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Mgr Bernardito Auza, capture

Mgr Bernardito Auza, UNTV capture

ONU: six principes pour la paix interreligieuse, par Mgr Auza

« Un rejet total et inconditionnel de la violence au nom de la religion »

« Nous devons donc réaffirmer collectivement notre résolution commune à combattre le fléau de l’extrémisme violent, du terrorisme, de l’intolérance et de la haine religieuse », déclare Mgr Auza qui rappelle six principes fondamentaux à commencer par « un rejet total et inconditionnel de la violence au nom de la religion ».

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies, est en effet intervenu lors du « débat de haut-niveau de l’Assemblée générale de l’ONU sur les religions pour la paix », dans la Salle du Conseil de tutelle au siège des Nations Unies à New York, le 6 mai 2016.

Le sujet de son intervention touchait « l’Harmonie interconfessionnelle – promouvoir le dialogue et la tolérance interreligieux ainsi qu’une culture de paix ».

Mgr Auza prône six principes:

  • « un rejet total et inconditionnel de la violence au nom de la religion »,
  • « la violence et le terrorisme ne doivent être identifiés à aucune religion, race, nationalité ou culture spécifique »,
  • « l’éducation au respect de la dignité inviolable de toute personne humaine et de ses droits inaliénables »,
  • « la poursuite incessante du dialogue interreligieux et interculturel »,
  • « l’éradication des causes de l’extrémisme violent »,
  • « une résolution plus grande, un engagement persévérant et une vision à long terme ».

Voici notre traduction intégrale de son intervention.

A.B.

Allocution de Mgr Auza

Je tiens à remercier Son Excellence M. Mogens Lykketoft, président de l’Assemblée générale, de m’avoir invité pour parler à ce panel consacré au thème : « Harmonie interconfessionnelle – promouvoir le dialogue interreligieux et la tolérance ainsi qu’une culture de la paix ».

La façon dont les événements liés à la religion ont dominé même les médias les plus séculiers de notre époque semble suggérer que l’annonce déjà ancienne de la mort de Dieu a été plutôt prématurée et que les nouvelles sur la disparition des religions ont été nettement exagérées. Ces rapports d’informations, pourtant, n’étaient malheureusement pas le type de nouvelles que les personnes vraiment religieuses auraient aimé entendre : tous prétendument perpétrés « au nom de la religion ! ». Les exemples sont légion et nous les connaissons  ou nous en avons entendu parler.

Nous devons donc réaffirmer collectivement notre résolution commune à combattre le fléau de l’extrémisme violent, du terrorisme, de l’intolérance et de la haine religieuse. Admettre un problème commun est déjà le début d’un dialogue réel. Le pape François n’a cessé de souligner en paroles et en actions certains principes par lesquels une harmonie interconfessionnelle et une culture de la paix pourraient être réalisée. Je voudrais souligner ici six de ces principes :

Le premier principe est un rejet total et inconditionnel de la violence au nom de la religion. Personne ne peut se considérer comme un vrai croyant tout en planifiant et mettant en œuvre des actes de violence. À New York, Tirana, Sarajevo, Ankara ou Bangui, le pape François a rallié des responsables religieux et des croyants pour condamner leurs coreligionnaires qui cherchent à instrumentaliser leur religion pour justifier la violence. Tous les croyants doivent dire non à la haine, à la revanche et à la violence, en particulier à cette violence perpétrée au nom d’une religion ou de Dieu lui-même.

Le deuxième principe est que la violence et le terrorisme ne doivent être identifiés à aucune religion, race, nationalité ou culture spécifique. Aucune religion ou culture n’est violente par nature. Toutes les religions et les cultures peuvent être capables de violence. Ici aussi, il y aurait beaucoup à dire sur le rôle négatif des médias lorsqu’ils projettent, même implicitement, certains stéréotypes d’association entre la violence et une religion ou une culture spécifique.

