(ZENIT News / Rome, 13 septembre 2026) – Le mouvement catholique traditionaliste fera son retour à Rome en octobre 2026, mais son moment liturgique le plus marquant se déroulera hors de la basilique Saint-Pierre. La décision de ne pas autoriser la messe traditionnelle romaine à l’intérieur de la basilique du Vatican cette année a ravivé les interrogations quant à la manière dont le pape Léon XIV entend gérer l’un des héritages les plus délicats du pape François. Par ailleurs, un différend avec la Fraternité Saint-Pie-X à Assise démontre que l’ouverture de Rome aux catholiques traditionalistes a des limites canoniques bien définies.
Le 15ème pèlerinage international Summorum Pontificum, connu sous le nom d’Ad Petri Sedem, aura lieu du 23 au 25 octobre. Contrairement à l’année dernière, où les pèlerins avaient été autorisés à célébrer leur messe principale dans la basilique Saint-Pierre pour la première fois depuis 2022, la messe pontificale de cette année sera célébrée à 15h00 le 24 octobre dans la basilique papale Sainte-Marie-Majeure, sous la présidence de l’évêque Athanasius Schneider.
Cette distinction est importante. Les organisateurs n’ont reçu aucune interdiction d’accès à la basilique Saint-Pierre. Leur procession arrivera samedi matin, passera les contrôles de sécurité et se rassemblera à l’intérieur de la basilique à 13 h pour la prière. Ils n’ont cependant pas reçu l’autorisation d’y célébrer leur messe de pèlerinage.
D’après une lettre adressée aux organisateurs par la Nonciature apostolique, datée du 7 août, l’autorisation a été refusée spécifiquement « pour cette année », et non de manière permanente. Cette formulation laisse entendre qu’une demande ultérieure pourrait recevoir une réponse différente. Apparemment, les organisateurs avaient tenté à plusieurs reprises, au cours des mois précédents, d’obtenir l’autorisation de reconduire la célébration de 2025, en contactant la Maison pontificale en décembre, avril et juin, sans succès.
Ce changement est particulièrement significatif car l’autorisation accordée l’an dernier avait été interprétée, dans les milieux traditionalistes, comme un signe que Léon XIV pourrait modifier avec prudence la voie tracée sous le pontificat de François. Ce dernier avait considérablement restreint la célébration du Missel romain pré-Vatican II par son motu proprio Traditionis Custodes de 2021. À Saint-Pierre, des restrictions concernant les célébrations privées étaient déjà en vigueur depuis 2021 : les célébrations selon le Missel de 1962 étaient limitées à des horaires précis et à la chapelle Clémentine, située dans les grottes de la basilique.
Par conséquent, la décision de cette année ne constitue pas un revirement de la politique du pape François, mais n’y met pas non plus un terme définitif. Elle témoigne plutôt d’une approche plus réfléchie, dans laquelle la liturgie traditionnelle demeure possible dans des circonstances particulières, tandis que Rome conserve la maîtrise du lieu et des modalités de sa célébration.
Cette tension sera palpable dans un cadre particulièrement symbolique. Santa Maria Maggiore, où Schneider célébrera la messe principale, est aussi la basilique où François a choisi d’être inhumé. Pour les traditionalistes, cette juxtaposition revêt inévitablement un poids historique : le pèlerinage dédié à l’ancienne tradition liturgique célébrera sa messe centrale dans l’église même qui abrite aujourd’hui la dépouille du pape le plus étroitement associé à la restriction de cette tradition.
Néanmoins, le pèlerinage conservera son caractère typiquement romain. Mgr Schneider présidera les Vêpres pontificales à 18h30 le 23 octobre en la basilique Sainte-Marie-des-Martyrs, plus connue sous le nom de Panthéon. Le 24 octobre, la procession partira après le Rosaire en la basilique Saints-Celse-et-Julien et se dirigera vers la basilique Saint-Pierre. Le dernier jour, le 25 octobre, des messes seront célébrées à Saint-Jean-Baptiste-des-Fiorentins, à la Sainte-Trinité-des-Pèlerins et à Sainte-Anne-de-Latran.

