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Card. Müller - Zenit - HSM

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«L’Eglise rajeunit»: présentation du card. Müller (traduction complète)

Le Successeur de Pierre favorise communication et communion

Après le concile Vatican II, « le Successeur de Pierre a favorisé une communication et une communion entre les dons hiérarchiques et les dons charismatiques au niveau de l’Église universelle », fait observer le cardinal Müller.

Dons hiérarchiques et dons charismatiques: c’est en effet le thème du nouveau document de la Congrégation pour la doctrine de la foi intitulé « Iuvenescit Ecclesia », « L’Eglise rajeunit ».

Il a été présenté au Vatican, mardi 14 juin, par les cardinaux Gerhard Müller, préfet de la Doctrine de la foi, et Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques. Car le document s’adresse aux évêques. Il est signé par le cardinal Müller et le secrétaire de la Doctrine de la foi, Mgr Luis Ladaria.

« Dans la saison ecclésiale féconde qui a suivi le Concile Vatican II, dans les faits, c’est précisément le Successeur de Pierre qui a favorisé une communication et une communion entre les dons hiérarchiques et les dons charismatiques au niveau de l’Église universelle, valorisant la diffusion missionnaire des mouvements et des nouvelles communautés ecclésiales à l’intérieur des différentes Églises particulières, spécialement dans celles qui nécessitaient une nouvelle évangélisation », a fait remarquer le cardinal Müller.
Voici notre traduction intégrale, de l’italien, de l’intervention du cardinal Müller lors de la conférence de presse de mardi dernier.

Présentation du cardinal Gerhard Ludwig Müller

Un mythe ancien – dont nous trouvons un écho dans les psaumes (Ps 103,5) et dans saint Ambroise (Esameron, V, 18) souligne la capacité qu’ont les aigles à se renouveler, à rajeunir, et à vivre ainsi longtemps, défiant l’usure du temps.

Le psaume 103 dit expressément que l’homme, quand il suit Dieu,  “renouvelle[s], comme l’aigle » sa « jeunesse ».

Saint Ambroise identifie au contraire ce majestueux volatile– qui serait capable de se régénérer lui-même – à Jésus-Christ, « qui renouvelle sa jeunesse en ressuscitant de la mort ».

Depuis toujours en effet, devant la constatation que tout est irrémédiablement destiné à vieillir et à finir, l’homme a cherché quelque chose ou quelqu’un pour l’aider à rester jeune. C’est aussi le défi que doit affronter toute institution qui veut perdurer dans l’histoire : rester jeune avec le passage du temps, c’est-à-dire se renouveler, en restant soi-même, sans changer d’identité ni s’altérer.

Cette capacité précisément de défier l’usure du temps et la mort appartient à la fascination originelle par laquelle l’Évangile a su attirer à lui, dès le début, des milliers et des milliers d’hommes.

À ce propos, un Père de l’Église bien connu, Irénée de Lyon, nous invite à conserver avec soin « la foi que nous avons reçue de l’Église » parce que, si elle est gardée intègre, « sous l’action de l’Esprit de Dieu, comme un dépôt de grande valeur, renfermé dans un vase précieux, elle rajeunit continuellement et fait rajeunir aussi le vase qui la contient » (Adversus Haereses, 3,24,1).

L’Évangile aussi mentionne, à ce propos, un « vin nouveau » qui est versé « dans des outres neuves » (cf. Mc 2,22). La foi chrétienne – lorsqu’elle est réellement accueillie et gardée – grâce à l’action de l’Esprit-Saint, a cette capacité unique d’apporter de la nouveauté humaine et de faire rajeunir.

Le pape François aussi, bien souvent, nous a rappelé que « la nouveauté de l’Évangile est une nouveauté dans la loi même inscrite dans l’histoire du salut. Et il s’agit d’une nouveauté qui va au-delà de nos personnes et qui renouvelle les structures » (Homélie dans la chapelle de la Maison Sainte Marthe, 6 juillet 2013).

C’est là la perspective adéquate pour comprendre la Lettre aux évêques de l’Église catholique, « Iuvenescit Ecclesia » (IE), sur la relation entre les dons hiérarchiques et charismatiques, qui sont constitutivement mis au service de la vie et de la mission ecclésiale.

