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Chaldean cathedral of Saint Joseph (Ankawa)

WIKIMEDIA COMMONS - James (Jim) Gordon

Irak : le card. Parolin donne une mission aux chrétiens

Conférence organisée par l’AED

Dans la lourde tâche de reconstruction de la société irakienne et de consolidation d’une coexistence harmonieuse et pacifique, « les chrétiens ont une mission spécifique : être artisans de paix, de réconciliation et de développement », a déclaré le cardinal Pietro Parolin.

Le secrétaire d’État a en effet adressé un discours aux participants à la conférence « Retour aux racines : Chrétiens dans la Plaine de Ninive », organisée par la Fondation pontificale L’Aide à l’Église en Détresse.

Le cardinal Parolin a salué l’ « engagement constant et généreux » des trois évêques présents (catholique chaldéen, catholique syrien et syrien orthodoxe) dans la Plaine de Ninive et « le soutien » apporté par L’Aide à l’Église en détresse, « avec un sens de l’urgence et une efficacité et une organisation remarquables ».

Voici notre traduction du discours en anglais prononcé par le cardinal Parolin.

 

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Permettez-moi avant tout d’exprimer mes remerciements à la Fondation pontificale « L’Aide à l’Église en détresse » pour avoir organisé ce rassemblement et m’avoir invité à y participer. Je salue cordialement toutes les personnes présentes, et en particulier Sa Béatitude Louis Raphaël I Sako, Patriarche catholique chaldéen de Babylone, Son Excellence Yohanna Petros Mouché, archevêque catholique syrien de Mossoul, et Son Excellence Mor Nicodemus Daoud Matti Sharaf, archevêque syrien orthodoxe de Mossoul. Je vous suis reconnaissant pour votre engagement constant et généreux à aider l’Église dans des situations difficiles, en particulier les chrétiens de la plaine de Ninive, qui fait l’objet de cette Conférence.

Dès le début, le Saint-Père a suivi avec une profonde inquiétude la tragédie des milliers de familles obligées à abandonner leurs propres villes et villages en raison de l’invasion du prétendu État islamique, à partir de juin 2014. Deux mois plus tard, dans une lettre adressée au Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon, le pape François a demandé à la communauté internationale d’aider les chrétiens et d’autres groupes, qui avaient fui la violence brutale d’ISIS, à revenir dans la sécurité de leurs propres maisons (Lettre au secrétaire général des Nations Unies, août 2014).

La même préoccupation s’est également reflétée dans l’activité diplomatique du Saint-Siège, qui n’a manqué aucune occasion de s’exprimer au nom de ces chrétiens, redisant à maintes reprises la nécessité de faciliter leur retour et d’assurer des mesures adéquates de protection et de respect pour leur droits. Dans les différents forums internationaux et réunions de haut niveau, le Saint-Siège a continué de souligner que la présence chrétienne est fondamentale au Moyen-Orient pour la paix, la stabilité et le pluralisme – auxquels les communautés chrétiennes ont contribué elles-mêmes au fil des siècles. Cette présence est en déclin constant en raison de la migration de nombreuses familles qui abandonnent leur patrie historique, à la recherche de la sécurité et d’un avenir meilleur. Dans l’exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente, le pape Benoît XVI a noté qu’ « un Moyen-Orient sans chrétiens, ou avec seulement quelques chrétiens, ne serait plus le Moyen-Orient, puisque les chrétiens, avec d’autres croyants, font partie de l’identité distinctive de la région » (N. 31).

Nous sommes tous conscients que les conflits et les tensions des dernières années représentent un risque, non seulement pour la survie des chrétiens, mais aussi pour la possibilité même que le Moyen-Orient soit un lieu de coexistence entre les peuples appartenant à différents groupes religieux et ethniques. Le Saint-Siège continue donc de réaffirmer l’importance de sauvegarder la présence et les droits des chrétiens au moyen d’instruments juridiques adéquats, le droit au retour des personnes déplacées et des réfugiés dans des conditions de sécurité adéquates, le respect de la liberté religieuse et, surtout, l’importance d’appliquer la notion de citoyenneté, qui implique l’égalité des droits et des obligations. Il est également nécessaire de s’attaquer aux causes profondes du phénomène du terrorisme et de promouvoir le dialogue interreligieux, la compréhension mutuelle et l’éducation.

