Selon la Tradition immémorielle, la liturgie trace au peuple chrétien un itinéraire spirituel pour sa sanctification et le salut du monde. Elle est l’âme de la pastorale de l’Église et elle structure son Corps qui naît du sacrifice du Christ en Croix. Le culte eucharistique oriente l’attention, tant du peuple que du ministre, vers le Christ Soleil levant. Le culte eucharistique se prolonge au-delà de la messe dans l’adoration du Saint-Sacrement, rendant profondément active la participation des fidèles laïcs demandée par le Concile. A-t-on compris ainsi la vie liturgique de l’Église ?
IV. Développement de la vie liturgique dans le diocèse et la paroisse
En cette section est confirmée et précisée la territorialité hiérarchique traditionnelle de l’Église qui n’a d’ailleurs jamais été remise en cause. Son principe est développé à l’article 41 : « L’évêque doit être considéré comme le grand prêtre de son troupeau ; la vie chrétienne de ses fidèles découle et dépend de lui en quelque manière. C’est pourquoi tous doivent accorder la plus grande estime à la vie liturgique du diocèse autour de l’évêque, surtout dans l’église cathédrale. »
L’article 42 permet de situer le curé par rapport à l’évêque, puisque le texte évoque la nécessité des paroisses : « Comme l’évêque dans son église ne peut présider en personne à tout son troupeau … il doit nécessairement constituer des assemblées de fidèles parmi les lesquelles les plus importantes sont les paroisses organisées localement sous un pasteur qui tient la place de l’évêque ». À une époque où les moyens de transport ont rendu l’évêque plus proche à son troupeau, l’autonomie d’une paroisse vis-à-vis du diocèse ne résulte plus d’une nécessité géographique. Néanmoins, « il faut travailler à ce que le sens de la communauté paroissiale s’épanouisse, surtout dans la célébration communautaire de la messe dominicale. »
V. Développement de la pastorale liturgique
Le Concile, à l’article 43, voit dans la « restauration » liturgique une action particulière de l’Esprit Saint. Fort heureusement, cela ne l’empêche pas de définir à l’article suivant ce que doit être une Commission liturgique nationale. L’article 44 stipule que « elle aura le concours d’hommes experts en sciences liturgiques, en musique sacrée en art, sacré et en pastorale. Cette commission, dans la mesure du possible, sera aidée par un Institut de pastorale liturgique, composé de membres parmi lesquels on admettra, si c’est utile, des laïcs compétents en cette matière. »
N’étant pas moi-même spécialiste en liturgie, j’ai souvent recours à eux, et je m’aperçois qu’ils ne sont pas si nombreux qu’ils le prétendent, en France du moins, et c’est fort dommage pour un pays qu’il faut complètement réévangéliser ! La liturgie joue un rôle capital, surtout quand les fidèles négligent la lecture et écoutent quelquefois distraitement l’homélie. Le Concile était bien conscient de la diminution du nombre de pratiquants, puisque tout en prévoyant une commission nationale, il en demande une dans chaque diocèse, tout en concédant à l’article 45 que plusieurs diocèses puissent réunir leurs forces.
L’article 46 ajoute une commission de musique sacrée et une autre d’art sacré, pouvant elles-aussi être interdiocésaines. Sage mesure, car en demandant une participation plus active des fidèles, le Concile allait servir de prétexte à certains pour faire d’autorité des choses qu’il ne demandait pas : on allait supprimer complètement le latin et donc devoir écrire et composer de nouveaux chants en langues vernaculaires. On a répandu l’idée que célébrer face au peuple rapprochait le célébrant des fidèles et que c’était dans « l’esprit du Concile » (on employait déjà cette expression qui fera fortune, car on l’emploie toujours faute de textes à invoquer).
Donc, la perspective de nouveaux autels à construire se dessinait. Enfin, toujours dans l’esprit de se rapprocher des fidèles, les prêtres dans leur tenue journalière, en dehors de l’église, ne portèrent plus d’habits distinctifs, et dans l’église voulurent donner des signes de sobriété dans « l’esprit du Concile ». Ce qui se traduisit par de nouvelles chasubles ou leur suppression, de nouvelles aubes, de nouveaux vases liturgiques, et là on passa des métaux précieux à la terre cuite, interdite depuis 2004.
