Le chant d’un oiseau au lever du jour, la profondeur d’un ciel étoilé, l’élégance d’un peuplier qui danse sous le vent… Ces instants ont quelque chose de sacré. Ils suspendent le temps, éveillent notre capacité d’émerveillement et nous rappellent une vérité souvent oubliée : nous faisons partie d’un monde qui nous précède et nous dépasse. Nous ne sommes pas les créateurs de la vie. Alors, quelle place occupons-nous dans cette immense chaîne d’êtres vivants ?
C’est à cette question que le pape François répond lorsqu’il invite « chaque personne qui habite cette planète » (LS 3) à entreprendre une conversion écologique. L’expression peut surprendre. Dans le langage chrétien, la conversion n’est pas d’abord une liste de nouvelles pratiques ou de bonnes résolutions. Elle est un retournement du cœur, une manière nouvelle de regarder Dieu, les autres et le monde. La Bible nous révèle justement que le premier regard porté sur la création est un regard admiratif et contemplatif « Dieu vit que cela était bon » (Gn 1). Cette contemplation divine nous apprend que la création n’est pas un objet à posséder, mais un mystère à accueillir, un don à fructifier, une promesse de vie confiée à notre responsabilité.
La conversion écologique commence peut-être là : redécouvrir que notre environnement est le berceau de notre existence. En prenant soin de notre milieu de vie, nous ne protégeons pas seulement la nature ; nous préservons ce qui permet à la vie humaine de s’enraciner, de grandir et de se transmettre. L’encyclique nous met cependant en garde contre une vision fragmentée des crises actuelles : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. » (LS 139). La blessure infligée à la terre atteint toujours quelqu’un. Un sol appauvri touche d’abord ceux qui vivent de l’agriculture. Une eau polluée menace les populations les plus fragiles. La disparition d’un paysage emporte parfois avec elle une mémoire, une culture, une manière d’habiter le monde. Prendre soin de la Création, c’est donc aussi prendre soin de l’être humain. La crise écologique est ainsi une crise spirituelle. Elle révèle une question profonde : quelle place voulons-nous occuper dans le monde ? Celle d’un propriétaire qui utilise tout selon son intérêt, ou celle d’un gardien qui reçoit un don et veille sur lui ? Le livre de la Genèse nous donne une réponse lumineuse : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder » (Gn 2, 15).
La conversion écologique n’est donc pas un appel à la peur. Elle est un appel à l’amour.
L’amour du Créateur qui nous confie son œuvre.
L’amour de la terre qui nous nourrit.
L’amour des plus fragiles qui souffrent davantage des déséquilibres écologiques.
L’amour des générations futures auxquelles nous voulons transmettre une maison commune vivante et accueillante.
Comme l’écrit le pape : « Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne » (LS 217).
L’écologie intégrale commence donc par une question simple, mais décisive : savons-nous encore aimer le monde que Dieu nous a donné ?
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