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Don Pietro Pappalardo @ Giuseppe Volpe, 1970

Don Pietro Pappalardo @ Giuseppe Volpe, 1970

Yad Vashem: un prêtre de Rome déclaré Juste parmi les Nations

Un exemple pour aujourd’hui, estime sa famille

Don Pietro Pappagallo, prêtre de Rome qui figure parmi les 335 victimes du massacre nazi aux Fosses Ardéatines, du 24 mars 1944, a été déclaré « Juste parmi les Nations » par le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, indique la communauté juive de Rome (Giacomo Kahn).

Il était originaire de Terlizzi, dans la province de Bari, sur l’Adriatique, et son diocèse d’origine, Molfetta, répercute aussi la nouvelle qui vient d’être communiquée à la famille de don Pietro qui voit en lui un exemple pour aujourd’hui.

Il était né en 1888, cinquième de huit enfants. Son père était cordier et sa maman mère au foyer. Après avoir été ordonné prêtre en 1915, il avait exercé son ministère dans les Pouilles et en Calabre. Don Pietro s’est ensuite transféré à Rome en 1925, pour se mettre au service des plus défavorisés. Il fut nommé trois ans après vicaire à Sainte-Marie-Majeure. Pendant l’Occupation nazie, il secourait tous ceux qui frappaient à sa porte et leur procurait des sauf-conduits pour traverser les lignes vers le sud: juifs, alliés, résistants. Dénoncé par un espion qui avait feint d’avoir besoin d’aide, Gino Crescentini, don Pietro avait été arrêté par les SS le 29 janvier 1944, à Rome, à son domicile, Via Urbana, près de Sainte-Marie-Majeure.

Un attentat, Via Rasella, à Rome fit mourir 33 soldats allemands,le 23 mars 1944, et un autre le lendemain. En représailles, l’Occupant dit qu’il prendrait en otage, dix fois plus de civils, à commencer par des prisonniers de Rome, et avec une rafle dans le ghetto de Rome – un adolescent de 15 ans fut arrêté – demandant aux auteurs de l’attentat de se dénoncer. Le délai passé, ils les conduisirent au lieu de leur exécution: une carrière aux portes de Rome, les Fosses Ardéatines. Don Pietro allait être à son tour exécuté, comme ses compagnons, d’une balle dans la tête, quand il leva les bras au ciel, pria, et donna l’absolution à tous les otages, a rapporté un survivant. Il avait 55 ans.

Les auteurs du massacre, Herbert Kappler, Erich Priebke et Karl Hass seront condamnés à la prison à vie et mourront chez eux : Kappler, qui s’était évadé, à 70 ans, en 1978, Priebke à 91 ans, en 2004 et Hass à 100 ans, en 2013, tous deux en résidence surveillée.

En l’An 2000, le saint pape Jean-Paul II le fit nommer parmi les « Martyrs du XXe siècle », lors d’une célébration œcuménique au Colisée.

Le prêtre italien apparaît sous les traits d’Aldo Fabrizi dans le film “Roma città aperta” (“Rome ville ouverte”) de Roberto Rossellini.

Des témoignages décisifs

Sur le site du diocèse de Molfetta, Renato Brucoli indique deux témoignages ont été décisifs, rapportés dans la presse juste après la libération de Rome, c’est-à-dire seulement quelques mois après les événements.

En décembre 1944, Ada Alessandrini, résistante catholique, a noté sur la revue Mercurio qu’elle avait contribué à sauver la vie d’une petite fille juive allemande grâce au faux document délivré par don Pietro, avec lequel elle réussit à éloigner la petite fille de Rome.

Le journaliste résistant Oscar Cageggi, ami de cellule de don Pietro dans la prison – et funeste lieu de tortures de la Via Tasso, près de Saint-Jean-du-Latran -, raconte pour sa part, le 29 juin 1944, dans une interview accordée à Il Quotidiano d’Igino Giordani, la préoccupation du prêtre de Terlizzi « pour ses protégés juifs » dont le nom figurait dangereusement dans des notes « que possédait don Pietro » et qui furent ensuite détruites grâce à la complicité d’Oscar Cageggi.

Ces témoignages viennent de personnes qui, au cours des événements de la Résistance, « ont pris leurs responsabilités » et qui ont délivré des déclarations contemporaines et incontestables, au jugement de la commission spéciale de Yad Vashem, souligne le chercheur.

Pour don Pietro, la cérémonie se déroulera probablement en automne à Terlizzi, précise le diocèse de Molfetta.

Un exemple pour aujourd’hui

A la nouvelle de la reconnaissance de don Pietro come « Juste » le petit neveu du prêtre, Giuseppe Pappagallo, a confié : « Je vis les temps actuels comme des temps d’obscurité », avant d’ajouter : « Il semblerait que les valeurs pour lesquelles l’oncle Pietro s’est dépensé – la solidarité, l’accueil, la fraternité, la justice, la liberté – qui devraient être universellement reconnues, sont aujourd’hui mises en discussion, alors que notre oncle nous a enseigné qu’elles doivent être affirmées avec courage, même dans les situations les plus difficiles. J’aimerais que se constitue autour de sa figure un sentiment de communauté, aujourd’hui malheureusement compromis par de continuelles oppositions ».

Nicla Pappagallo se dit aussi « fière de don Pietro, non seulement en tant qu’habitante de Terlizzi, mais comme citoyenne du monde ». Et elle ajoute : « C’est pour moi un réconfort de penser aux actions concrètes de l’oncle Pietro, aujourd’hui où l’on se bat pour garder les crucifix dans les classes sans se soucier des personnes crucifiées par l’indifférence dans la mer ou ailleurs », rapporte la même source.

Bartali, Perlasca, les « Justes » en Italie

L’attribution du titre de « Juste » à une personne ayant secouru des juifs pendant la Shoah, au risque de sa propre vie, comporte l’inscription du nom de « Juste » sur le mur de Yad Vashem et la remise d’une médaille et d’un parchemin de l’État d’Israël aux parents du « Juste » par l’intermédiaire de l’ambassadeur en Italie. Don Pietro rejoint d’illustres italiens comme Gino Bartali, le champion cycliste, qui disait « s’entraîner » entre Rome et Florence, et cachait des vrais-faux papiers dans la selle de sa bicyclette et dont la renommée internationale le faisait passer les contrôles de l’Occupant sans problèmes. Parmi eux aussi, Giorgio Perlasca, qui a sauvé des juifs de Hongrie. Fonctionnaire et homme d’affaires italien, il se trouva en difficulté après l’armistice entre l’Italie et les alliés le 8 septembre 1943. Il se réfugia à l’ambassade d’Espagne où il obtint une citoyenneté espagnole et un passeport fictifs, devenant “Jorge Perlasca” et passa au service du diplomate Angel Sanz Briz qui tentait de sauver des juifs. Mais pur ne pas reconnaître le régime hongrois pro-nazi celui-ci quitta Budapest en novembre 1944: Perlasca se présenta comme le remplaçant du consul, rédigeant lui-même sa nomination grâce aux tampons et papiers à en-tête auxquels il avait accès. Dès lors on estime qu’il a sauvé quelque 5 000 juifs hongrois. En outre il dissuada le Ministre de l’Intérieur, Gabor Vajna, d’incendier le ghetto de Budapest où se trouvaient plus de 60 000 juifs. Des survivants on eu du mal à le retrouver pour honorer sa mémoire : ils le croyaient espagnol !

En tout, 400 Italiens ont été déclarés « Justes ».

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

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