La demande de création des commissions précitées était donc nécessaire, il n’y a pas de cours d’art sacré dans les séminaires et facultés de théologie. La vocation sacerdotale, comme ses différentes formes d’accomplissement, n’est pas obligatoirement accompagnée de dons dans ce domaine. Je n’ai pas le sentiment, pour la France du moins, que ces commissions aient toujours correctement fonctionné et que pour les édifices, classés ou simplement à l’inventaire des monuments historiques, on ait toujours écouté les architectes spécialistes de ces bâtiments. Depuis 1905 surtout, il existe des règles précises sur ces questions. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire !
Chapitre II : Le mystère de l’Eucharistie
Le banquet pascal, fruit de la Passion du Christ et de sa mort sur la croix
Ce chapitre commence en référant dès l’article 47 la liturgie de la messe à son origine qui est le mystère pascal. Les premiers mots sont importants parce qu’ils résolvent un faux dilemme soulevé à propos de la célébration, en particulier de son orientation : ad orientem vs. « face au peuple », problématique esquissée plus haut. Voici ce que dit le texte : « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang, pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles jusqu’à ce qu’il vienne… ». Ce qui est mis en avant c’est bien le sacrifice, qualifié plus loin de « mémorial (confié à son Église) de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné. »
L’idée du banquet fraternel n’est pas exclue, mais elle est secondaire par rapport au sacrifice, puisque qu’elle est fondée sur lui. S’il fallait une preuve supplémentaire, j’ajouterais que seuls les baptisés peuvent participer à l’Eucharistie. En leur appliquant les mérites du sacrifice de la croix, celle-ci fait grandir en eux le nouvel Adam, né au baptême, et augmente la fraternité en Jésus-Christ.
Quant à l’article 48 qui traite de la participation active des fidèles, il est on ne peut plus clair. Après avoir dit que « l’Église se soucie d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l’action sacrée ». Un peu plus loin, il est dit que le Concile souhaite « qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi ensemble avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux pour que, finalement, Dieu soit tout en tous. »
La dimension sacrificielle de la messe est donc bien affirmée, alors qu’il n’est écrit nulle part que le prêtre doive faire face aux fidèles quand il se trouve à l’autel. Affirmer que c’était la pratique des premiers chrétiens est difficile et très contestable. Y ajouter la question de l’orientation de certaines églises à Rome relève du casse-tête ! Un exemple : la basilique vaticane de Saint-Pierre n’est pas orientée géographiquement. L’abside est à l’ouest, parce qu’elle est construite au-dessus du tombeau de saint Pierre. Cet emplacement a primé sur l’orientation symbolique. À l’autel, l’officiant se trouvait tourné vers l’est, face au peuple, qui nécessairement devait l’être aussi. Aussi étonnant que cela puisse sembler : lors du canon, dans les basiliques romaines non orientées, les fidèles, tournés vers l’est, devaient probablement tourner le dos à l’officiant ! Même cas à Saint-Paul-Hors-les-Murs. En fait, il semble bien que ce soit la construction de l’abside à l’est, un peu partout, du 8e au 12e siècle, qui ait importé la célébration ad orientem. Mais aucun pape, ni aucun concile n’ont imposé quoique ce soit, pas plus que Vatican II aurait imposé la célébration face au peuple.
C’est pourquoi je me range complètement derrière l’avis de Benoît XVI qui, comme de nombreux prêtres et fidèles, a été témoin d’abus liturgiques scandaleux, pour revenir à la célébration séculaire ad orientem. Cette orientation a le mérite de placer le sacrifice la croix comme sens premier au centre de la messe, sans pour autant supprimer le banquet fraternel. Au contraire, revenir à l’orientation traditionnelle montrerait clairement que le banquet découle du sacrifice. Être tous tournés vers le Crucifié manifesterait bien que nous recevions l’interprétation que fait l’Évangéliste saint Jean du coup de lance : l’eau et le sang qui coulent du côté ouvert du Sauveur, symbolisant le Baptême et l’Eucharistie, fondent la communauté fraternelle de l’Église et lui permet de célébrer par un banquet son unité avec lui. Je pense qu’aujourd’hui, beaucoup de prêtres et de laïcs sont prêts à entendre cela.
