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Le Train des enfants 9/6/2018 © Vatican Media

Le Train des enfants 9/6/2018 © Vatican Media

Se souvenir de son école et de ses maîtres d’école, c’est tellement important! (traduction complète)

« Je suis allé à l’école quand j’avais 6 ans »

En rencontrant le « Train des enfants« , dans la salle Paul Vi du Vatican, ce samedi 9 juin 2018, le pape François a répondu à leurs questions, notamment sur l’école. Il leur a particulièrement recommandé de se souvenir de leur école et de leurs maîtres et maîtresses d’école, pour conserver leurs « racines » et pouvoir porter des fleurs et des fruits pendant leur vie.

Voici notre traduction, rapide de travail, de cet échange entre le pape et les enfants qui a eu lieu en italien.

AB

Anna – Je m’appelle Anna Greta et je suis de l’école de via Giacosa. Je voulais te poser une question: tu te rappelle comment étaient tes maîtresses d’école?

Pape François – Je suis allé à l’école quand j’avais 6 ans, l’école était à 400 mètres de la maison, j’allais à pied, et j’y suis allé en 1942 … Où étais-tu en 1942? … Eh, tu n’étais pas là! La maîtresse d’école s’appelait Estela, j’ai eu la même maîtresse en première et en troisième année. En deuxième et en quatrième j’ai eu un autre. Elle était bien, très bien, elle nous a appris à écrire et à lire. Et puis, quand je suis sorti de l’école, je m’en suis toujours souvenu, toujours, car se souvenir du premier maître ou de la première maîtresse d’école est très important car elle est la première à te faire entrer dans la vie. Et je l’appelais au téléphone, quand j’étais adolescent, quand je suis devenu prêtre. Et puis, une fois évêque, je l’ai aidée dans sa maladie. Elle est morte à 94 ans. Et je l’ai toujours suivie. Je n’oublie jamais ce souvenir. Merci de cette question!

Clara – Bonjour, je m’appelle Clara et je voudrais vous demander: quand vous étiez enfant, quel était votre quartier et dans quelle ville viviez-vous?

Pape François – Merci. Puis-je me permettre quelque chose? J’habitais dans la plus belle ville du monde! A Buenos Aires, dans le quartier de Flores, qui est l’un des quartiers les plus anciens de la ville, un des premiers quartiers. Et j’y ai vécu avec ma famille, nous sommes cinq frères à la maison … et le quartier est un quartier populaire, il n’y avait pas d’édifices élevés, non, c’étaient des maisons basses. À l’époque, il y avait très peu d’édifices élevés, peu. Ils sont venus après… C’était un quartier simple, et à trente mètres de notre maison il y a une très belle place où nous jouions au football. J’étais gardien de but. Savez-vous pourquoi j’étais un gardien de but? Parce que quand je jouais j’étais une « patte dure », une « jambe dure ». Qu’est-ce que cela signifie? Que je n’étais pas un grand joueur et comme je ne savais pas bien me déplacer, ils me mettaient là comme gardien de but et j’ai réussi à bien le faire! Merci.

Malak – Je m’appelle Malak, et je voulais te demander comment tu as réussi à comprendre que tu devais vivre la vie que tu as vécue et comment as-tu vécu cette vie?

Pape François – Je l’ai par fragment, parce qu’avant j’ai étudié pour être chimiste et j’ai aussi travaillé 4 ans en tant que chimiste. Et pendant mes études, vers la fin, j’ai travaillé dans un laboratoire et cela me plaisait. Mais à un certain moment, j’ai réalisé que ça ne me comblait pas tellement, et j’ai pensé: nous devons faire quelque chose pour les autres, être médecin … quelque chose comme cela. Et un soir, le premier jour du printemps en Argentine, le 21 septembre – qui est le contraire de votre 21 septembre, qui est le premier jour de l’automne – j’ai senti dans mon cœur que je devais devenir prêtre: boum, tout à coup. Et puis j’ai continué à travailler pendant quelques années, mais cette certitude est toujours restée, et ensuite je suis entré au séminaire. Mais c’est tout à coup que je l’ai senti. Merci.

Giulia – Je suis Giulia Vitale et je viens de l’Institut « Ilaria Alpi ». Je voudrais vous demander comment était votre école.

