À Saint-Marin, le pape Léon XIV a appelé à une liberté fondée sur la dignité humaine, la conscience et la recherche du bien commun, invitant la petite République à être un « laboratoire » de bonne politique et de paix.
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Discours du Saint-Père
Messieurs les Capitaines Régents,
illustres autorités,
je suis très heureux de visiter votre pays, qui détient le record d’être la plus ancienne république du monde, avec une tradition remontant au début du IVe siècle. Je remercie de tout cœur les Capitaines Régents pour leur aimable invitation et pour l’accueil qui m’a été réservé, dont témoignent également les paroles qu’ils m’ont adressées au nom de tous les citoyens. Ma visite s’inscrit dans le sillage de celles de saint Jean-Paul II, en 1982, et de Benoît XVI, en 2011, et vise à confirmer le lien profond qui unit le Titano au Siège apostolique. Un lien ancien en raison de leur longue coexistence historique, mais en même temps récent si l’on considère qu’il y a à peine un siècle, en avril 1926, les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Sérénissime République de Saint-Marin ont été officialisées.
Au cours de sa longue histoire, votre République a donné une actualité pérenne aux paroles que l’on pourrait définir comme le testament spirituel de son Fondateur et qui ont été rappelées tout à l’heure : « Relinquo vos liberos ab utroque homine », dont la synthèse apparaît clairement dans la devise Libertas. Un seul mot, mais quelle densité ! Dans le contexte de l’histoire d’un peuple et d’un État, il exprime certainement l’aspiration à l’autodétermination, à ne pas dépendre d’autres autorités politiques. Mais, en même temps, Libertas signifie bien plus encore, et c’est sur ce point que je voudrais m’arrêter brièvement avec vous.
Tout d’abord, je tiens à souligner qu’il n’y a pas de véritable liberté civile sans liberté personnelle, c’est-à-dire sans le respect et la promotion de la dignité de la personne humaine, dont la liberté est une composante essentielle. Cette liberté est donnée et garantie, en dernière analyse, par Dieu, dont la voix résonne dans la conscience de chaque être humain.
Promouvoir la liberté implique de défendre les espaces de la conscience. Et ici, nos pensées vont aux nombreux hommes et femmes qui, à toutes les époques et en tous lieux, sont des martyrs de la liberté parce qu’ils témoignent précisément de la primauté de la conscience. Solidement ancrés dans la recherche de la vérité, ils sont pleinement responsables de leurs propres décisions et donc libres de tout lien autre que celui, propre à la créature, qui les lie à Dieu. Saint Thomas More, patron des gouvernants et des hommes politiques, en est un exemple. Aujourd’hui encore, dans de nombreuses régions du monde, il ne manque pas de personnes qui restent fidèles à leur conscience même dans des contextes de grande adversité, témoins de la vraie liberté, celle qui découle du fait d’être fils et filles de Dieu. C’est avec admiration que nous exprimons notre solidarité à tous ceux qui, en ce moment même, paient de leur personne pour ne pas avoir trahi leur conscience.
De plus, la liberté se réalise dans le don, dans la communion, dans la rencontre et dans le dialogue. Elle est comme une plante qui grandit et produit des branches et des feuilles pour offrir à tous de l’oxygène, de l’ombre, un parfum, des fruits et de nouvelles graines. Et comment pourrait-il en être autrement, puisqu’elle jaillit de la source qu’est l’Amour Un et Trine ? Cette référence théologique peut peut-être sembler excessive, mais je crois qu’elle est nécessaire aujourd’hui, face à l’idolâtrie qui sape à la racine ces projets politiques et économiques qui se présentent au nom de la liberté, mais qui, en réalité, sont esclaves des idoles et du pouvoir.
Dans la vision chrétienne, la liberté et la communion vont de pair ou périssent ensemble. De nombreux saints et saintes ont lancé des expériences de vie communautaire dans lesquelles les personnes expriment leur liberté par l’obéissance à une règle fondée sur l’Évangile. Dans votre cas, le fait qu’à l’origine de votre communauté se trouvent des hommes comme Saint-Marin et Saint-Léon, que l’on peut qualifier de bâtisseurs de cités libres et pacifiques, est toujours particulièrement intéressant. Leur œuvre peut être interprétée à la lumière de l’image biblique de la reconstruction de Jérusalem, rendue possible par le prophète Néhémie. C’est cette image « positive », opposée à celle de la tour de Babel, qui guide la réflexion de l’encyclique Magnifica humanitas (cf. n° 8). L’œuvre de Néhémie est animée par la prière, elle implique les familles et tout le peuple, elle tisse des liens avant même de poser les pierres ; son style est celui de la communion, et non de l’uniformité, « l’harmonie qui naît lorsque chacun assume sa part et que tout le peuple reconnaît que sa force vient du Seigneur » (ibid.). C’est ainsi que j’aime à concevoir l’œuvre entreprise par vos fondateurs, qui se reflète bien dans le travail acharné et l’ingéniosité de ce peuple et de cette terre.
