nouveaux signes publics ont alimenté les attentes. Après une rencontre avec le président Milei à la résidence d’Olivos, Quirno a écrit sur les réseaux sociaux qu’il apportait « de bonnes nouvelles qui réjouiront le peuple argentin », ajoutant cette phrase énigmatique : « Il ne manque plus que la date ; quel beau printemps ! »
Le président a lui-même amplifié les spéculations en répondant simplement : « Il arrive déjà », accompagné de deux émojis représentant des lions, référence évidente au nom du pape Léon.
Prudence du Vatican et attente de l’Église
Mais dans l’Église catholique, le symbole ne remplace jamais la procédure. L’enthousiasme reste donc tempéré par la prudence institutionnelle.
L’archevêque de Buenos Aires, Mgr Jorge García Cuerva, tout en reconnaissant l’existence de possibilités « très réelles », a appelé à la retenue : « Nous devons être prudents et respectueux », a-t-il déclaré, rappelant que seule la Sainte-Siège peut confirmer officiellement un voyage pontifical.
Il a néanmoins exprimé ouvertement son souhait de voir Léon XIV venir en Argentine, estimant qu’une telle visite pourrait représenter « un message de paix et de concorde » capable d’apporter un souffle positif au pays.
Ses propos révèlent aussi le contexte profond dans lequel s’inscrit cette attente. L’Argentine traverse encore de fortes tensions politiques, une situation économique difficile et une fatigue sociale croissante. Dans ce cadre, une visite papale dépasse largement la seule dimension religieuse et peut devenir un moment de réflexion nationale.
Une tournée sud-américaine à forte portée symbolique
Des signaux similaires émergent également en Uruguay voisin. Carlos Enciso, maire de Florida et ancien ambassadeur à Buenos Aires disposant de contacts au Vatican, a affirmé que Léon XIV devrait visiter l’Argentine, l’Uruguay et le Pérou durant la première quinzaine de novembre.
Les autorités uruguayennes se prépareraient déjà à ce qui est considéré localement comme une étape pontificale presque certaine.
Si cet itinéraire venait à se confirmer, il porterait une forte charge symbolique. Le Pérou occupe une place très personnelle dans l’histoire de Léon XIV après de longues années de mission dans le pays. L’Uruguay représente l’une des sociétés les plus sécularisées d’Amérique latine. Quant à l’Argentine, elle demeure une nation où l’identité catholique conserve une influence culturelle majeure malgré la diversification religieuse et les débats politiques contemporains.
Pour l’heure, la décision finale appartient toujours au Vatican. Ni la Conférence épiscopale argentine ni son homologue uruguayenne n’ont encore reçu de notification officielle. Même le cardinal uruguayen Daniel Sturla, qui considère la visite comme « presque certaine », estime qu’aucune annonce formelle ne devrait intervenir avant la mi-juin.
Mais parfois, la diplomatie s’exprime bien avant les communiqués officiels. Et en Argentine, beaucoup ont désormais le sentiment que tous les signes convergent dans une même direction : novembre, l’Amérique du Sud, et peut-être l’un des événements majeurs de l’année pour l’Église catholique.