La participation des fidèles aux saints mystères
L’article 49 annonce plusieurs décrets en vue d’une meilleure participation des fidèles à la messe. L’article 50 dit clairement que l’ordinaire de la messe sera révisé et il fixe quelques buts et moyens. On procédera « de telle sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre, ainsi que la connexion mutuelle de chacune de ses parties, et que soit facilitée la participation pieuse et active des fidèles. » Il semble néanmoins que la partie dite « active » a pris le pas sur la participation pieuse, après avoir garanti « le maintien de la substance des rites », en appliquant l’indication « on les simplifiera, on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité. » Mais il y a eu des erreurs dans ce qu’on estimait être des redoublements. La prière secrète du prêtre avant la communion a été scindée en deux, pour en choisir une seule, à tort. On se demande donc ce qui est à considérer comme « la substance des rites » pour rétablir « selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure où cela apparaîtra opportun ou nécessaire. »
Le missel de 1966, paru sous l’autorité du cardinal Lercaro, me semble avoir bien répondu à ces préoccupations concernant l’ordinaire de la messe. Il avait incontestablement le mérite de maintenir un équilibre entre latin et le français. Le missel 1969, surtout à cause sa mauvaise traduction française du texte de Paul VI, a beaucoup désorienté ! Et pourtant, il comportait des rajouts utiles dont on est allé jusqu’à omettre ou falsifier la traduction.
Je prends cet exemple du début de la messe de Paul VI. En 1969, on se garda bien de traduire : « Fratres, agnocamus peccata nostra, ut apti simus ad sacra mysteria celebranda. » Nous lisions dans le nouveau missel de 1969 « Mes frères, préparons-nous à la célébration de l’Eucharistie, en reconnaissant que nous sommes pécheurs. » En réduisant la célébration au singulier, référant à la seule « eucharistie » (action de grâce), on a oublié les trois autres finalités de la messe, implicitement compris dans l’expression « sacra mysteria » (les saints mystères, au pluriel), préconisées pas le concile de Trente sous peine d’anathème : l’expiation, la supplication et l’adoration.
Aux sources abondantes des Saintes Écritures
L’article 51 annonce très justement : « on ouvrira plus largement les trésors de la Bible ». Effectivement le lectionnaire ne donnera plus chaque dimanche les mêmes textes qui lui étaient liés, tout comme pour la semaine. Ainsi arrivera-t-on à un lectionnaire comportant trois années, A, B et C, et à proposer ainsi une plus grande quantité de textes bibliques à méditer et à commenter ! Mais cela demande beaucoup plus de travail aux prêtres, à commencer par différentes institutions qui les préparent à l’exercice du ministère. C’est dans le domaine d’exégèse biblique qu’il faudra faire des efforts. Pour montrer la difficulté de l’entreprise, il faut savoir que ce qui a été donné en 1969 présentait déjà des difficultés dans le découpage de ce que l’on appelle des péricopes (passages de la Bible découpés pour l’usage liturgique).
Ces fautes, quand elles concernent le début ou la fin du passage, relèvent souvent d’une déficience en connaissances exégétiques. Mais quand il s’agit de versets situés au milieu du récit, cela est dû à l’idéologie. Tout ce que j’ai pu obtenir à la réédition des lectionnaires, c’est l’indication des coupures. Ainsi le prêtre qui prépare son homélie est averti et peut toujours avoir la curiosité de voir dans une Bible ce qu’on a voulu ôter de la lecture et de se demander pourquoi. Cela est souvent très intéressant, pour les versets omis surtout ! Mais le Concile n’y a aucune responsabilité, ni pour les versions tronquées, ni pour les questions de traduction. Ce sont des commissions nationales qui sont en cause : les présidents étaient-ils distraits ?
Une parole actualisée
L’article 52 est très important, car il oblige à fonder son homélie sur les ou le texte sacré du jour : « L’homélie par laquelle, en suivant le développement de l’année liturgique, on explique à partir du texte sacré les mystères de la foi et les normes de la vie chrétienne est fortement recommandée comme faisant partie de la liturgie elle-même. » Je rappelle que l’ancienne messe ne contenait pas cette recommandation. Je remarque avec joie que les groupes ou instituts qui pratiquent le rite romain en forme extraordinaire prêchent sur le texte du jour et ont heureusement reçu cette exhortation de Vatican II.
Une remarque personnelle, maintenant, concernant les trois lectures dominicales : Je crois qu’une seule doit servir de base à l’homélie, ce qui n’empêche pas d’avoir recours à un passage des deux autres pour appuyer un raisonnement. Je crois qu’il serait bon aussi de prêcher quelquefois sur l’Ancien Testament que le peuple catholique, dans sa grande majorité, ignore, et je n’exclus pas la deuxième lecture, surtout quand celle-ci permet d’expliquer une doctrine.