La liturgie traditionnelle demeure possible dans des circonstances particulières, tandis que Rome conserve la maîtrise du lieu et des modalités de sa célébration
Les organisateurs ont exprimé leur déception de ne pouvoir retourner à Saint-Pierre pour la messe, mais ont également remercié Léon XIV et le cardinal Rolandas Makrickas, archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, d’avoir permis que la célébration s’y déroule. Ils ont inscrit leur pèlerinage dans l’espoir d’une « paix liturgique », une expression qui revêt une signification particulière sous un pape dont les premiers mots publics après son élection ont mis l’accent sur la paix.
Cependant, le traitement réservé par le Vatican aux pèlerins du Summorum Pontificum ne doit pas être confondu avec la position de l’Église à l’égard de la Fraternité Saint-Pie-X. L’épisode d’Assise illustre une approche canonique beaucoup plus stricte.
Le 6 septembre, des membres du district italien de la Fraternité Saint-François ont tenté de conclure leur pèlerinage annuel à la basilique Saint-François. L’accès à l’église leur a été interdit pour la célébration communautaire et la récitation du Credo, bien qu’ils aient pu y entrer individuellement et prier en petits groupes. Le supérieur du district, le père Gabriele D’Avino, a réagi en prononçant son discours de clôture à l’extérieur de la basilique et en dirigeant la récitation publique du Credo dans l’atrium. Cette confrontation fait suite à la sanction canonique imposée par le Vatican en juillet, après que la Fraternité a procédé à des ordinations épiscopales sans mandat papal, malgré les avertissements du Vatican. En conséquence, les membres de l’organisation n’ont plus le droit d’organiser de cérémonies ni de processions dans les églises catholiques et autres lieux de culte, même si ces restrictions n’empêchent pas la prière individuelle ni l’accès aux lieux de culte.
D’Avino a présenté la décision d’Assise comme la preuve de ce qu’il considère comme une incohérence : selon lui, les représentants religieux d’autres traditions seraient les bienvenus pour la prière publique dans la ville, tandis que les catholiques traditionalistes se verraient refuser une célébration communautaire. Ses propos reflètent la conviction de longue date de la Fraternité catholique d’incarner une continuité indéfectible avec la tradition catholique.
Mais la distinction canonique est cruciale. La Fraternité Saint-Pie-X occupe une position fondamentalement différente de celle des catholiques attachés à la liturgie romaine traditionnelle, qui demeurent au sein des structures canoniques de l’Église catholique. La controverse autour du pèlerinage d’octobre porte sur l’autorisation d’une célébration liturgique spécifique. La confrontation à Assise oppose une organisation déjà sous le coup de sanctions canoniques sévères suite à des ordinations épiscopales non autorisées.
Pris ensemble, ces deux épisodes offrent une perspective plus nuancée qu’une prétendue « ouverture » du Vatican aux traditionalistes ou qu’une simple continuation des restrictions imposées par François. Sous le pontificat de Léon XIV, les catholiques traditionalistes pouvaient encore organiser un grand pèlerinage international, entrer dans la basilique Saint-Pierre pour prier et célébrer la liturgie traditionnelle dans une basilique papale. Parallèlement, Rome affirme clairement que l’accès aux lieux catholiques importants et l’exercice du ministère ecclésiastique public restent soumis à l’autorité de l’Église.
La question n’est donc peut-être pas tant de savoir si Léon XIV est « pour » ou « contre » la messe traditionnelle en latin, mais plutôt s’il peut empêcher que la controverse liturgique ne devienne une nouvelle source de division au sein de l’Église. Le choix des mots dans la lettre du Vatican d’août – « cette année » – ne laisse ni la porte totalement ouverte ni définitivement fermée.
Pour les traditionalistes qui arriveront à Rome en octobre, cette ambiguïté pourrait bien être le message le plus significatif : la recherche de la paix liturgique se poursuit, mais elle se déroulera dans des limites que Rome entend encore définir.
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