Mgr Roberto Campisi © Mission permanente du Saint-Siège à l'UNESCO

Mgr Roberto Campisi © Mission permanente du Saint-Siège à l'UNESCO

Le pape à l’UNESCO : Interview de l’observateur permanent du Saint-Siège

Mgr Roberto Campisi : « Le Saint-Siège et l’UNESCO partagent la certitude qu’une paix véritable se prépare dans la durée »

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Diplomate et canoniste italien, Mgr Roberto Campisi est depuis septembre dernier l’observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. À ce titre, il accueillera le pape Léon XIV le 25 septembre prochain au siège de l’institution, à Paris.

L’observateur permanent auprès de l’UNESCO a un rôle de représentation continue du Saint-Siège. Il porte la « voix » de l’Église et a une mission de « veille éthique » pour que la dignité de la personne humaine soit respectée. Son travail tend également à favoriser le dialogue entre les peuples et la paix, ainsi que la préservation du patrimoine religieux universel.

Zenit : Le pape Léon XIV sera au siège de l’UNESCO le vendredi 25 septembre prochain. En quoi cette visite vous semble-t-elle particulièrement importante ? 

Mgr Roberto Campisi : Elle est importante tout d’abord par sa dimension historique. 46 ans après le discours de saint Jean-Paul II en 1980, Léon XIV sera le deuxième pape à se rendre au siège de l’UNESCO. Il s’adressera à une institution qui réunit les peuples autour de domaines essentiels pour l’avenir de l’humanité : l’éducation, la culture, les sciences, la communication et la protection du patrimoine.

Mgr Campisi présentant ses lettres de créance au directeur général de l'UNESCO, Khaled El-Enany, 18 décembre 2025 © Mission permanente du Saint-Siège à l'UNESCO

Mgr Campisi présentant ses lettres de créance au directeur général de l’UNESCO, Khaled El-Enany, 18 décembre 2025 © Mission permanente du Saint-Siège à l’UNESCO

Cette étape coïncide également avec les priorités que le Saint-Père porte depuis le début de son pontificat. La paix, la dignité de la personne, l’éducation des jeunes et la responsabilité humaine face aux nouvelles technologies sont au cœur de son magistère. L’UNESCO offre un espace privilégié pour faire entendre ces convictions au sein de la communauté internationale, par-delà les différences politiques, culturelles ou religieuses.

Cette visite manifeste enfin l’importance que le Saint-Siège attache au dialogue multilatéral. Dans une période où la confiance entre les nations est fragilisée, la présence du pape rappelle que la coopération internationale demeure indispensable. Les grandes difficultés de notre époque exigent des États une volonté commune et un dialogue constant qu’aucun ne saurait diriger seul.

Zenit : Peut-on donc dire que les priorités du pape rejoignent de très près celles de l’UNESCO, en matière de dignité humaine et d’attention aux plus vulnérables ?

Mgr R. Campisi : Dès les premières paroles qu’il a prononcées le jour de son élection, le pape Léon XIV a appelé à une paix « désarmée et désarmante », humble et persévérante. Cela suppose de renoncer à la logique de la domination, de désarmer les mots, les comportements et les consciences, et de rebâtir la confiance entre les personnes et entre les peuples.

Il existe donc, de ce point de vue, une convergence profonde avec la mission de l’UNESCO. Le Saint-Siège et l’UNESCO partagent la certitude qu’une paix véritable se prépare dans la durée et qu’elle tient à la manière dont nous éduquons les jeunes, respectons les cultures et servons la dignité humaine.

Cette convergence apparaît également dans l’attention portée aux personnes les plus fragiles : les enfants privés d’éducation, les populations touchées par les conflits, les migrants, les personnes victimes de discriminations ou de la fracture numérique, ainsi que les communautés dont le patrimoine et la mémoire sont menacés.

Zenit : Quels travaux actuels de la Mission permanente souhaiterez-vous partager avec le Saint-Père lors de sa venue ?

Mgr R. Campisi : Le Saint-Siège suit de près l’activité de la Mission permanente. Notre rôle consiste à suivre les travaux de l’Organisation et à y porter la contribution du Saint-Siège, en rappelant que les décisions prises doivent toujours prendre en compte leurs conséquences concrètes pour la personne humaine.

L’intelligence artificielle occupe aujourd’hui une place importante dans notre travail. Nous cherchons à promouvoir une approche qui accueille les possibilités offertes par l’innovation, tout en affirmant la responsabilité humaine, la liberté, la justice et la protection des plus fragiles. Nous suivons également les réflexions relatives à la bioéthique et à l’écologie, toujours dans la perspective d’un développement humain intégral. 

