« Nous ne pouvons pas nous taire »: l’appel de Bari du patriarche Bartholomée

La prière, « une arme forte, une arme de paix, une arme invincible « 

Le Patriarche oecuménique Bartholomaios Ier

Le Patriarche oecuménique Bartholomaios Ier WIKIMEDIA COMMONS - Pvasiliadis

« Nous ne pouvons pas nous taire devant le scandale de la marchandisation de l’être humain, du fondamentalisme religieux qui prétend agir au nom de Dieu, de l’exploitation de l’homme par l’homme et de l’appauvrissement des ressources naturelles dans l’intérêt d’un petit nombre et au désavantage de beaucoup, surtout des plus pauvres », déclar ele patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée, en pèlerinage dans la région italienne des Pouilles et au sanctuaire de Saint-Nicolas de Bari, sur l’Adriatique.

Le patriarche Bartholomée a prononcé une homélie au cours de la messe pontificale célébrée par l’archevêque métropolitain de Bari-Bitonto, Francesco Cacucci, en présence du métropolite d’Italie et de Mélites, Gennadios, en la basilique Saint-Nicolas de Bari (Italie) en honneur du saint qui y est vénéré, mardi 6 décembre 2016. Le texte est publié intégralement en italien par L’Osservatore Romano en italien du 7 décembre.

Il a continué son cri en disant: « Notre Maison commune, l’environnement naturel appartient à Dieu et nous ne sommes pas seulement ses gestionnaires, nous ne sommes pas de nouveaux dieux sans Dieu. C’est pourquoi nous avons lancé un cri, avec notre frère bien-aimé à Rome, le pape François, de l’Ile de Lesbos, adressé à tous les puissants de la terre, à ceux qui tiennent entre leurs mains le sort de l’humanité et nous continuons de le faire au nom de Dieu, Père tout-puissant et Père miséricordieux. »

Il a rappelé que la prière constitue « une arme forte, une arme de paix, une arme invincible ».

Voici notre traduction intégrale de l’homélie du patriarche.

AB

Homélie du patriarche Bartholomée

Ιερώτατε Μητροπολίτα Ιταλίας και Μελίτης, K. Γεννάδιε,

Mgr l’archevêque métropolite de Bari-Bitonto, Francesco Cacucci

Éminences, Excellences,

Révérend Père Prieur, Ciro Capotosto,

Révérends Pères,

Mesdames et Messieurs,

Frères et sœurs dans le Christ,

Immergés dans la prière à l’intérieur de cette splendide basilique, entourés de tant de frères et sœurs, nous sommes venus de la ville de Constantin, Constantinople, du Phanar, siège de la Sainte et grande Église martyre du Christ, patriarcat œcuménique, à l’aimable invitation de notre frère bien-aimé dans le Christ, le très vénérable archevêque métropolite de Bari-Bitonto, Mgr Francesco Cacucci, et du Conseil épiscopal des Pouilles, pour fêter ensemble cette année la mémoire de ce grand saint de l’unité, notre Père saint, Nicolas, évêque de Mire en Lycie, le thaumaturge, dont les saintes reliques reposent dans la crypte de cette basilique depuis plus de mille ans et que nous allons bientôt vénérer ensemble.

Nous sommes venus dans les Pouilles, cette terre splendide qui a, par son histoire, une vocation œcuménique intrinsèque à renforcer l’amour et les liens que nos Églises ont vécus ensemble dans le passé ; les vicissitudes de l’histoire ne les ont jamais interrompus et n’ont jamais refroidi les sentiments d’estime mutuelle.

Ces jours-ci, nous avons visité de nombreuses parties de votre région et nous nous sommes réjouit du succès de ce peuple travailleur, de son hospitalité abramitique et de la ferveur de sa foi chrétienne que l’on retrouve dans toutes les activités religieuses et sociales de son Église.  « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1 Co 12,26). Et nous nous sommes vraiment réjoui avec vous de notre pèlerinage, le premier d’un patriarche œcuménique sur cette terre, en deux mille ans d’histoire chrétienne et nous en sommes particulièrement reconnaissants au Seigneur.

La vocation œcuménique et le style hospitalier de cette terre, longée par la Mer adriatique et par la Mer ionienne, a fait qu’elle soit une terre d’accueil, dans le passé comme dans le présent. Dans le passé, les chrétiens persécutés y ont trouvé refuge à la suite d’invasions étrangères, de guerres fratricides et des famines qui en ont découlé dans les pays qui se trouvent sur l’autre rive de la mer. Ils ont été accueillis et se sont intégrés dans le tissu social de l’époque, en maintenant aussi les traditions de leurs terres d’origine, enrichissant en même temps leur nouvelle patrie. Nous avons vu beaucoup de témoignages dans les inscriptions et dans l’iconographie byzantine de nombreux sites historiques de l’Église mais aussi des vestiges de cette présence sur la terre de Salento.

Mais aussi dans un passé très récent, cette terre a su être une terre d’accueil pour ces populations qui fuyaient des pays totalitaires où il n’était pas possible d’être disciples du Christ. Malgré les difficultés que tout ceci comporte, et les problèmes inévitables qui peuvent surgir, cette terre n’a jamais fermé ses portes, n’est jamais restée indifférente au cri d’appel à l’aide de tant de frères et sœurs dans le besoin. Aujourd’hui, malheureusement, une fois encore la Mer Méditerranée, mer de culture, mer de solidarité, mer de collaboration, est devenue une mer de vagues de réfugiés et de migrants venant de partout.

