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Rencontre avec les jeunes du Bangladesh, Dacca © L'Osservatore Romano

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Journée contre le trafic de drogues : éduquer les jeunes à la joie

Message du cardinal Turkson (Traduction intégrale)

Pour lutter contre le « fléau » de la drogue, « il faut proposer à nos jeunes des programmes éducatifs efficaces et concrets, qui… éduquent leur cœur à la joie de la profondeur, pas de la superficialité », en insistant sur « l’appel à la joie et à la vie en plénitude ». C’est qu’affirme le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral, dans un message à l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, ce 26 juin 2018.

« Bien que la prévention soit le chemin prioritaire, il est important de travailler pour la réhabilitation des victimes de la drogue dans la société, pour leur redonner la joie authentique de vivre, afin qu’elles ne se sentent pas discriminées ou stigmatisées mais accueillies et comprises par un chemin de renouveau intérieur tendu vers la recherche du bien », écrit-il également.

« La drogue est une blessure infligée à notre société, qui piège de nombreuses personnes dans une spirale de souffrance et d’aliénation », dénonce encore le cardinal Turkson : « Ce fléau doit être condamné fermement car il est alimenté par des hommes sans scrupules, qui, cédant à la tentation de gains faciles, sèment la mort en démolissant l’espérance et en détruisant de nombreuses familles. »

Voici notre traduction de ce message.

Message du cardinal Turkson

On célèbre aujourd’hui, 26 juin, la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, instituée par les Nations unies le 7 décembre 1987, pour renforcer l’action et la coopération, au niveau national et international, pour combattre ce phénomène et en promouvoir une plus grande connaissance.

Du World Drug Report 2017 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), émerge qu’en 2015, environ 250 millions de personnes dans le monde ont utilisé des drogues et parmi elles 29,5 millions souffrent de troubles causés par leur consommation. En particulier, parmi les 12 millions de personnes qui usent de drogues injectables, plus de la moitié (6,1 millions) sont affectées d’hépatite C, tandis que 1,3 million vivent avec l’hépatite C ou le virus hiv/sida. Les dommages causés par l’utilisation et l’abus de stupéfiants sont nombreux, non seulement pour la santé mais aussi pour le développement, pour la paix et la sécurité, dans toutes les régions du monde.

Le drame déchirant de la drogue est un mal qui menace la dignité et la liberté d’agir de toute personne et qui brise progressivement l’image que le Créateur a façonnée en nous. Ce fléau doit être condamné fermement car il est alimenté par des hommes sans scrupules, qui, cédant à la tentation de gains faciles, sèment la mort en démolissant l’espérance et en détruisant de nombreuses familles.

La drogue est une blessure infligée à notre société, qui piège de nombreuses personnes dans une spirale de souffrance et d’aliénation. De nombreux facteurs poussent vers la dépendance à la drogue, parmi lesquels l’exclusion sociale, l’absence de famille, la pression sociale, la propagande des trafiquants, le désir de vivre de nouvelles expériences.

Il est important de promouvoir une culture de la solidarité et de la subsidiarité dédiée au bien commun; une culture qui s’oppose aux égoïsmes et aux logiques utilitaristes et économiques, mais qui se penche vers l’autre, à l’écoute, dans un chemin de rencontre et de relation avec notre prochain, surtout quand il est vulnérable et fragile comme l’est celui qui abuse de drogues. Comme le souligne le pape François, “tout toxico-dépendant porte en lui une histoire personnelle différente, qui doit être écoutée, comprise, aimée, et autant que possible, guérie et purifiée. Nous ne pouvons pas tomber dans l’injustice de cataloguer le toxico-dépendant comme s’il était un objet ou un mécanisme cassé ; toute personne doit être valorisée et appréciée dans sa dignité pour pouvoir être guérie”.

Les jeunes sont les premières victimes de la drogue. Immergés dans une société relativiste et hédoniste, ils y reçoivent des propositions aliénantes vis-à-vis des valeurs, d’une réalité concrète et tendue vers la pleine réalisation de soi. Les nouvelles générations vivent souvent d’une façon “virtuelle”, où leur est offert “un large éventail de possibilités pour atteindre un bonheur éphémère, qui à la fin devient un poison, qui corrode, corrompt et tue. La personne se détruit peu à peu et avec elle détruit ceux qui l’entourent. Le désir initial de fuite, à la recherche d’un bonheur momentané, se transforme dans la dévastation de la personne dans son intégrité, avec des répercussions dans toutes les catégories sociales”.

Il est clair, comme l’affirme le pape François, que dans de nombreux cas ces formes de dépendance ne sont pas une conséquence du fait d’avoir cédé au vice, mais un effet des dynamiques de l’exclusion : “Il y a tout un armement mondial de drogue qui détruit cette génération de jeunes qui est destinée au rebut !”.

Il faut proposer à nos jeunes des programmes éducatifs efficaces et concrets, qui développent leurs potentialités et éduquent leur cœur à la joie de la profondeur, pas de la superficialité. Dans le processus d’aide, la relation humaine est importante ; dans le sens où “l’appel à la joie et à la vie en plénitude se situe toujours au sein d’un contexte culturel et de relations sociales”.

Bien que la prévention soit le chemin prioritaire, il est important de travailler pour la réhabilitation des victimes de la drogue dans la société, pour leur redonner la joie authentique de vivre, afin qu’elles ne se sentent pas discriminées ou stigmatisées mais accueillies et comprises par un chemin de renouveau intérieur tendu vers la recherche du bien.

Nous ne devons jamais oublier que “même si la vie d’une personne a été un désastre, si elle est détruite par les vices, par la drogue ou par quoi que ce soit, Dieu est dans sa vie. […] Même si la vie d’une personne est un terrain plein d’épines et de mauvaises herbes, il y a toujours un espace où le bon grain peut grandir. Il faut faire confiance à Dieu”. Tant de jeunes qui, désireux de sortir de la dépendance de la drogue, s’engagent à reconstruire leur vie, regardant de l’avant avec confiance, en sont l’exemple.

Cité du Vatican, 26 juin 2018

Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral

Traduction de Zenit, Anne Kurian

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