La venue du Saint-Père sera donc l’occasion de donner une visibilité particulière à ce travail quotidien. Elle rappellera que l’engagement du Saint-Siège auprès de l’UNESCO s’inscrit dans une présence ancienne, constante et tournée vers le dialogue. 

Zenit : En avril dernier, vous avez alerté sur la destruction alarmante des lieux de culte et de culture dans différents pays. Est-ce que la venue du pape pourra appuyer cet appel urgent à la protection du patrimoine religieux universel ?

Mgr R. Campisi : Je l’espère profondément. La destruction d’un lieu de culte, d’un monument, d’une bibliothèque ou d’un site archéologique atteint bien plus qu’un édifice : elle porte atteinte à la mémoire d’un peuple, à sa liberté religieuse et, souvent, aux conditions mêmes d’une future réconciliation.

48e session du Comité du patrimoine mondial à Busan en Corée du Sud, 21 juillet 2026 © x.com/HolySeeatUNESCO

48e session du Comité du patrimoine mondial à Busan en Corée du Sud, 21 juillet 2026 © x.com/HolySeeatUNESCO

Dans plusieurs conflits contemporains, les biens culturels et religieux sont devenus des cibles. Leur destruction peut être utilisée pour effacer la présence historique d’une communauté, nier son identité ou rendre plus difficile son retour. C’est pourquoi leur protection ne doit pas être considérée comme une question secondaire. Le patrimoine fait partie de la vie des communautés et de leur droit à transmettre leur histoire aux générations futures. 

La parole du pape pourra donner une autorité morale supplémentaire à cet appel et souligner le caractère universel du patrimoine religieux. Une église, une mosquée, une synagogue, un monastère ou un cimetière peuvent appartenir à une communauté déterminée, mais leur valeur culturelle et spirituelle concerne l’humanité tout entière. 

Je souhaite aussi que cette visite renforce l’engagement de la communauté internationale en faveur du respect des conventions existantes, de la prévention des destructions, de la lutte contre le trafic illicite des biens culturels et de la documentation des atteintes au patrimoine. Elle pourra également rappeler qu’aucune considération militaire, politique ou idéologique ne justifie l’effacement de la mémoire et de l’identité d’un peuple.

Zenit : Vous sentez-vous personnellement écouté par les instances internationales lors des réunions ? Et de quelle manière concrète arrivez-vous à insuffler aux États membres les valeurs de l’Évangile ? 

Mgr R. Campisi : Oui, je me sens écouté et j’y vois presque un petit miracle diplomatique ! Le Saint-Siège est sans doute la seule délégation dont la voix porte sans qu’elle ait ni vote à faire valoir, ni marché à défendre. Notre présence est appréciée parce qu’elle cherche à favoriser le dialogue et à proposer une réflexion libre de tout intérêt national, économique ou stratégique, même si elle se distingue parfois des positions exprimées au sein de l’Organisation.

Le pape sera le 25 septembre au siège de l'UNESCO à Paris © X.Com/HolySeeatUNESCO

Le pape sera le 25 septembre au siège de l’UNESCO à Paris © X.Com/HolySeeatUNESCO

Concrètement, nous intervenons dans les débats, nous participons aux négociations et nous rencontrons les représentants des États membres ainsi que les responsables de l’UNESCO. Nous cherchons à rappeler que derrière les formulations techniques, les normes et les programmes, se trouvent toujours des personnes humaines. 

La contribution du Saint-Siège consiste donc à poser certaines questions essentielles : ce progrès est-il au service de tout l’homme et de tous les hommes ? Protège-t-il les plus fragiles ? Respecte-t-il la liberté et la conscience ? Favorise-t-il la justice, la fraternité et la paix ?

Les valeurs que nous portons puisent dans l’Évangile, mais elles rejoignent ce que toute grande tradition humaniste et spirituelle reconnaît : la dignité de chacun, l’attention aux plus faibles, la fraternité. Elles se reconnaissent moins à des mots qu’à une manière de dialoguer, d’écouter et de rechercher le bien commun, dans le souci de tisser des liens, et dans la certitude que toute personne et tout peuple ont leur place.

Zenit : Enfin, quelle avancée concrète pourrait-on espérer suite à la venue du pape au siège de l’UNESCO ? 

Mgr R. Campisi :  Cette avancée pourrait tenir en un mot : la mobilisation ! Une visite du souverain pontife ne prétend pas se substituer au travail patient des institutions elles-mêmes ; mais elle lui donne une impulsion, permet de réaffirmer les principes, oriente et ouvre à de nouvelles convergences. Je forme le vœu que cette visite suscite des collaborations durables dans les domaines de l’éducation, de la culture, de l’éthique de l’intelligence artificielle et de la protection du patrimoine.

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Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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