Pape François – Mon école était dans la rue appelée « Varela », c’était une rue de maisons basses; l’école était avec une façade toute de briques rouges … Et sur la gauche il y avait une très belle place verte, mais là tu ne pouvais pas jouer au foot car tout était vert avec des plantes … très belle. La maison était à 400 mètres, j’allais toujours à pied. Une belle expérience, je me souviens d’un 25 mai … En mai l’automne fort commence déjà en Argentine, l’automne est déjà fort. Mais cette année-là il a fait très froid à l’automne et je suis allé à l’école pour une cérémonie patriotique, parce que le 25 mai c’est la fête de notre patrie. Et quand je suis sorti, j’ai vu de la glace pour la première fois. A cette époque-là, il y avait de la glace, aujourd’hui avec le réchauffement, on ne voit presque pas de glace en ville, mais de mon temps … A la maison il y avait un chauffage simple, un seul poêle pour toute la maison, c’était une chose très simple, et il y avait de la glace sur le chemin de l’école. Puis l’école: quand on entrait, il y avait un grand, un vas espace où on se rassemblait tous et où l’on faisait aussi un peu la fête entre un cours et l’autre, et les salles de classe où ils faisaient les cours étaient tout autour. Et là on faisait une heure d’école et 10 minutes de récréation dans ce jardin. Voilà comment est l’école, belle ! Et j’y suis allé il y a quelques années parce qu’il y avait une fête en souvenir du premier directeur de cette école, que je n’ai pas connu, il était avant moi. Et quand je suis entré, l’école était comme de mon temps, pareille, et cela m’a touché le cœur, cela m’a beaucoup plu. Merci.

Eiman – Je m’appelle Eiman. Quels étaient tes jeux préférés quand tu étais un enfant?

Pape François – Nous avons beaucoup joué au cerf-volant. Nous le faisions avec des tiges et du papier, du papier léger. Nous le faisions nous-mêmes. Puis la ficelle … C’est le jeu qui me plaisait le plus. Et on aimait beaucoup le football. Nous faisons aussi un championnat de football, tous les gars du quartier; et aussi un championnat de cerf-volant : de celui qui apportait le plus beau et celui qui allait le plus haut. Et on jouait comme ça. Puis, au carnaval, nous faisions le défilé du carnaval. Tous déguisés, mais de tant de façons, chacun se déguisait comme il voulait et on allait chanter dans les rues et même jouer des instruments chez les gensen chantant, et puis on demandait quelque chose pour acheter des chocolats, des trucs à nous… Le carnaval était beau à l’époque, chez nous. Et puis le soir, nous allions dans la plus grande rue du quartier, à 600 mètres de la maison, et on faisait là le grand défilé du carnaval, tout le quartier, les petits et grands; mais, les enfants, on le faisait dans le quartier … Voilà ce à quoi nous avons joué.

Jacopo – Je m’appelle Jacopo, je dois te demander: comment t’es-tu senti quand ils t’ont choisi comme pape?

Pape François – Cette question, tout le monde me la pose! Voici le cardinal [Ravasi] qui était présent à ce moment-là … J’ai entendu que le Seigneur voulait que je travaille ici … et j’ai dit: « Allez! » … J’ai senti la paix, c’est le mot, et ce n’est pas un mensonge . J’ai senti la paix jusqu’à aujourd’hui.

Un directeur d’école – Les enfants de Rome vous offrent maintenant aussi un petit souvenir et aussi le récit de leur travail dans leur quartier, leur histoire. Mirko, viens, Sara … Même l’école « Giovambattista Valente » de Rome, si tu vous voulez vous approcher, nous avons aussi une chorale …

Pape François – Merci, c’est vous qui l’avez fait?

Le directeur d’école – Merci, sainteté. Nous vous demandons de prier pour nous. Toute l’école a demandé des prières et votre grande bénédiction. Merci.

[Chant]

Le directeur – Les enfants ont réinventé les mots d’une chanson italienne d’il y a quelques années qui est « Le jeune de la rue Gluck » (“Il ragazzo della via Gluck”), de Milan, donc nous pouvons nous unir dans cette synthèse, et ils vont maintenant la chanter.

[Chant]

Le directeur – En témoignage de l’excellent travail accompli par nos petits garçons et petites filles, nous avons apporté des cadeaux de Milan, en particulier nous avons pris à trois dimensions le travail qu’ils ont fait avec leurs têtes et leurs mains, une maquette qui représente leur quartier et notre belle école dans un parc. Avec cette belle maquette aussi deux autres cadeaux que je crois les maîtresses sont là tout près. Maintenant, je demande à nos enfants et aux maîtresses d’école de déplacer notre cadeau parce qu’il en arrive d’autres, d’autres écoles.

