Léon XIV à la basilique de l’Immaculée Conception de Mongomo, 22 avril 2026 © Vatican Media

Léon XIV à la basilique de l’Immaculée Conception de Mongomo, 22 avril 2026 © Vatican Media

Destin de l’Afrique et mission de l’Église en Afrique : l’approche de Léon XIV 

Réflexion du P. Rodrigue Gbédjinou (Cotonou-Bénin)

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L’Afrique, souvent présentée comme l’espérance de l’humanité, fascine et intrigue. Malgré ses valeurs et ressources, elle souffre de repères dans un monde sans repères. Pour son développement et sa mission historique, n’aurait-elle pas alors besoin d’un réarmement éthique ? C’est ce que suggère de manière percutante Léon XIV lors de son séjour en Afrique où il a fortement insisté sur la formation de la conscience comme mission de l’Église.

Léon XIV, un héros/héraut de la conscience 

Chantages et pressions de son pays n’ont point émoussé son ardeur à prêcher la paix par la justice et le droit. Il ne s’est pas rétracté. Bien au contraire ! Le contexte lui a permis de défendre davantage depuis l’Afrique ces valeurs vitales pour le monde. Un bel exemple de témoignage, de crédibilité et de pédagogie pour les pasteurs en Afrique. Certains parmi eux, évoquant souvent la complexité des situations, face au pouvoir, au pouvoir de l’argent ou à l’argent du pouvoir, se rétractent facilement dans le silence, se (fau)filant dans les couloirs du pouvoir ou préfèrent s’en tenir à une présentation tiède des implications sociopolitiques de la Parole de Dieu. D’autres en revanche, revendiquant leur munus prophétique, se saisissent sans discernement des actualités et passent aux attaques et dénonciations, se confondant ainsi à des acteurs politiques. L’une et l’autre approche rendent inaudible la voix de l’Église. Pour une participation légitime et efficiente au développement sociopolitique, Léon XIV rappelle la voie ecclésiale : « Il est donc essentiel qu’en interprétant la réalité avec sagesse, vous ne cessiez de dénoncer les injustices, tout en proposant des solutions inspirées par la charité chrétienne ». Telle une sentinelle éthique, l’Église forme par la Parole de Dieu, les consciences.

Valeur de la conscience et formation des consciences  

Sans conscience, l’engagement et les convictions se meurent. C’est « dans la conscience que s’élabore le discernement moral, grâce auquel est librement recherché ce qui est vrai et honnête. Lorsque la conscience prend soin d’être éclairée et droite, elle devient la source d’une action cohérente, orientée vers le bien, la justice et la paix ». La conscience formée permet donc de démêler le vrai de l’ivraie, de connaître la vérité « qui nous précède, nous appelle et nous transcende ». Sans la vérité, la paix, la justice et le droit sont des utopies. La vérité n’est donc pas inaccessible à l’homme. Léon XIV rappelle plutôt la quête de la vérité comme humaine. Il a défini à Yaoundé et à Malabo, l’université comme un lieu par excellence d’éducation à la vérité. Si telle est la mission originelle de toute université, l’université catholique qui en est la matrice doit l’empoigner avec assiduité et ne pas se satisfaire seulement des performances académiques.   

Si pour tout homme, la conscience et la vérité constituent une exigence morale, pour le chrétien, elles sont un signe de salut. Être chrétien, c’est devenir un homme de conscience, un quêteur de vérité. Le défi de l’Église en Afrique consiste alors à « contribuer à la formation des consciences, par l’annonce de l’Évangile, en proposant des critères moraux et des principes éthiques authentiques, dans le respect de la liberté de chaque individu et de l’autonomie des peuples et de leurs gouvernements ». Elle ne peut donc plus se contenter du nombre croissant des chrétiens, des vocations sacerdotales ou religieuses ou l’expression joyeuse ou folklorique de la foi comme critère de sa vitalité, mais elle doit en vérité interroger sa capacité à produire des chrétiens honnêtes. Une belle gageure. Mais la Doctrine Sociale de l’Église constitue à cet effet, « une aide pour tous ceux qui souhaitent affronter les ‘‘choses nouvelles’’ qui déstabilisent la planète et la vie en société, en recherchant avant tout le Royaume de Dieu et sa justice ». 

 

P. Rodrigue Gbédjinou, théologien

Directeur de l’École d’initiation théologique et pastorale (Cotonou-Bénin)

 

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Rédaction

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