Libertas, pour vous, signifie aussi un engagement sans faille en faveur d’une participation active et positive à la construction de la paix. À cet égard, j’exprime ma vive reconnaissance et je trouve une résonance particulière avec l’attitude du Saint-Siège. C’est pourquoi nous partageons la même estime pour la diplomatie et le multilatéralisme, en tant que voies privilégiées pour cultiver les relations internationales et promouvoir l’entente entre les nations. « Contre les communications impulsives, les rhétoriques agressives et les logiques de puissance qui marquent notre époque, la vocation de la diplomatie est de favoriser le dialogue avec tous, y compris les interlocuteurs considérés comme les plus « gênants » ou qui ne se jugeraient pas légitimes pour négocier, en faisant preuve d’une humilité et d’une patience sans limites pour retisser les signes les plus ténus de bonne volonté entre les parties en conflit, afin d’engager un processus de pacification » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, 224).
Mesdames et Messieurs, cette visite – à l’instar de ce qui s’est passé dans la Principauté de Monaco – m’invite à souligner la valeur particulière d’un petit État, «à taille humaine», où il est possible de faire l’expérience d’une politique proche des besoins des citoyens et, par conséquent, d’une démocratie plus efficace, d’autant plus si elle est également animée par l’inspiration chrétienne. C’est pourquoi la République de Saint-Marin peut être un « laboratoire » de bonne politique, où, sans déroger à la laïcité de l’État, on peut puiser dans les principes de la doctrine sociale catholique : la recherche du bien commun, la destination universelle des biens, l’harmonie entre subsidiarité et solidarité, la justice sociale (cf. ibid., 59-81). Cet engagement apparaît aujourd’hui encore plus précieux, au moment où l’accord d’association avec l’Union européenne est sur le point d’entrer en vigueur et où votre République se trouvera à entretenir des relations stables, bien que particulières, avec une réalité complexe, qui pourra grandement bénéficier de votre contribution.
Pour aller encore plus loin, l’objectif principal à poursuivre dans ce « laboratoire » est le souci de l’humain. Une communauté comme la vôtre, en effet, à la fois riche en valeurs traditionnelles et en phase avec son temps sur le plan technologique, peut poursuivre efficacement cet objectif, grâce à une attention qui se traduit par la protection de toute vie, à chaque étape de son parcours, de la conception à la mort naturelle. « La qualité d’une civilisation ne se mesure pas à la puissance de ses moyens, mais à l’attention qu’elle sait offrir, à sa capacité à reconnaître l’autre comme un visage et non comme une fonction. La capacité à prendre soin les uns des autres est une dimension importante de notre humanité. […] La technologie peut également soutenir l’entraide entre les personnes, par exemple en offrant des outils qui aident à anticiper et à s’organiser, mais sans priver l’être humain de sa liberté et de son jugement, lui qui est sujet des relations et responsable de ses décisions » (ibid., 114).
Cette attention portée à l’autre est apparue comme une caractéristique distinctive de l’histoire de Saint-Marin dès ses débuts. Comme cela a été souligné, elle s’est manifestée dans la tradition d’accueil, qui n’a jamais failli au fil des siècles envers ceux qui souffrent et traversent des épreuves. Récemment, elle s’est manifestée par le soutien et l’hospitalité apportés au peuple ukrainien, en particulier au début du conflit, ainsi que par l’engagement en faveur du droit international humanitaire à un moment historique où celui-ci semble quotidiennement bafoué, voire piétiné.
Cette sensibilité est également le fruit de la tradition chrétienne de ce pays et de la collaboration constante et positive entre les autorités politiques et l’évêque dans la recherche du bien commun. Je vous suis donc particulièrement reconnaissant de cet engagement et de ce témoignage, et je vous encourage tous – dirigeants, citoyens et communauté ecclésiale – à poursuivre cet engagement courageux et visionnaire en faveur de la dignité de chaque personne humaine et du bien commun. À chacun d’entre vous, je renouvelle l’expression de ma joie pour cette visite en République de Saint-Marin et j’invoque sur vous tous la bénédiction du Seigneur.
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Salutation du Saint-Père aux fidèles rassemblés sur la place depuis le balcon du Palais public
Bonjour ! Bonjour à tous ! Je vous remercie sincèrement pour votre accueil, en cette très belle journée ! Je suis vraiment heureux d’être ici avec vous, de vous saluer, de profiter de la beauté, de l’histoire, de la tradition et de la foi de ce grand peuple de Saint-Marin.
Mes meilleurs vœux à vous tous : puissiez-vous toujours vivre dans une liberté authentique, dans la liberté authentique en Jésus-Christ, dans la vérité, et puissiez-vous toujours être unis dans cet esprit d’accueil. Mes meilleurs vœux à tous !
Traduction réalisée par ZENIT