Comme chrétiens, nous ne sommes pas indifférents à ce cri de douleur, et nous savons que cette terre continue d’apporter sa contribution, mais en même temps nous ne pouvons pas nous taire devant le scandale de la marchandisation de l’être humain, du fondamentalisme religieux qui prétend agir au nom de Dieu, de l’exploitation de l’homme par l’homme et de l’appauvrissement des ressources naturelles dans l’intérêt d’un petit nombre et au désavantage de beaucoup, surtout des plus pauvres. Notre Maison commune, l’environnement naturel appartient à Dieu et nous ne sommes pas seulement ses gestionnaires, nous ne sommes pas de nouveaux dieux sans Dieu. C’est pourquoi nous avons lancé un cri, avec notre frère bien-aimé à Rome, le pape François, de l’Ile de Lesbos, adressé à tous les puissants de la terre, à ceux qui tiennent entre leurs mains le sort de l’humanité et nous continuons de le faire au nom de Dieu, Père tout-puissant et Père miséricordieux.

Toutefois, en tant que chrétiens, nous avons une arme forte, une arme de paix, une arme invincible qui est la prière, et ce soir nous sommes ici pour prier ensemble notre saint de l’unité, afin qu’il continue d’être notre ami et notre compagnon sur le chemin du salut et de l’unité. En effet, en priant les saints, nous prions le Christ par le biais des membres de son Corps. L’Église, selon saint Paul, est la « Maison de Dieu » et la « Famille » ; « nous reconnaissons dans les saints nos grands frères dans le Christ, qui nous soutiennent dans notre recherche de la cité céleste » (P. Evdokimov).

En effet, les saints, y compris après leur départ, continuent d’être des membres vivants de l’Église, ils sont par leur prière un lien entre les choses d’en-haut et les choses d’en-bas. En suppliant les saints, écrivait le théologien connu P. Evdokimov, nous prions le Christ présent en eux et nous nous adressons à cette puissance d’amour du Christ qui fait de tous son corps ».

Nous rendons ainsi un juste honneur, en les vénérant, aux saintes reliques des saints, par la grâce du lien incorruptible du corps avec l’Esprit divin et selon la tradition de l’Église ancienne, ainsi que par la présence analogue dont témoigne leur icône.

Notre Père saint, Nicolas, est le témoin de cette sainteté, mais il est aussi le saint de tous, le saint qui ne connaît pas de frontières de nationalité, de culture, de confession religieuse. Combien sont-ils, entre autres, nos fidèles orthodoxes, en provenance de tous les coins de la terre, à venir dans cette basilique pour goûter l’amour qui émane de la sainteté de ce grand évêque thaumaturge.

Après l’icône du Christ et de la Vierge, l’icône de saint Nicolas est la plus connue, la plus honorée, elle ne manque pas dans les maisons des fidèles. Mais pourquoi ce saint est-il ainsi aimé, alors qu’il n’existe pas d’écrits théologiques ni de documents concernant son œuvre ? Nous croyons que c’est parce que saint Nicolas a été un évêque aimé de son peuple, un évêque qui a vécu pour la vérité de la foi, dans sa bataille contre l’hérésie arienne de son époque, mais aussi un évêque juste dans son Église. Défenseur des pauvres, juge implacable devant les injustices des puissants et inébranlable combattant contre le péché. Mais aussi homme doux, plein de tempérance, prêt au pardon, plein de compassion pour la faiblesse des fidèles – qui commençait à se manifester avec la liberté de la foi chrétienne qui a suivi l’Édit de Milan – mais une aide ferme dans la défense des coutumes et de la rectitude. C’est pourquoi sa réputation s’est diffusée au-delà des frontières de son Église à Mira di Licia.

La Providence de Dieu a certainement fait en sorte que son corps arrive ici à Bari, où nous pouvons, aujourd’hui encore, le vénérer avec foi. La confiance de saint Nicolas en Dieu et en nous en a fait un saint « mirovlita », dont les saintes reliques laissent couler le « Myron », ou « Manna » comme on dit à Bari, témoignage de sainteté qui vivifie le croyant et lui donne confiance en Dieu qui le bénit. Déjà, notre saint prédécesseur, Jean Chrysostome, disait à cet égard aux pèlerins : « Arrête-toi près de la tombe des martyrs, verse des fleuves de larmes, châtie ton cœur et porte sur toi sa bénédiction. Prends l’huile sainte afin que ton corps en reçoive l’onction, ta langue, tes lèvres, ton cou et tes yeux ».

Enfants bien-aimés du Seigneur,

Nous sommes venus nous aussi en pèlerins sur la tombe de ce grand saint, pour invoquer son intercession, sa prière et son soutien dans notre service patriarcal, pour remercier Dieu avec lui, pour nos 25 ans, déjà, de service de l’unité de l’Église sur le trône de saint André, mais aussi pour être les témoins forts de la nécessité de la rencontre des disciples du Christ, afin que le monde croie et que nous puissions un jour pas trop lointain rompre ensemble le Pain de vie et boire à la Coupe du salut.

Permettez-nous de conclure nos salutations par les paroles de la liturgie byzantine pour notre Saint Père : « Pasteurs et maîtres, allons ensemble louer le pasteur, émule du Bon Pasteur ; les malades faisant l’éloge du médecin ; ceux qui sont dans les dangers, du libérateur ; les pécheurs, de l’avocat ; les pauvres, du trésor ; les affligés, du réconfort ; les voyageurs, du compagnon de voyage ; ce qui sont en mer, du maître d’équipage ; tous, faisant l’éloge du très grand pontife qui accourt vers nous de partout avec ferveur, disons ceci : Très saint Nicolas, dépêche-toi de nous libérer de l’angoisse présente, et par tes supplications, sauve ton troupeau ! » (Doxastikon des laudes).

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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