Première publication le 3 septembre 2026 par Cathobel
Par Clément Laloyaux
Dans trois semaines, Fosses-la-Ville résonnera au son des fifres,tambours et pas cadencé des compagnies. Après sept ans d’attente, la Marche Saint-Feuillen cuvée 2026 s’apprête à rassembler quelque 3.000 marcheurs en uniformes. La Septennale connaîtra son apogée lors de la procession du dimanche 27 septembre. Le doyen du Val de Sambre nous en dessine les contours, avec une question en fil rouge : au-delà du folklore, quelle place pour la foi dans la Marche ?
La Marche Saint-Feuillen de Fosses-la-Ville est l’un des plus anciens et des plus grandioses folklores de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Elle est également la seule des marches sambro-mosanes à n’avoir lieu que tous les sept ans, renforçant son caractère exceptionnel. Un cycle septennal respecté depuis 1837.
Le point d’orgue des festivités survient le dernier dimanche de septembre, appelé le Grand Jour. Après sept années d’attente, Fosses-la-Ville entre alors dans une effervescence unique et voit défiler une grande procession en l’honneur de son saint patron, saint Feuillen, escortée par des milliers de marcheurs en armes. Dès 4h du matin, les compagnies arrivent de toutes parts, colorant les rues de leurs uniformes et faisant vibrer la cité au rythme des fifres et des tambours.
Cette année, la procession septennale aura lieu le dimanche 27 septembre. Outre les 3.000 marcheurs, près de 20.000 spectateurs sont attendus. Mais derrière la fête et le folklore, quelle place la foi et la dévotion à saint Feuillen occupent-elles encore dans la Marche ? Nous avons posé la question à l’abbé Francis Lallemand, doyen du Val-de-Sambre, qui connaît la Septennale de l’intérieur, pour y avoir participé en 2019, lors de sa précédente édition.
*Installé doyen de Fosses-la-Ville en 2016, l’abbé Francis Lallemand a par la suite vu son doyenné intégrer le nouveau doyenné du Val-de-Sambre, dont il est également devenu le doyen. Fosses est aujourd’hui un secteur pastoral du doyenné du Val-de-Sambre.
Quelle place pour l’aspect religieux dans la Marche ?

« Il y a un quand même un rappel assez intense qui est fait auprès des marcheurs que ce n’est pas seulement une marche folklorique » assure-t-il. « Les adjudants des compagnies font passer le message dans les rangs : les marcheurs doivent marcher avec dignité, avec la dignité de ceux qui accompagnent des saints en procession. ».
Historiquement, lorsque la procession religieuse s’est accompagnée d’une escorte militaire au XVIe siècle, celle-ci avait notamment pour fonction de rendre les honneurs au saint patron. Une dimension qui, selon l’abbé Francis Lallemand, continue d’être transmise aujourd’hui : « C’est un travail de sensibilisation, de perpétuation de la mémoire, qui est assuré par les officiers de toutes les compagnies. »
Autre moment fondamental : le dimanche avant la Marche a lieu la bénédiction des armes. Les compagnies se rassemblent dans la collégiale de Fosses, et le prêtre bénit les armes et les marcheurs. Là encore, ce rituel vient rappeler que la Marche est avant tout un acte de foi.
Et le clergé ? A-t-il encore une place de prédilection dans le cortège ? « Oui, tous les prêtres qui s’occupent de Fosses marchent derrière la statue de saint Feuillen, aux côtés de la confrérie fossoise du même nom. Cette année, on pourra même compter sur la participation d’un ancien doyen qui sera de retour pour l’occasion ! »

À Fosses, les agriculteurs portent les reliques

Non loin du clergé et des confréries, sont portées les reliques de saint Feuillen, véritable coeur spirituel de la procession. Elles sont contenues dans un buste-reliquaire et dans une châsse, et portées sur les 12 km du parcours. Contrairement à d’autres marches, ce ne sont pas les soldats qui portent les reliques à Fosses, mais les agriculteurs. Ce privilège rappelle le rôle historique de la Marche dans la vie agricole : demander des récoltes favorables et protéger les terres.
Cette année, les reliques du saint patron seront encore plus mises en avant, nous confie le doyen : « J’ai moi-même demandé que les reliques qui sont emmenées en procession soient mieux mises en valeur, notamment lors des moments d’escales, de haltes, pour rappeler aux marcheurs que c’est pour elles qu’ils marchent. La dernière fois, elles étaient un peu garées comme ça, n’importe où. »
Toujours lors du Grand Jour, le Saint-Sacrement sera exposé dès 8 heures devant la collégiale. Une présence eucharistique qui sera toutefois plus discrète que par le passé : « Il y avait autrefois une procession eucharistique qui se déroulait en même temps, relate L’abbé Lallemand. Désormais, ça se limite à une exposition du Saint-Sacrement. On ne processionne plus avec le Saint-Sacrement tout au long de la Septennale, c’est fini ça ».
Une dévotion populaire qui rassemble toujours
Alors qu’on entend que le catholicisme est en crise, que les églises sont désertées et que la pratique religieuse est en déclin, la Septennale de Saint-Feuillen s’apprête, elle, à attirer les foules. Comme noté précédemment, près de 20.000 spectateurs sont attendus à Fosses-la-Ville pour le Grand Jour. Une affluence qui montre que la foi parle encore aux gens.
« Oui, une certaine foi… » nuance l’abbé Lallemand. Il souligne néanmoins que « la Septennale a ce mérite de fédérer une population plus large que Fosses, puisqu’il y a des compagnies invitées d’un peu partout. » En effet, dans la documentation que nous a fournie l’organisation de la Marche, on compte plus de vingt compagnies qui ont répondu présent : de Fosses même, des villages de son entité, mais aussi de l’extérieur, notamment Floreffe, Mettet, Malonne, Walcourt et Châtelet.

