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Cardinal DiNardo © Wikimedia commons

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Rapport de Pennsylvanie : déclaration du cardinal DiNardo

« Je demande humblement votre pardon pour ce que mes frères évêques et moi avons fait et n’avons pas fait »

« Je demande humblement votre pardon pour ce que mes frères évêques et moi avons fait et n’avons pas fait », écrit le cardinal Daniel DiNardo, archevêque de Galveston-Houston, président de la Conférence des évêques des États-Unis (USCCB), dans une déclaration du 16 août 2018, après une série de rencontres avec des membres du Comité exécutif de l’USCCB et d’autres évêques.

Cette rencontre avait lieu après la publication, le 14 août, d’un rapport de 900 pages sur des abus sexuels perpétrés dans l’Etat de Pennsylvanie au sein de l’Eglise catholique et qui fait état d’un millier de victimes dans les années 70.

Le Vatican, comme c’est la coutume – subsidiarité oblige -, a attendu la prise de position des évêques locaux pour publier à son tour sa réaction, dans un communiqué que nous avons traduit et publié dès hier soir, 16 août, vers 22h.

« Les victimes doivent savoir que le pape est de leur côté. Ceux qui ont souffert sont sa priorité, et l’Église veut les écouter pour éradiquer cette tragique horreur qui détruit la vie des innocents », déclare notamment Greg Burke.

Voici notre traduction de la Déclaration du cardinal DiNardo. Le texte original en anglais se trouve ici, sur le site des évêques des Etats-Unis.

Déclaration du cardinal DiNardo

« Frères et sœurs en Christ,

Il y a deux semaines, j’ai partagé avec vous ma tristesse, ma colère et ma honte face aux récentes révélations concernant l’archevêque Theodore McCarrick. Ces sentiments sont toujours là et sont encore plus profonds à la lumière du rapport du Grand Jury de Pennsylvanie.

Nous sommes confrontés à une crise spirituelle qui exige non seulement une conversion spirituelle, mais aussi des changements pratiques pour éviter de répéter les péchés et les échecs du passé qui sont si évidents dans le récent rapport que je mentionne. Au début de cette semaine, le Comité Exécutif de l’USCCB s’est réuni à nouveau et a établi les grandes lignes de ces changements nécessaires.

Le Comité exécutif s’est fixé trois objectifs : (1) une enquête sur les questions entourant l’archevêque McCarrick ; (2) l’ouverture de nouveaux canaux réservés aux nouvelles plaintes contre les évêques ; et (3) un soutien pour une résolution plus efficace des plaintes futures.

Ces objectifs seront poursuivis selon trois critères : une indépendance adéquate, une autorité suffisante et un leadership substantiel de la part des laïcs.

Nous avons déjà commencé à développer un plan concret pour atteindre ces objectifs, en nous basant sur les consultations avec des experts, des laïcs et des membres du clergé, ainsi qu’avec le Vatican. Nous présenterons ce plan à l’ensemble de l’épiscopat lors de notre rencontre de novembre. En outre, je me rendrai à Rome pour présenter ces objectifs et critères au Saint-Siège et pour demander instamment que d’autres mesures concrètes soient prises sur la base de ces objectifs et critères.

L’objectif principal de ce plan est une meilleure protection contre les prédateurs dans l’Église et contre ceux qui les cachent ; des protections qui plieront les évêques à des normes plus élevées de transparence et de responsabilité.

Permettez-moi d’expliquer brièvement les objectifs et les critères que nous avons identifiés :

Le premier objectif est une enquête complète sur les questions entourant l’archevêque McCarrick. Ces réponses sont nécessaires pour prévenir la récidive et ainsi aider à protéger les mineurs et les séminaristes à l’avenir, de même que d’autres personnes vulnérables. Nous inviterons donc le Vatican à effectuer une visite apostolique pour donner des réponses à ces questions, de concert avec un groupe majoritaire de laïcs, avec des pouvoirs de décision, identifiés sur la base de leur expérience en tant que membres du Conseil national de révision.

Le deuxième objectif est de rendre plus efficaces les signalements d’abus et de comportements incorrects de la part des évêques. Notre « Déclaration d’engagement épiscopal » de 2002 ne précise pas ce que les victimes elles-mêmes doivent faire lorsqu’elles signalent des abus ou d’autres mauvaises conduites sexuelles de la part des évêques. Nous devons mettre à jour ce document. Nous devons également mettre au point et promouvoir à grande échelle des mécanismes fiables de signalements par des tiers. De tels outils existent déjà dans de nombreux diocèses et dans le secteur public et nous examinons en ce moment des options spécifiques.

Le troisième objectif est de soutenir de meilleures procédures pour répondre aux plaintes contre les évêques. Par exemple, les procédures canoniques à la suite d’une plainte seront étudiées en vue de propositions concrètes pour les rendre plus rapides, équitables et transparentes et pour préciser quelles restrictions peuvent être imposées aux évêques à chaque étape de ce processus.

Nous poursuivrons ces objectifs selon trois critères :

Le premier critère est une indépendance réelle. Tout mécanisme permettant de traiter une quelconque réclamation contre un évêque doit être exempt de préjugés ou d’influence indue de la part d’un évêque. Nos structures doivent empêcher les évêques de décourager les plaintes contre eux, d’entraver leurs enquêtes ou de fausser leur résolution.

Le deuxième critère concerne l’autorité dans l’Église. Puisque seul le Pape a l’autorité de discipliner ou de destituer les évêques, nous veillerons à ce que nos mesures respectent à la fois l’autorité et protègent les personnes vulnérables de l’abus de pouvoir ecclésial.

Notre troisième critère est l’implication substantielle des laïcs. Les laïcs apportent leur expérience dans les domaines de l’investigation, des forces de l’ordre, de la psychologie et d’autres disciplines importantes, et leur présence renforce notre engagement envers le premier critère d’indépendance.

Enfin, je m’excuse et demande humblement votre pardon pour ce que mes frères évêques et moi avons fait et n’avons pas fait. Quels que soient les détails révélés sur l’archevêque McCarrick ou les nombreux abus en Pennsylvanie (ou ailleurs), nous savons déjà que l’une des causes principales est l’échec de la direction épiscopale. Le résultat est que des dizaines d’enfants bien-aimés de Dieu ont été abandonnés pour affronter seuls un abus de pouvoir. C’est une catastrophe morale. Et une catastrophe aussi que tant de prêtres fidèles qui visent la sainteté et servent avec intégrité soient frappés par cet échec.

Nous décidons fermement, avec l’aide de la grâce de Dieu, de ne plus jamais répéter cela. Je ne me fais pas d’illusion. Ces péchés et les échecs du passé ont endommagé la confiance dans les évêques. Il faudra du travail pour rétablir cette confiance. Ce que j’ai décrit ici n’est qu’un début ; d’autres étapes suivront. Je vous tiendrai au courant de nos progrès vers la réalisation de ces objectifs.

Je vous demande de nous aider à faire avancer cet engagement. Je vous demande aussi de prier pour nous. Nous prendrons ce temps pour réfléchir, nous repentir et nous renouveler dans la sainteté de la vie et pour conformer encore plus notre vie au Christ, le Bon Pasteur.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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