Les trois éléments-clés pour commémorer la Réforme, par le card. Koch (2/2)

Tribune dans L’Osservatore Romano à l’occasion de la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens

Célébration oecuménique pour les 500 ans de la Réforme à Lund © L'Osservatore Romano

Célébration oecuménique pour les 500 ans de la Réforme à Lund © L'Osservatore Romano

La gratitude, la reconnaissance de ses propres fautes et l’espérance, ce sont les trois éléments-clés pour commémorer les 500 ans de la Réforme protestante en 2017. Le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, présente ces leitmotivs dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano du 18 janvier.

Dans la seconde partie de sa tribune, le cardinal assure que « la fracture du christianisme occidental ayant suivi la Réforme n’a pas pu détruire la racine commune de la foi chrétienne ».

« Un acte de repentance publique doit … faire partie intégrante d’une vraie commémoration de la Réforme », estime-t-il aussi : « les deux mots ‘miséricorde’ et ‘réconciliation’ doivent dorénavant guider notre mouvement œcuménique ».

AK

Tribune du cardinal Koch dans L’Osservatore Romano (2/2)

Une telle commémoration commune de la Réforme permettra un tournant œcuménique prometteur si elle s’accompagne des trois leitmotivs qui figurent dans le document de dialogue produit par la commission luthérienne-catholique pour l’unité, intitulé Du conflit à la communion.

Premier concept clef : la gratitude. En effet, en 2017, nous ne faisons pas que rappeler les 500 ans de la Réforme, mais également les 50 ans d’un intense dialogue, durant lesquels catholiques et luthériens ont pu découvrir ce qu’ils ont en commun. Le dialogue avec la fédération luthérienne mondiale — le premier entrepris par l’Eglise catholique aussitôt après le Concile Vatican II — s’est révélé très fructueux. Un pas important vers la réconciliation a été accompli avec la Déclaration commune sur la doctrine de la justification signée le 31 octobre 1999 à Augsbourg. Puisqu’au sujet de la question centrale que Martin Luther avait à cœur, la question qui porta au XVI siècle à la Réforme et par la suite à la division de l’Eglise, il fut possible d’aboutir à un consensus sur des «  vérités fondamentales », on peut considérer que cette déclaration constitue véritablement une étape importante dans l’œcuménisme.

Après une longue histoire de séparation, nous avons été en mesure de surmonter, dans la foi, le vieux confessionnalisme des divisions et nous sommes rendus compte que la fracture du christianisme occidental ayant suivi la Réforme n’a pas pu détruire la racine commune de la foi chrétienne. A la lumière de cette nouvelle situation, chez les catholiques aussi on a pu apprécier la Réforme de Wittenberg sur la base de ses intentions et comprendre de manière différente le réformateur Martin Luther. L’image polémique de Luther qui s’est affirmée dans la tradition catholique, influencée surtout par Johannes Cochläus, un contemporain du réformateur, et renforcée au siècle dernier par Heinrich Suso Denifle, a pu être surmontée grâce à la redécouverte de l’enracinement de Luther dans la pensée catholique, à savoir du « Luther catholique », une redécouverte, toutefois, qui ne nie pas les côtés obscurs présents dans la vie et l’œuvre de Luther.

Dans ce contexte, une image plus adéquate de la situation historique à l’époque de la Réforme et de l’Eglise catholique à cette époque, a fait son chemin. D’un côté, il est apparu évident que le Moyen-Age n’était absolument pas aussi sombre comme elle fut longtemps et volontiers dépeinte et qu’une des grandes préoccupations à la fin de cette époque était justement la réforme de l’Eglise. D’un autre côté, il est apparu tout aussi clairement que Luther était lui-même beaucoup plus ancré dans la pensée médiévale qu’on ne l’admettait. Ceci est vrai notamment pour son enracinement dans la tradition monastique de la fin du Moyen-Age, après avoir découvert chez Bernard de Clairvaux la théologie de la justification opérée par la grâce seule et la foi.

Le deuxième concept clef est : la reconnaissance de ses propres fautes et le repentir. Certes, la Réforme doit être vue comme un processus réformateur à l’intérieur de l’Eglise, à réaliser en plaçant la Parole de Dieu au centre de l’existence chrétienne et de la vie de l’Eglise et en se concentrant sur Jésus Christ comme Parole vivante. Mais, à l’époque, la Réforme n’a pas porté à un renouvellement de l’Eglise. La réforme de l’Eglise n’ayant pas abouti, on arriva à la Réforme au sens de rupture de l’unité de l’Eglise et donc à sa division. Au même moment aux XVI et XVIIème siècles, éclatèrent des guerres confessionnelles qui virent les chrétiens se battre les uns contre les autres dans des guerres sanglantes. La plus marquante fut surtout la guerre des Trente ans qui transforma l’Europe en une mer de sang.