Je demande au « Riccardo Massa » de se préparer avec la maquette et les cadeaux pour Sa Sainteté …

Votre Sainteté, voilà la maquette du quartier Gallaratese de Milan. La maquette de l’Institut « Ilaria Alpi » et des pains offerts par les mamans de tous les groupes ethniques et de toutes les cultures présentes dans notre école. La maquette de l’Institut « Tommaso Grossi » de Milan, et les enfants avec les cadeaux de l’école de via Monte Velino. De l’école « Gramsci » de Rome, la maquette et les dessins. L’école « Giovambattista Valente » de Rome …

[Chant]

Pape François – Merci beaucoup pour les questions et pour les cadeaux que vous avez faits vous-mêmes. Ces choses sont merveilleuses, parce que vous n’êtes pas allé acheter quelque chose à apporter, mais vous l’avez fait vous-mêmes! Vous comprenez? Et c’est important, parce que vous l’avez fait avec intelligence, avec vos mains, mais aussi avec votre cœur. Et quand on fait une chose avec trois choses, avec l’intelligence, avec le coeur et avec les mains, c’est quelque chose de profond et d’humain. Comment devons-nous faire les choses? Avec quoi? Disons-le ensemble: [les enfants répètent] l’intelligence, le coeur et les mains.

Je vais seulement dire une petite chose, une petite chose, je vais vous poser une dernière question et je pars et je vous laisse tranquilles. D’accord? [« Non! »] Ah non? Vous ne voulez pas être tranquilles? C’est quelque chose que je prends d’une des questions que vous m’avez posée: si je me souvenais de ma première maîtresse d’école et de l’école. N’oubliez jamais les premiers maîtres, n’oubliez jamais l’école. Pourquoi? Ecoutez bien. Parce qu’ils sont les racines de votre culture. Mais que signifient les racines? Je vais vous donner un exemple. Répondez à cette question: un arbre auquel on a enlevé les racines, peut-il donner des fleurs? [« Non! »] Vous êtes sûrs? [« Oui! »]

Un arbre sans racines ne peut pas donner de fleurs, et nous, en tant que personnes, avons-nous des racines? Oui, des racines spirituelles, la maison, la famille, l’école. C’est pourquoi je vous dis: n’oubliez pas l’école car ce sont les racines de ta culture. Et si un petit garçon, une petite fille, un jeune homme, une jeune fille oublie l’école, est-ce qu’il pourra donner des fruits dans sa vie? [« Non! »] Non! Un garçon, une fille sans racines, peut-il porter des fruits dans la vie? [« Non! »] Et pouvez-vous donner des fleurs? Non! Les racines! Je vais vous apprendre un mot qui signifie ce que vous ne devez jamais être. Ecoutez bien et apprenez: « Je ne dois pas être déraciné. » L’avez-vous appris? « Déraciné ». Qu’est-ce que cela veut dire déraciné? Sans racines. Je ne dois pas être déraciné, c’est-à-dire sans racines. Et c’est pour cela qu’il faut se souvenir de l’école, des maîtresses d’école, cela nous aidera, dans la vie, à toujours conserver nos racines, à porter des fleurs et des fruits.

C’est ce que je voulais vous dire. Je vous remercie, merci beaucoup pour cette belle rencontre. C’est tout votre travail. Et maintenant je vais vous dire: cela fait quatre ans que je viens avec vous, tous les ans les enfants, les jeunes viennent par le train, et disons merci aux Chemins de fer, qui nous donne le train, merci, merci beaucoup! Toujours ils me posent des questions, les jeunes garçons, les jeunes filles, les petits garçons, les petites filles me posent des questions. Savez-vous quelle était la question la plus intéressante que j’aie entendue?

Un enfant – Si tu te souviens de tes maîtresses d’école…

Pape François – Celle-là est très intéressante. Mais il y en avait une de plus intéressante … Voulez-vous que je vous la dise? Tout le monde a posé de bonnes questions, mais vers la fin, un qui était devant m’a dit: « A quelle heure ils te donne le déjeuner? » [Il rit, eux aussi] Je vous souhaite un bon déjeuner. Que le Seigneur vous bénisse! Je vous embrasse tous. Au revoir!

© Traduction de ZENIT, Anita Bourdin

 

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef du service en français de ZENIT qu'elle a créé en janvier 1999.

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