Je pense à certains passages de l’épître de saint Paul aux Romains, quand il est question du péché originel et du baptême. Il y a l’occasion de faire une prédication catéchétique qui serait très utile en ces temps d’analphabétisme chrétien.
Enfin, toujours en songeant à notre situation d’inculture, je me demande si à certaines messes (indiquées à l’avance) l’homélie ne pourrait pas durer 15 ou 20 minutes, les autres s’en tenant aux 10 minutes habituelles. Cela dit, j’ai entendu quelques prédicateurs dire en 5 à 6 minutes l’essentiel, et d’autres, dans le même temps, lasser les auditeurs ! Dans tous les cas, une homélie demande une longue préparation, incluant exégèse, prière, méditation… Ce n’est pas la veille de la prononcer qu’il faut y penser ! Beaucoup de fidèles sont très critiques vis-à-vis des homélies des prêtres, parce que ces derniers ne prennent pas la peine d’actualiser la Parole de Dieu. L’exercice est dangereux, certes, mais c’est comme toutes les autres dimensions d’un ministère qui consiste à exhorter et à dénoncer les manipulations diaboliques, dont notre époque de manque pas !
Nos paroles devraient être plus engagées et actualisées pour susciter l’action. Cela peut amener des discussions dans la communauté, voire avec les autorités. Mais cela aura le mérite de susciter des réflexions et il suffit de lire la Bible pour voir que la Parole de Dieu n’a pas toujours fait l’unanimité. Les prédicateurs devraient plutôt se méfier des homélies qui ne suscitent jamais de réactions !
Histoire du culte eucharistique et de la participation des fidèles
L’article 54 revient sur le latin d’une manière bien intéressante et qui a été complètement oubliée dans les années 1970-1980. D’abord il est question de « donner la place qui convient à la langue du pays », ce qui prouve, au passage que le latin en avait conservé une : la première. Ensuite vient cette demande ignorée complètement en France, et sans doute ailleurs : « On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent. » Cette exigence est importante car elle constitue un des signes de la catholicité de l’Église, en ce sens que des gens ne parlant pas la même langue sont unis par latin, langue liturgique qu’on peut utiliser pour des rassemblements internationaux.
L’article 55 affirme : « On recommande fortement cette participation plus parfaite à la messe qui consiste en ce que des fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le Corps du Seigneur, avec des pains consacrés à ce même sacrifice. » La communion fréquente est donc recommandée et il importe de dire quelques mots de cette question. En effet, si dans les tous premiers siècles les chrétiens communiaient à toutes les messes, les choses vont changer à partir du 12e siècle avec l’adoration du Saint-Sacrement. Cette pratique va sacraliser tellement l’hostie présentée à l’adoration, avec force décorations, nombreux cierges, qu’on aura peur de la toucher. En 1264, le pape Urbain IV institue la fête Corpus Christi, l’ostensoir apparaît avec des processions. En 1215, le quatrième Concile de Latran avait imposé la communion au moins une fois par an, à Pâques. À part cela, on communiera rarement, tout en assistant à la messe.
Au 16e siècle, l’adoration s’accentue, avec un decorum baroque de plus en plus riche pour souligner le présence réelle, contestée par certains réformateurs protestants, surtout Zwingli à Zurich. Le concile de Trente (1545-1563) aura beau affirmer que « la très sainte Eucharistie a, certes, ceci de commun avec les autres sacrements, qu’elle est « le symbole d’une réalité sainte et la forme visible d’une grâce invisible ». Mais ce que l’on trouve en elle d’excellent et de particulier est que les autres sacrements ont la vertu de sanctifier lorsque quelqu’un y a recours, alors que dans l’Eucharistie se trouve l’auteur même de la sainteté avant qu’on ne la reçoive. » (Denz 1639) Cet article sur l’excellence de la très sainte Eucharistie par rapport aux autres sacrements n’augmentera pas la participation à la communion.
Le 17e siècle verra les choses s’aggraver avec la querelle janséniste. Il faut attendre saint Pie X et son motu proprio du 16 juillet 1905, Sacra Tridentina synodus. Le pape n’entend pas innover mais se baser sur le concile de Trente qui avait développé cette question de l’Eucharistie. Il fait référence à la session XIII du 11 octobre 1551 et à son décret sur le très Saint-Sacrement de l’Eucharistie, et je crois utile de citer le chapitre II, « Raison de l’institution de ce très saint sacrement », qui précède immédiatement la citation que j’ai faite plus haut.
