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Conférence dans l'avion Malmö-Rome 2016 © L'Osservatore Romano

Conférence dans l'avion Malmö-Rome 2016 © L'Osservatore Romano

Après les accusations de Mgr Vigano, le pape invite la presse à en tirer ses propres conclusions

Conférence de presse dans l’avion Dublin-Rome (1)

« Lisez-le attentivement et faites-vous votre jugement personnel. » C’est en ces termes que le pape François a évoqué le communiqué de l’ancien nonce aux Etats-Unis, Mgr Carlo Maria Viganò accusant le pape argentin et d’autres responsables de la curie d’avoir couvert les abus sexuels commis par l’ex-cardinal Theodore McCarrick, le 26 août 2018.

Lors de la conférence de presse dans l’avion qui le ramenait de Dublin à Rome, au terme de son voyage en Irlande, le pape a répondu ainsi à une question de journaliste : « Je ne dirai pas un mot là-dessus. Je crois que le communiqué parle de lui-même. »

Mgr Carlo Maria Viganò, qui fut secrétaire général du Gouvernorat de 2009 à 2011, a été éloigné du Vatican par Benoît XVI qui l’a nommé nonce aux Etats-Unis, poste où il resta jusqu’en 2016. Les vaticanistes pointent d’ores-et-déjà les paradoxes de ses mises en cause détaillées, notamment la mention de « sanctions » que Benoît XVI aurait imposées au cardinal McCarrick, restées secrètes, et qui auraient été levées par son successeur. Mais le cardinal américain, qui était alors archevêque émérite de Washington, a semble-t-il continué de mener une vie normale et à se rendre à Rome.

En revanche, les premières sanctions officielles ont été prises par le pape François : le cardinal McCarrick, a présenté sa démission en tant que membre du collège des cardinaux, le 28 juillet dernier et le pape l’a suspendu « de l’exercice de tout ministère public ». Il a aussi imposé à l’ancien cardinal “l’obligation de résider dans une maison qui lui sera indiquée, pour une vie de prière et de pénitence, jusqu’à ce que les accusations dont il fait l’objet soient éclaircies par un procès canonique régulier”.

Voici notre traduction des paroles du pape à ce propos dans l’avion.

Conférence de presse de Dublin à Rome (1)

Anna Matranga, NBC – Bonsoir, Saint-Père ! Je reviens sur le sujet des “abus”, dont vous avez déjà parlé. Ce matin très tôt, est sorti un document de l’archevêque Carlo Maria Viganò, où il dit qu’il a eu en 2013 un entretien personnel avec vous au Vatican et qu’il aurait parlé explicitement avec vous du comportement et des abus sexuels de l’ex-cardinal McCarrick. Je voulais vous demander si c’était vrai. Et je voulais aussi demander autre chose : l’archevêque a aussi dit que le pape Benoît XVI avait sanctionné McCarrick, qu’il lui avait dit qu’il ne pouvait ni vivre au séminaire ni célébrer la messe en public, ni voyager ; qu’il était sanctionné par l’Eglise. Puis-je vous demander si ces deux choses sont vraies ?

Pape François – Une chose : je préférerais – même si je répondrai à votre question – je préférerais que nous parlions d’abord du voyage et ensuite des autres questions… mais je réponds. J’ai lu ce communiqué ce matin. Je l’ai lu et sincèrement je dois vous dire cela, à vous et à tous ceux parmi vous qui sont intéressés : lisez attentivement le communiqué et faites-vous votre propre jugement. Je ne dirai pas un mot là-dessus. Je crois que le communiqué parle de lui-même, et vous avez la capacité journalistique suffisante pour en tirer les conclusions. C’est un acte de confiance : quand un peu de temps sera passé et que vous aurez tiré les conclusions, peut-être en parlerai-je. Mais je voudrais que votre maturité professionnelle fasse ce travail : cela vous fera du bien, vraiment.

Anna Matranga – Marie Collins a dit, après vous avoir rencontré durant la rencontre avec les victimes, qu’elle a parlé directement avec vous de l’ex cardinal McCarrick; elle a dit que vous aviez été très dur dans votre condamnation de McCarrick. Je voulais vous demander : quand avez-vous entendu parler des abus commis par l’ex cardinal pour la première fois ?

Pape François – Cela concerne le communiqué sur McCarrick: étudiez-le et j’en parlerai ensuite. Mais comme hier je ne l’avais pas lu, je me suis permis de parler clairement avec Marie Collins et le groupe [des victimes], dans la rencontre qui a duré une heure et demi, et qui m’a fait beaucoup souffrir. Mais je crois qu’il était nécessaire d’écouter ces huit personnes ; et de cette réunion est sortie la proposition – que j’ai faite, et ils l’ont acceptée et ils m’ont aidé à la réaliser – de demander pardon aujourd’hui à la messe, sur des choses concrètes. Par exemple, la dernière, que je n’avais jamais entendue : ces mamans… – ça s’appelait la “lessive des femmes” – quand une femme était enceinte hors mariage, elle allait dans un hôpital ou je ne sais pas, un institut…, géré par des religieuses, et elle donnait son enfant à l’adoption. Et des enfants, à l’époque, cherchaient à retrouver leur maman, si elles étaient vivantes, ils ne savaient pas…, et on leur disait que c’était un péché mortel de faire cela ; et aussi aux mamans qui cherchaient leurs enfants, on disait que c’était un péché mortel. C’est pour cela que j’ai terminé en disant que ce n’était pas un péché mortel, mais que c’était le quatrième commandement. Et les choses dont j’ai parlé aujourd’hui, certaines je ne les connaissais pas, ça a été pour moi douloureux, mais j’ai eu aussi la consolation de pouvoir aider à éclaircir. Et j’attends votre commentaire sur ce document, j’aimerais bien ! Merci.

Traduction de Zenit, Anne Kurian

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