Le titre même, qui reprend les premiers mots du document, nous parle de cette capacité qu’a l’Esprit Saint de faire rajeunir l’Église et, avec elle, toutes les personnes, les relations et les lieux qui acceptent de l’accueillir.

C’est le Concile Vatican II qui nous a reproposé cette belle vérité : « Cette Église qu’il [l’Esprit-Saint] introduit dans la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13), et à laquelle il assure l’unité de la communauté et du ministère, il bâtit et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l’orne de ses fruits (cf. Ep 4, 11-12 ; 1 Co 12, 4 ; Ga 5, 22). Par la vertu de l’Évangile, il fait la jeunesse de l’Église et la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite avec son époux » (Lumen gentium, 4).

L’apparition de tant de nouveaux groupements, associations et mouvements ecclésiaux, ainsi que de tant de nouveaux instituts de vie consacrée, après le Concile Vatican II, nous a fait redécouvrir concrètement la portée ecclésiale de cette affirmation conciliaire. En particulier, nous avons pu constater combien « leur forte capacité associative est un témoignage éloquent de la manière dont l’Église grandit non « par prosélytisme mais ‘par attraction’ » (IE,2). Maintenant, pour toutes ces associations ecclésiales, s’est désormais ouvert le temps de la « maturité ecclésiale » (IE,2).

À ce sujet, il convient de dire que, si « différents charismes n’ont jamais cessé de naître au long de l’histoire de l’Église » (IE, 9), dans la saison post-conciliaire nous avons assisté à une floraison inattendue et puissante de beaucoup de ces réalités, favorisant ainsi une réflexion abondante sur les charismes, comme jamais on ne l’avait vu auparavant dans l’histoire de l’Église.

Le présent texte, abouti désormais à sa physionomie définitive après de nombreuses années de réélaboration – l’étude a commencé en l’an 2000 – a pour but en effet de s’insérer à l’intérieur de cette considération sur les charismes, comme un moment autorisé qui trace quelques lignes fondamentales pour en relancer la réflexion de façon correcte et adéquate.

En particulier, il a paru nécessaire d’offrir aux pasteurs et aux fidèles une considération sure et encourageante de la relation entre ces dons qui a vivifié la vie de l’Église, spécialement avec l’apparition, dans un passé récent, des « mouvements » et des nouvelles communautés ecclésiales.

La lettre, comme le rappelle explicitement l’introduction, veut relever « les aspects théologiques et ecclésiologiques dont la compréhension peut favoriser une participation fructueuse et ordonnée des nouvelles associations à la communion et à la mission de l’Église » (IE,3).

Le but de ce document est de favoriser – à travers une conscience approfondie des éléments essentiels relatifs aux dons hiérarchiques et charismatiques, et au-delà de toute opposition ou juxtaposition stérile – une communion, une relation et une synergie ordonnées, en vue d’un élan missionnaire ecclésial renouvelé et de cette « conversion pastorale » à laquelle le pape François ne cesse de nous appeler (cf. Evangelii gaudium, n.25).

En ce sens, le texte concentre son attention sur les problématiques théologiques de fond, sans vouloir trop entrer dans les nombreuses questions pastorales et pratiques qui ont souvent émergé. Il voudrait présenter un regard d’ensemble, offrant en même temps des critères de fond pour affronter les questions évoquées et, en particulier, pour favoriser un « discernement des nouvelles associations ecclésiales » en vue de leur « reconnaissance par l’Église » (IE, 17).

Le cadre d’inspiration directe du projet examiné – comme cela a été rappelé ci-dessus – est le passage conciliaire de Lumen gentium, au n.4, qui affirme que l’Esprit, qui demeure dans le corps ecclésial et dans les cœurs des fidèles comme dans un temple, introduit l’Église dans la plénitude de la vérité, l’unifiant dans la communion et dans le ministère, en veillant sur elle et en la dirigeant par divers dons hiérarchiques et charismatiques, tout en l’embellissant de ses fruits, de sorte que l’Église elle-même se configure comme « un peuple dont l’unité découle de l’unité entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint » selon l’expression bien connue de Cyprien de Carthage (De oratione dominica,23).