Face à cette tragique histoire, au cours de laquelle l’unique Corps du Christ fut lacéré et les chrétiens ont commis d’affreuses violences les uns contre les autres au nom de la religion, catholiques et protestants ont de bonnes raisons de se plaindre et de regretter les malentendus, les prévarications et les blessures dont ils se sont rendus coupables au cours des 500 dernières années. Un premier pas dans cette direction fut tenté par le Pape Adrien VI qui, dans son message à la Diète de Nuremberg en 1522, admit et regretta les erreurs et les péchés commis par les autorités de l’Eglise catholique. En faisant cela, en reconnaissant les fautes commises, il voulait contribuer au renouvellement de l’Eglise et voulait éviter la division. Dans le sillage du pape Adrien, les papes élus après le Concile Vatican II ont demandé maintes fois pardon pour ce que les catholiques avaient fait contre les fidèles d’autres Eglises.

Un acte de repentance publique doit donc faire partie intégrante d’une vraie commémoration de la Réforme. Et il doit s’accompagner de cette purification de la mémoire historique à laquelle le pape François appelle en disant: « Nous ne pouvons pas effacer ce qui a existé, mais nous ne voulons pas permettre que le poids des erreurs passées continue de polluer nos relations. La miséricorde de Dieu renouvellera nos relations ». Les deux mots « miséricorde » et « réconciliation » doivent dorénavant guider notre mouvement œcuménique.

Le troisième concept clef est: l’espérance. La confiance que l’on met dans l’avenir de l’œcuménisme part de cette repentance face aux péchés commis contre l’unité, au fil de l’histoire, et de la joie, pleine de gratitude, pour la communion qu’il a été possible de réaliser. L’espérance qu’une commémoration commune de la Réforme porte à l’unité tant souhaitée n’est, certes, pas réaliste. Toutefois, si cette commémoration permet d’autres pas vers une communion ecclésiale contraignante ce sera déjà un grand résultat. Cette communion doit rester l’objectif de tout effort œcuménique et, c’est donc vers elle que doit tendre précisément la commémoration de cette Réforme. Après 500 ans de division, après une longue période de vies opposées ou parallèles, nous devons apprendre à vivre les uns avec les autres, plus soudés, et nous devons le faire dès maintenant.

Cela est important surtout en vue des commémorations de 2030, pour le cinquième centenaire de la Diète d’Augsbourg et la promulgation de la Confession d’Augsbourg (Confessio augustana). Avec cet écrit confessionnel, les réformateurs voulaient témoigner qu’ils étaient en accord avec la foi de l’Eglise catholique. Cette Confessio augustana fut donc décisive pour préserver l’unité de l’Eglise mise en péril à cette époque. On ne saurait donc négliger son importance œcuménique. Et puisque c’est aux efforts du grand réformateur Philippe Melanchton, essentiellement, que l’ont doit la Confessio augustana, son histoire mériterait, à l’occasion de ces commémorations de la Réforme et dans cette quête d’unité, une plus grande attention et une plus grande reconnaissance. Même après s’être rendu compte que, dans la Diète d’Augsbourg, sa tentative allait échouer et que l’unité de l’Eglise était désormais vouée à se briser, Philippe Melanchton se donna à fond, à la limite de ce qu’il était humainement possible de faire, pour la sauver, convaincu que le renouvellement de l’Eglise et son unité étaient des questions étroitement liées.

Philippe Melanchton s’est révélé un grand « oecuméniste pour son époque », capable de nous montrer, à nous aussi, qui commémorons la Réforme, le chemin à suivre. Cette commémoration ne sera une nouvelle occasion pour l’œcuménisme, que si cette année 2017 marquera, non pas la fin mais le début de nouveaux efforts vers une pleine communion ecclésiale entre luthériens et catholiques, dans une ambiance harmonieuse, empreinte de gratitude, repentance et espérance, dont s’est fait l’écho le pape François, avec le président et le secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, pendant la célébration œcuménique du 31 octobre à Lund, comme préambule prometteur.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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