Au programme de la Septennale : veillée d’armes, messe avec l’évêque et retraite aux flambeaux !
Comme l’illustre la bénédiction des armes, la Septennale ne se résume pas au seul Grand Jour du 27 septembre. D’autres rendez-vous religieux jalonnent les jours qui le précèdent et le suivent, permettant aux paroissiens et aux pèlerins de vivre les festivités autrement.
La veillée d’armes, le samedi 19 septembre
Lorsque les reliques de saint Feuillen sont sorties de leurs alcôves, chaque compagnie se relaie pour monter une garde d’honneur. Les pèlerins sont invités à venir se recueillir auprès du saint patron, dans une atmosphère solennelle et intime.
Messe pontificale et retraite aux flambeaux, le samedi 26 septembre
L’abbé Lallemand se réjouit de pouvoir compter sur la présence de Mgr Fabien Lejeune, évêque de Namur, pour présider la messe de la veille au soir. À 18h, la messe pontificale solennelle des pèlerins en l’honneur de saint Feuillen sera célébrée à la Collégiale, en présence des autorités religieuses et des élus.
À la tombée du jour, aux alentours de 19h, place à la retraite aux flambeaux. Marcheurs et participants parcourront les anciens remparts de la ville à la lueur des torches, au rythme des tambours. Une procession nocturne qui symbolise le rassemblement de toute une communauté.
Tour des pèlerins, le samedi 3 octobre
Une semaine après le Grand Jour, le Tour des pèlerins prolonge la marche dans une dimension plus intime et spirituelle. Il met l’accent sur la prière, le recueillement et la fidélité à la tradition. Il rappelle le sens originel des processions, tournées vers la protection et la grâce.

Le « vœu de septennat » : un serment entre la commune et le clergé
Depuis plusieurs centaines d’années, un serment est prêté entre la commune et le clergé pour renouveler la Saint-Feuillen tous les sept ans. « Le 16 août dernier, la collégiale Saint-Feuillen était comble pour accueillir la cérémonie de renouvellement du « Vœu de septennat », témoigne l’abbé Francis Lallemand.
Mais qu’est-ce que cela implique pour la commune de formuler ce voeu ? « Ça veut dire que les autorités s’engagent à collaborer à l’organisation de la Saint-Feuillen à sa manière, notamment sur le plan logistique, policier, l’encadrement… Le bourgmestre reçoit également les compagnies et leurs officiers. C’est l’occasion de montrer que tous les feux sont au vert. »
Une belle tradition collective, qui résonne singulièrement à l’heure où les liens entre pouvoirs publics et religion, notamment autour du Te Deum, sont questionnés.

Pourquoi saint Feuillen est-il célébré à Fosses ?
Moine irlandais du VIIe siècle, Feuillen quitte son pays natal dans un esprit missionnaire, pour évangéliser l’Europe. Après un passage en Angleterre, il rejoint le continent et arrive à Nivelles, où il est accueilli par des figures importantes de l’époque : Itte, Gertrude et Grimoald.
Vers 650, il fonde un monastère au bord de la rivière Bebrona, l’actuelle Biesme. C’est ce monastère qui donnera naissance à la ville de Fosses. Après son assassinat en 655, son corps est ramené à Fosses pour y être inhumé. Très vite, un culte se développe autour de ses reliques et les habitants invoquent leur saint patron pour les protéger des maladies, des intempéries ou encore pour obtenir de bonnes récoltes. Les premières processions apparaissent dès le Moyen Âge, la plus ancienne mentionnée dans les archives remontant à 1086.
Plus de treize siècles plus tard, cette relation entre Fosses et son saint patron continue donc de s’exprimer dans les rues de la cité. Et c’est le message que le doyen aimerait faire passer au public : « Que l’héritage que saint Feuillen a laissé ne soit pas qu’un héritage pour le passé, mais qu’il ouvre des pistes pour l’avenir de la foi et de la vie à Fosses-la-Ville. »
👉 Découvrez le programme et toutes les infos pratiques sur www.saintfeuillen.org/

