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Le pape François franchit le portail du camp d'Auschwitz, capture CTV 29 juillet 2016

Le pape François franchit le portail du camp d'Auschwitz, capture CTV 29 juillet 2016

Les papes et le dialogue entre catholiques et juifs, par le p. Hofmann (3/3)

Le pape François, un « fils de Nostra aetate »

Le pape François est « un fils de Nostra aetate », la déclaration du concile Vatican II sur le judaIsme et les religions non-chrétiennes, explique le père Norbert Hofmann, secrétaire de la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le judaïsme qui fait observer qu’aucun pape « n’a visité autant de synagogues que Benoît XVI » et qu’il « s’est continuellement efforcé de mettre en évidence la multiple richesse du patrimoine commun du christianisme et du judaïsme ».

Le p. Hofmann publie en effet un article intitulé »: « Les papes et le dialogue entre catholiques et juifs », dans L’Osservatore Romano en italien des 16-17 janvier 2017, à l’occasion de la Journée du judaïsme célébrée chaque année dans différents pays le 17 janvier, à la veille de la grande semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier).

L’an dernier à cette date, le pape François se rendait en visite à la Grande synagogue de Rome, où il a été accueillir par le Grand rabbin Riccardo Di Segni.

Pour le père Hofmann, « la journée du judaïsme, que l’on célèbre en Italie le 17 janvier, est le signe de la grande estime qui existe au sein de l’Église catholique à l’égard du judaïsme »: « Elle veut offrir aux chrétiens une occasion profitable de se souvenir avec gratitude des racines juives de leur foi, tout en prenant conscience, avec sensibilité, du dialogue en cours avec le judaïsme aujourd’hui. La journée, outre l’Italie, est aussi célébrée tous les 17 janvier en Pologne, en Autriche et aux Pays-Bas, où elle a été introduite par les conférences épiscopales respectives. »

Après avoir évoqué le pontificat de saint Jean-Paul II, ses paroles, et ses gestes – il a « définitivement rompu la glace – , le p. Hofmann évoque celui de Benoît XVI – le pape qui a visité le plus grand nombre de synagogues -, et, ici, celui du pape François.

« Le pape François est un fils de Nostra aetate, affirme le p. Hofmann. Déjà à Buenos Aires, il a fait beaucoup pour la promotion du dialogue judéo-catholique. Grâce à sa contribution comme archevêque de la ville, les relations entre les juifs et l’Église catholique ont atteint un niveau élevé, et qui dure encore, de solidité et de fraternité. »

Il évoque l’action de l’archevêque de Buenos Aires et les solides amitiés nouées alors: « Plus tard aussi, en tant que cardinal, Jorge Mario Bergoglio a non seulement noué des contacts institutionnels, mais a entretenu des amitiés véritables avec des rabbins et des membres de la communauté juive locale. Parmi ses amis, on comptait le rabbin Abraham Skorka, recteur du séminaire rabbinique de l’Amérique latine à Buenos Aires avec qui, en 2010, il a publié le livre « Le ciel et la terre » basé sur une série d’entretiens sur différents thèmes de nature sociale, théologique et pastorale et avec qui il a participé à différents programmes télévisés. Sur la suggestion du cardinal Bergoglio, il fut conféré en 2012 au rabbin Skorka le doctorat honoris causa de l’Université catholique d’Argentine. Les rencontres du card. Bergoglio avec des représentants juifs ont été nombreuses, et de même ses visites dans les synagogues où il a prêché et participé à des célébrations commémoratives. »

L’auteur cite trois rencontres significatives: « Rappelons, parmi beaucoup d’autres, sa présence, en septembre 2007, pendant la fête juive pour la nouvelle année, dans la synagogue B’nei Tikva de Buenos Aires et, en novembre 2012, pendant la célébration de commémoration de la Nuit de Cristal, dans la cathédrale de la ville, organisée avec les représentants du B’nei B’rith. Le card. Bergoglio a immédiatement exprimé sa profonde solidarité avec la communauté juive de Buenos Aires lorsqu’une bombe a explosé en 1994 dans le centre juif ; lors du onzième anniversaire de cet attentat, il fut parmi les premiers à signer un document qui demandait que justice soit rendue aux victimes. En 2010, avec quelques personnalités juives, il a visité le nouveau centre qui avait été reconstruit, en signe de solidarité et d’encouragement. Le card. Bergoglio a volontiers repris l’expression « frères ainés », forgée par le pape Jean-Paul II pour les juifs, puisqu’en eux il a réellement vu des frères et sœurs avec qui partager le pèlerinage vers Dieu. »