« Notre Sauveur a voulu se sacrement comme aliment, spirituel des âmes qui nourrit et fortifie ceux qui vivent de sa vie, lui qui a dit « qui me mange vivra lui-même par moi », et comme antidote nous libérant des fautes quotidiennes et nous préservant des péchés mortels. Il a voulu en outre que ce soit le gage de notre gloire à venir et de notre félicité éternelle, en même temps qu’un symbole de cet unique corps dont il est lui-même la tête et auquel il a voulu que nous, en tant que ses membres, nous soyons attachés par les liens les plus étroits de la foi, de l’espérance et de la charité, en sorte que nous disions tous la même chose et qu’il n’y ait pas de divisions parmi nous. »
Et ce texte de Trente sera même appuyé par le canon 5 concernant ce passage : « Si quelqu’un dit ou bien que le fruit principal de l’Eucharistie est la rémission des péchés ou bien qu’elle ne produit pas d’autres effets : qu’il soit anathème ! »
Et le concile Vatican II, dans le même esprit que saint Pie X, va encore se référer à Trente pour son autorisation de communier sous les deux espèces, en certains cas seulement.
« La communion sous les deux espèces, étant maintenus les principes dogmatiques, établis par le Concile de Trente, peut être autorisée au jugement des évêques, dans les cas que le Siège apostolique précisera, soit aux clercs et aux religieux, soit aux laïcs, par exemple aux nouveaux ordonnés dans la messe de leur ordination, aux profès dans la messe de leur profession religieuse, aux néophytes dans la messe qui suit le baptême. » (Article 55)
En évoquant le concile de Trente, Vatican II fait allusion à sa XXIe session, du 16 juillet 1562, exposition de la doctrine sur la communion sous les deux espèces. Après avoir expliqué que l’Église avait le pouvoir de changer la manière de distribuer les sacrements, le Concile explique au chapitre III : « Il déclare en outre que, bien que notre Rédempteur, comme il a été dit plus haut lors de la dernière Cène, ait institué et donné aux apôtres ce sacrement sous les deux espèces, il faut pourtant reconnaître que même sous l’une des deux espèces seulement on reçoit le Christ totalement et entièrement ainsi que le sacrement en toute vérité, et qu’en conséquence, en ce qui concerne le fruit du sacrement, ceux qui reçoivent une seule espèce ne sont privés d’aucune grâce nécessaire au salut. »
Et ceci est appuyé par trois canons lançant l’anathème sur les contradicteurs. Par exemple, le canon 1 affirme : « Si quelqu’un dit qu’en raison d’un commandement de Dieu ou par nécessité pour le salut, tous et chacun des chrétiens doivent recevoir les deux espèces du très Saint-Sacrement de l’Eucharistie : qu’il soit anathème ! » Vatican II ne veut absolument pas contredire le concile de Trente. Il use du droit qu’a l’Église de modifier la manière dont sont distribués les sacrements. Trente l’avait déjà rappelé. Et en 2004, Rome publiera Redemptoris sacramentum pour corriger certains abus liés à la communion sous les deux espèces, comme l’intinction pratiquée par les fidèles eux-mêmes. Cette pratique est classée dans les « graviora delicta », les abus les plus graves. L’intinction doit être pratiquée par le prêtre qui alors dépose l’hostie imbibée du précieux sang sur la langue du communiant (mais encore faut-il que l’hostie soit appropriée et puisse absorber le liquide, ne pas y veiller risque de conduire au sacrilège…)
L’article 56 insiste sur l’unité des deux parties de la messe. Depuis la publication de ce texte jusqu’à maintenant, cette déclaration est particulièrement opportune, car la célébration eucharistique contient une dimension évangélisatrice incontestable. On devrait y réfléchir pour les obsèques et les mariages (sauf si pour ces derniers, il y a eu une dispense pour disparité de culte). On voit bien que le Concile n’est pas responsable de la rareté des messes pour les obsèques et les mariages, puisqu’il insiste sur l’unité des deux parties de la messe ! Pourquoi, à des moments importants de la vie, cette unité deviendrait secondaire et au choix ? Ceci est particulièrement important pour des obsèques, parce que là nous touchons à l’identité catholique : la messe pour les défunts est ce qui illustre le mieux toute l’étendue de la promesse de Jésus à Pierre, concernant le pouvoir de l’Église sur les portes de l’hadès (le séjour des morts).