Le troisième principe est l’éducation au respect de la dignité inviolable de toute personne humaine et de ses droits inaliénables, en particulier ces droits que les extrémistes violents sont le plus enclins à enfreindre, comme la liberté religieuse incluant la liberté de changer de religion ou de confession, le droit à parler librement et le respect des femmes et des filles. L’éducation est essentielle pour dissiper les préjugés et les stéréotypes, les peurs injustifiées et la discrimination, pour laisser la place au respect mutuel, à une culture de la paix et de la rencontre, et à la libération d’énergies plus positives pour le bien de tous.

Le quatrième principe est la poursuite incessante du dialogue interreligieux et interculturel, d’autant plus au milieu de la persécution religieuse, de l’intolérance religieuse, des tensions interconfessionnelles et des conflits sociaux. Lors de sa rencontre, l’autre jour, au Vatican, avec les membres de l’Institut royal pour les études interconfessionnelles d’Amman, en Jordanie, le pape François a décrit le dialogue par ces mots très simples : « Dialoguer, c’est sortir de nous-mêmes, par une parole, pour entendre la parole de l’autre. Les deux paroles se rencontrent, deux pensées se rencontrent. C’est le premier pas d’un chemin. Après cette rencontre de la parole, les cœurs se rencontrent et entament un dialogue d’amitié qui se termine par une poignée de main. La parole, les cœurs, les mains. C’est simple ! Un petit enfant sait le faire. »

Quelle que soit la gravité des menaces que fait peser le terrorisme sur notre sécurité collective, la coercition militaire seule ne sera jamais une réponse efficace et durable à cela. Nous avons besoin d’une culture de la rencontre et du dialogue qui encourage l’acceptation mutuelle et promeuve des sociétés inclusives, contribuant à une paix et une sécurité durables. Le dialogue interreligieux, pour qu’il ait véritablement des conséquences sur la paix et le développement, ne devrait pas se limiter simplement aux responsables des communautés religieuses, mais aussi s’étendre le plus loin possible à tous les croyants, puisque c’est par-dessus tout une conversation sur la vie qui peut mener à la rencontre des cœurs et des esprits.

Le cinquième principe est l’éradication des causes de l’extrémisme violent. Les jeunes sont attirés par les idéologies extrémistes parce qu’ils se sentent socialement aliénés et exclus, ou à cause de la pauvreté ou du chômage chronique. Ceux qui rejoignent des groupes terroristes viennent souvent de familles d’immigrants pauvres, déçus par ce qu’ils ressentent comme une situation d’exclusion et par le manque d’intégration et de valeurs dans certaines sociétés. Les gouvernements doivent s’engager envers la société civile pour traiter les problèmes des communautés les plus à risque de radicalisation et de recrutement et pour réaliser leur intégration sociale satisfaisante.

Le sixième principe est qu’une société harmonieuse n’est jamais le résultat d’un effort une fois pour toutes, mais plutôt qu’elle est consolidée à travers des milliers d’actions quotidiennes qui sont les pierres angulaires de sociétés justes et pacifiques. La poursuite constante du dialogue interreligieux et interculturel peut être pénible et répétitive, exigeant une résolution plus grande, un engagement persévérant et une vision à long terme.

Immédiatement après son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 25 septembre dernier, le pape François s’est rendu au Musée du Mémorial du 9 septembre, où les responsables de toutes les confessions présentes à New York se sont rassemblés pour réfléchir et prier ensemble. En ce lieu si associé à la haine, à l’extrémisme violent et au terrorisme, un lieu souvent invoqué pour justifier de brûler les ponts et de rester éloignés les uns des autres, le pape voulait que nous voyions que la guérison et la réconciliation sont possibles, y compris sur la « scène » de l’un des crimes les plus horribles de tous les temps.

Maintenant plus que jamais auparavant, le pape François nous met au défi de transformer des lieux de haine et de conflit en des lieux de guérison et de réconciliation, des lieux de mort et de destruction en des lieux de vie nouvelle et de nouveaux bâtiments, conduisant ainsi à une société où une culture de paix et de coexistence harmonieuse devient un lieu concret de vie, la norme plutôt qu’une exception.

Merci.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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