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Mgr Bernardito Auza, 13/12/2017, capture CTV

Mgr Bernardito Auza, 13/12/2017, capture CTV

ONU: la médiation, essentielle pour la résolution pacifique des conflits, par Mgr Auza (traduction complète)

De l’impartialité et de la fiabilité des médiateurs

L’expérience du Saint-Siège en terme de médiation montre que, « pour parvenir à une solution juste et valable par des moyens pacifiques propres aux peuples civilisés », il faut d’une part « laisser des voies de médiation ouvertes pour régler les différends » et, d’autre part, « ne jamais abandonner le processus de dialogue et de négociation patient ». C’est ce qu’a affirmé Mgr Auza.

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, est intervenu lors du débat public du Conseil de sécurité sur la médiation et le règlement des différends, à New York, le 29 août 2018. Il a rappelé que « la médiation et le règlement des conflits devaient être axés sur le respect et la défense de la dignité humaine et du bien commun ».

Le représentant du Saint-Siège a par ailleurs plaidé pour « une médiation équitable et impartiale », capable de « créer une confiance mutuelle entre les parties en litige » et de les faire travailler « dans le but commun de parvenir à un bien mutuellement bénéfique pour toutes les parties impliquées ». D’autre part, a-t-il déclaré, « la médiation authentique requiert la participation de toutes les parties concernées » et doit être « proche des victimes des injustices et de la violence générées par le conflit ».

Voici notre traduction de la déclaration de Mgr Auza, en anglais.

HG

Déclaration de Mgr Bernardito Auza

Madame la Présidente,

Au début de décembre 1978, les dirigeants de l’Argentine et du Chili ont conclu que toutes les possibilités étaient épuisées de parvenir à un accord qui mettrait fin à leur différend séculaire concernant la détermination de leurs frontières méridionales. Le pape Jean-Paul II les a suppliés de ne pas fermer la porte, insistant sur un examen calme et responsable du problème afin de construire une base sûre et stable pour une coexistence fraternelle entre leurs deux nations. Quarante ans après le règlement pacifique de leur différend, l’Argentine et le Chili restent profondément reconnaissants que leur décision mutuelle de demander la médiation du Saint-Siège ait épargné à leurs peuples le fléau de la guerre.

L’Argentine et le Chili, ainsi que le Mozambique et, plus récemment, la Colombie, ont montré qu’il était toujours nécessaire de laisser des voies de médiation ouvertes pour régler les différends et ne jamais abandonner le processus de dialogue et de négociation patient pour parvenir à une solution juste et valable par des moyens pacifiques propres aux peuples civilisés.

En revanche, il y a eu et il y a des cas flagrants dans lesquels les parties en conflit ont fatalement eu recours aux armes sans donner à la médiation le temps de parvenir à un règlement pacifique. En effet, comme l’a affirmé le pape François lors de sa visite en Colombie en 2017, « la recherche de la paix est une entreprise ouverte… Plus la voie menant à la paix et à la compréhension est exigeante, plus grands doivent être nos efforts pour nous reconnaître mutuellement, guérir les blessures, construire des ponts, renforcer les relations et nous soutenir mutuellement. » (1)

Le pape François présente l’idée de la médiation dans la « culture de la rencontre », qui privilégie le respect mutuel et la compréhension, non seulement pour régler les différends, mais aussi comme norme dans nos relations quotidiennes avec les autres, mettant ainsi au cœur de notre vie quotidienne l’incessant travail pour la paix. La « culture de la rencontre » place au centre de toute activité politique, sociale et économique la personne humaine, qui jouit de la plus haute dignité, et le respect du bien commun.

En fait, les principaux médiateurs du processus de paix en Colombie, qui ont mis fin à plus de cinquante ans de conflit sanglant, ont insisté sur le fait que la médiation et le règlement des conflits devaient être axés sur le respect et la défense de la dignité humaine et du bien commun. Il est impossible de trouver une issue juste aux situations génératrices de violence sans ce principe de reconnaissance et sans la restauration de la dignité de ceux qui ont souffert pendant les conflits.

Une médiation équitable et impartiale est un élément essentiel des efforts de la communauté internationale en matière de médiation dans le règlement des différends. Ainsi, alors que nous déplorons l’incapacité des parties à recourir à la médiation, nous devons également nous demander si nous avons des médiateurs impartiaux, désintéressés et persévérants auxquels les parties en conflit peuvent faire confiance mutuellement.

La fiabilité est le plus grand atout du médiateur, le secret de sa capacité à créer une confiance mutuelle entre les parties en litige. Un médiateur fiable engendre la confiance en étant capable d’identifier objectivement les intérêts des parties et, en dépit de ces intérêts particuliers et au-delà, peut conduire les parties à voir leurs intérêts spécifiques dans la dynamique de travailler ensemble dans le but commun de parvenir à un bien mutuellement bénéfique pour toutes les parties impliquées.

Une autre leçon fondamentale tirée des expériences de l’Église catholique dans ses efforts de médiation est que la médiation authentique requiert la participation de toutes les parties concernées, non seulement les personnes qui exercent un leadership, mais également toute la communauté, en particulier ceux qui ont souffert du conflit. En ce sens, la médiation implique d’écouter et d’être proche des victimes des injustices et de la violence générées par le conflit.

La participation au processus de paix se déroule à différents niveaux, de la table de négociation aux initiatives locales. Ce qui est important, c’est que chaque niveau crée des mécanismes qui garantissent que tout le monde travaille autour de l’objectif commun de construire la paix. La durabilité du processus sera efficace dans la mesure où il y aura une large participation. La promotion de relations sociales inclusives pendant le processus de paix est également essentielle à la mise en œuvre réussie de tout règlement pacifique des différends. Les conflits laissent des blessures très profondes et un processus participatif et inclusif de médiation et de résolution des différends est essentiel au processus de guérison et de réconciliation qui se poursuit longtemps après que l’encre soit sèche.

Un bon médiateur, tout en travaillant pour régler les différends, construit un avenir de paix. Les médiateurs sont des artisans et des instruments de paix. Nous remercions ceux qui ont rendu un si précieux service à l’humanité.

Merci, Madame la Présidente.

NOTE

  1. Pape François, Rencontre avec les autorités, le Corps diplomatique et les représentants de la société civile, Bogota (Colombie), 7 septembre 2017.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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