Puis, il y a le ministère du Successeur de Pierre, à partir du 13 mars 2013, et sa volonté immédiatement déclarée de dialogue: « Le lendemain de son élection sur le siège pontifical, le pape François a envoyé à la communauté juive de Rome une lettre dans laquelle il affirmait sa ferme volonté de promouvoir le dialogue : « J’espère vivement pouvoir contribuer au progrès que les relations entre juifs et catholiques ont connu à partir du concile Vatican II, dans un esprit de collaboration renouvelée et au service d’un monde qui puisse toujours plus être en harmonie avec la volonté du Créateur ». »

« Dès le début, il a donc été évident que le nouveau pontife se serait employé sans réserve en faveur du dialogue avec les juifs, afin d’approfondir et d’intensifier les liens d’amitié déjà existants, souligne le p. Hofmann. Le pape François a confirmé cette intention plusieurs fois au cours des dernières années. Au Vatican, il a reçu un très grand nombre de rabbins et de délégations juives et, au cours de ses voyages, il a régulièrement rencontré des représentants du judaïsme. »

Il s’arrête au voyage en Terre-Sainte: « Dès la seconde année de son pontificat, il s’est rendu en Israël où, le 26 mars 2014, il s’est recueilli en prière au Mur des Lamentations, a rencontré deux grands rabbins d’Israël, a rendu hommage aux victimes de la Shoah au Yad-Vashem et a parlé aux survivants de cette tragédie. Dans ces circonstances aussi, le pape François a montré sa profonde sensibilité, sa capacité à comprendre son prochain, son empathie surtout à l’égard de ceux qui sont marqués par la souffrance. Dans le contact personnel qui se traduit par des gestes concrets de proximité et de chaleur humaine, il témoigne ainsi de la tendresse et de la bienveillance de Dieu. »

Et puis, il y a un an, la visite romaine: « Dans le discours qu’il a tenu le 17 janvier 2016 lors de sa visite à la synagogue de Rome, il a rappelé que nous appartenons tous à la grande famille de Dieu et s’est dit reconnaissant pour tout ce qui a été réalisé jusqu’alors dans le dialogue judéo-catholique. Juifs et chrétiens, dans ce monde sécularisé, sont appelés ensemble à porter Dieu aux hommes. »

Et la visite silencieuse au camp d’extermination d’Auschwitz: « À l’occasion de son voyage à Cracovie pour la Journée mondiale de la jeunesse, il a visité, le 29 juin 2016, le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, où il n’a voulu donner aucun discours, mais il s’est recueilli en silence pour prier pour les victimes de la Shoah : dans certaines circonstances, les paroles peuvent être vaines, par rapport à l’humble prière du cœur adressée à Dieu. Et la prière, pour le pape François, demeure au centre de chacune de ses actions, le moteur de son engagement concret et tangible, dans tous les domaines et à tous les niveaux. »

Et de conclure sur ces trois pontificat: « Si l’on porte son attention à l’œuvre des trois derniers pontifes, il émerge en chacun d’eux la volonté efficace de promouvoir et d’approfondir le dialogue judéo-catholique. Cette amitié entre chrétiens et juifs a toujours été constante, tout en assumant des nuances et des styles différents selon la personnalité de chacun des pontifes : Jean-Paul II a été un pape des grands gestes et des images prégnantes ; Benoît XVI s’est servi de la force de la parole et de la profondeur de la réflexion théologique ; François est le pape qui réussit à transmettre humanité et tendresse, qui sait se faire proche de tous.

Avec une traduction de Constance Roques

 

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