Certes, l’application des grâces de la messe ne se fait que par suffrages (la prière de l’Église), mais ceux-ci s’expriment au travers du sacrifice de la messe. Ce qui n’empêche pas certains de dire que c’est la même chose sans messe, idée inexistante dans le Concile. Mais il me semble qu’ils sortent là du catholicisme, surtout si avant de prendre leur décision, ils se sont enquis du nombre de communiants possibles, de la foi du mort etc. Que font-ils du purgatoire ? Un certain nombre de mes confrères n’y croient plus ! Et pourtant, la question des fins dernières est une partie importante de la doctrine catholique, en particulier en vue de l’évangélisation.
La messe concélébrée
En rappelant l’unité du sacerdoce, l’article 57 étend le cas de la concélébration : conformément à la Tradition, tant orientale qu’occidentale, elle se tiendra ordinairement le Jeudi saint, tant à la messe chrismale qu’à la messe du soir, aux messes célébrées dans les conciles, les assemblées épiscopales et les synodes, et la messe de bénédiction d’un abbé. Mais il est laissé à l’évêque du lieu la possibilité d’en permettre d’autres. La permission n’est pas une obligation pour le prêtre, sauf le Jeudi saint. Enfin, l’article 58 ajoute : « On composera un nouveau rite de la concélébration qui devra être inséré dans le pontifical et le missel romain. »
Ceci appelle à l’évidence des commentaires car cela a divisé les catholiques pour des raisons qu’il faut comprendre avant de condamner. D’abord il faut distinguer deux situations : l’évêque est-il présent ou non ? Si l’évêque est présent, cela ne devrait poser aucun problème théologique, même si la forme liturgique en pose. D’ailleurs le Concile l’a bien senti, puisqu’il demande un nouveau rite de concélébration. Et je pose la question, parce que je ne suis pas spécialiste de l’histoire la liturgie : n’en existe-t-il pas un ancien ? Malgré les réponses diverses et variées que j’ai reçues, je suis persuadé que oui, tout simplement parce que la concélébration de l’évêque avec le nouvel ordonné est ancienne. Elle date du 3e siècle vraisemblablement, mais elle disparaît au Moyen Âge, sauf aux ordinations.
Le sens principal est que le nouvel ordonné participe au sacerdoce du Christ que l’évêque possède en plénitude. Les autres prêtres présents célébraient aussi. Il serait intéressant de connaître toutes les raisons qui ont fait cesser cette pratique jusqu’à Vatican II. Je remarque aussi que la nouvelle liturgie annoncée pour la concélébration n’a toujours pas vu le jour. Je me dis que c’est certainement un bien, compte tenu du manque de compétences des « spécialistes » en liturgie qui ont sévi immédiatement après Vatican II et des traducteurs qui les ont « accompagnés ». Mais qu’il serait urgent de se mettre d’accord sur un rite de concélébration en présence de l’évêque, et d’un autre quand l’évêque est absent. Le flou actuel n’est pas bon !
Laisser concélébrer des prêtres présents dans l’assemblée avec des laïcs n’a pas de sens. Ils devraient entourer l’autel pour la deuxième partie de la messe. Et s’ils sont trop nombreux, il faut qu’une partie ne concélèbre pas. La multiplication des réceptacles à précieux-sang et à hostie pour la communion des prêtres est peut-être très pratiques pour faciliter une concélébration rapide, mais peut porter atteinte au caractère sacré de ce haut moment de la liturgie. Il sera aussi nécessaire d’indiquer très précisément ce que doivent faire et dire à voix basse ou haute les concélébrants, surtout en l’absence d’évêque.
Enfin, et je pense aux lieux de vacances qui voient leur population augmenter significativement pour deux ou trois mois, je me demande si l’on ne devrait pas empêcher que deux à trois prêtres se retrouvent à concélébrer dans un seul sanctuaire, alors qu’une bonne quarantaine d’églises du secteur restent fermées ! Les prêtres en vacances sont, à mon avis, moralement tenus d’indiquer leur présence aux responsables ecclésiastiques locaux et leurs disponibilités, s’ils sont en bonne santé !
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