Depuis environ un an maintenant, à partir du moment où la bataille de Mossoul a commencé et que divers territoires ont été libérés de l’occupation par ISIS, y compris les villages de la plaine de Ninive, divers efforts ont été faits pour aider les chrétiens à revenir. Beaucoup a été fait, mais beaucoup reste à faire.

À ce sujet, j’aimerais exprimer ma sincère appréciation pour le soutien qui, depuis trois ans après l’invasion d’ISIS, la Fondation « L’Aide à l’Église en détresse » a offert aux nombreuses familles chrétiennes qui ont pu supporter cette situation avec dignité et dans la sécurité. Votre projet de reconstruction « Retour aux racines », le fameux « plan Marshall » pour la plaine de Ninive, est encore un autre signe de préoccupation que vous avez manifesté, avec un sens de l’urgence et une efficacité et une organisation remarquables.

En plus d’exprimer la solidarité de l’Église universelle, démontrée non seulement par une proximité spirituelle et un soutien dans la prière, mais aussi au niveau de la charité pratique, votre projet vise à rendre aux communautés chrétiennes l’environnement d’une vie normale, indispensable pour vaincre la peur et le désespoir, et en regardant vers l’avenir avec espoir.

La reconstruction des maisons et des villages est la condition première et fondamentale du retour des chrétiens sur leurs terres. Nous savons cependant qu’au-delà de la reconstruction des villes, des villages et des maisons, il y a l’obligation plus lourde de reconstruire la société irakienne et de consolider une coexistence harmonieuse et pacifique. Ici, les chrétiens ont une mission spécifique : être artisans de paix, de réconciliation et de développement (voir la lettre de Sa Sainteté le pape François aux chrétiens au Moyen-Orient, 21 décembre 2014). Cette mission est plus nécessaire que jamais dans le contexte actuel de l’Irak et exige d’urgence un processus de réconciliation nationale et un effort commun de toutes les parties de la société pour parvenir à des solutions communes pour le bien de tout le pays.

Il est significatif que ce projet soit entrepris avec la participation des représentants des trois Églises: chaldéenne, syrienne orthodoxe et catholique syrienne. Que la coopération entre les différentes Églises soit un signe tangible d’unité dans la charité. Je saisis cette occasion pour remercier les évêques ici présents pour leur engagement généreux et pour les inviter à n’épargner aucun effort pour surmonter toutes les sources de tension entre les différentes communautés afin d’obtenir une unité renouvelée. Un tel témoignage de l’unité des chrétiens est rendu d’autant plus nécessaire et urgent par la situation complexe que le pays affronte et par le danger réel de la perte de la présence chrétienne.

Le plus grand défi consiste donc à créer les conditions sociales, politiques et économiques pour permettre une nouvelle cohésion sociale, qui favorise la réconciliation et la paix et donne aux chrétiens et aux autres minorités la possibilité de travailler à reconstruire l’avenir d’un pays où leur présence est profondément enracinée. Comme cela a déjà été clairement expliqué à maintes reprises, les chrétiens ne veulent pas être une « minorité protégée » tolérée avec bienveillance. Ils veulent être des citoyens dont les droits sont protégés et garantis, ainsi que tous les autres citoyens. Cela dit, sans possibilité de retourner dans leurs villages et villes d’origine, très peu de ce qui précède serait possible.

Le processus de reconstruction commencé par la Fondation et le retour des chrétiens à un degré de normalité dans leur vie devraient être l’objectif principal et urgent de nos efforts. Cela permettra à la communauté chrétienne en temps voulu de faire face à d’autres défis qui l’attendent, afin qu’elle puisse être pleinement et généreusement engagée dans le travail pour le bien commun de toute la nation.

Merci de votre attention.

© Traduction de Zenit, Hélène  Ginabat

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