Parmi les points centraux du document, il y a certainement l’affirmation de la coessentialité des dons hiérarchiques et charismatiques, une coessentialité qui appartient « à la constitution divine de l’Église fondée par Jésus » (IE,10). D’une part, « dans l’Église, les institutions essentielles sont également charismatiques et, d’autre part, les charismes doivent d’une manière ou d’une autre s’institutionnaliser pour trouver une cohérence et une continuité. Ainsi, les deux dimensions, qui ont pour origine le même Esprit Saint pour le Corps du Christ lui-même, concourent ensemble à rendre présents le mystère et l’œuvre salvifique du Christ dans le monde. » (IE, 10)

Cette coessentialité trouve sa racine ultime dans la relation indissoluble entre le Logos divin incarné et l’Esprit Saint (cf. IE,11), et témoigne comment, dans la même perspective révélée par le plan de Dieu, il n’est pas permis d’opposer une « Église de l’Esprit » à une « Église de l’Institution », parce que les dons hiérarchiques et les dons charismatiques sont toujours impliqués les uns dans les autres et toujours réciproquement, même si c’est de manière hiérarchique, et en relation. Cela n’empêche pas que, en raison de la fragilité humaine naturelle – et des inévitables infidélités aux projets de Dieu qui en découlent – de fait, la tension dialogique naturelle entre ces dons s’est souvent transformée, et peut encore se transformer en dialectique.

En tout cas, dans la cinquième partie du texte, il est aussi fait allusion à la pratique ecclésiale de la relation entre dons hiérarchiques et dons charismatiques. Ici, après avoir rappelé la nécessité d’une insertion constructive des réalités charismatiques dans la vie pastorale des Églises particulières, l’accent est mis sur la pratique de la « bonne relation entre les différents dons dans l’Église » (IE,20) avant tout dans sa position à l’intérieur des rapports entre Église universelle et Églises particulières, valorisant ce principe particulier d’unité ecclésiale qu’est le ministère pétrinien.

D’autre part, comment ne pas relever à ce propos que, dans la saison ecclésiale féconde qui a suivi le Concile Vatican II, dans les faits, c’est précisément le Successeur de Pierre qui a favorisé une communication et une communion entre les dons hiérarchiques et les dons charismatiques au niveau de l’Église universelle, valorisant la diffusion missionnaire des mouvements et des nouvelles communautés ecclésiales à l’intérieur des différentes Églises particulières, spécialement dans celles qui nécessitaient une nouvelle évangélisation.

Ce fait pourrait prophétiquement nous éclairer aussi sur la perspective et sur les modalités avec lesquels mettre en œuvre – des périphéries vers le centre, ou vice versa – le renouveau synodal si souhaité vers lequel le pape François ne cesse de nous inviter. Ce qui a déjà été expérimenté dans ce sens constitue une richesse du patrimoine ecclésial qui peut offrir des orientations sures et utiles dans ce sens.

Je voudrais conclure cette brève intervention en faisant référence à l’un des passages par lesquels se conclut l’Évangile de Marc (cf. Mc 16, 5ss). L’évangéliste note que le premier jour après le samedi, un jeune homme avec une veste blanche, debout devant le tombeau vide de Jésus, invite les pieuses femmes à ne pas avoir peur et à apporter aux disciples la bonne annonce que « le Crucifié est ressuscité ! »

Dans cette figure de jeune homme, j’aime entrevoir le visage le plus vrai de l’Église, capable de toujours se renouveler et rajeunir, même au milieu des épreuves et des intempéries de l’histoire, pour annoncer à tous les hommes la bonne nouvelle – Jésus est ressuscité ! – et les inviter ainsi à ne pas avoir peur, parce qu’il est plus fort que le mal et que la mort.

Tel est le témoignage qu’à travers leur communion active, les dons hiérarchiques et charismatiques sont appelés à offrir aujourd’hui, pour la vie de l’Église et le salut du monde. Tel est le témoignage qu’avec humilité et courage, nous voudrions tous offrir, avec notre pauvreté nous aussi. Merci !

© Traduction de Zenit,  Constance Roques

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