L’élection De L’évêque Emil Shimoun Nona Comme Patriarche – Désormais Paul III Nona – Conclut Un Synode Décisif Qui S’est Tenu À Rome Du 9 Au 12 Avril © Patriarcat Chaldéen

L’élection De L’évêque Emil Shimoun Nona Comme Patriarche – Désormais Paul III Nona – Conclut Un Synode Décisif Qui S’est Tenu À Rome Du 9 Au 12 Avril © Patriarcat Chaldéen

Un nouveau patriarche pour l’Église chaldéenne : Mar Paul III Nona

L’évêque Emil Shimoun Nona, marqué par l’exil et la diaspora, est élu à Rome à l’issue d’un synode décisif (9-12 avril 2026)

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(ZENIT News / Cité du Vatican, le 12 avril 2026) – Dans un contexte marqué à la fois par la continuité et l’urgence, l’Église catholique chaldéenne a élu un nouveau patriarche, confiant son avenir à un pasteur forgé par l’exil, la diaspora et la résilience ecclésiale. L’élection de Mgr Emil Shimoun Nona comme patriarche – désormais Mar Paul III Nona – conclut un synode décisif qui s’est tenu à Rome du 9 au 12 avril 2026 et ouvre un nouveau chapitre pour l’une des plus anciennes communautés chrétiennes. 

Présidé par l’archevêque Habib Hormiz de Bassora, en sa qualité d’administrateur patriarcal, le synode a réuni des évêques chaldéens du monde entier à un moment où leur Église est confrontée à une transition interne et à des pressions externes d’une ampleur historique. Cette élection a fait suite à la démission, acceptée en mars, du cardinal Louis Raphaël Sako, dont le long patriarcat avait guidé l’Église à travers des années de turbulences. 

Mar Paul III Nona, âgé de 58 ans, connaît bien ces difficultés. Son ministère épiscopal a été marqué par certains des épisodes les plus dramatiques de l’histoire récente du Moyen-Orient. Archevêque de Mossoul, il a dirigé sa communauté jusqu’en 2014, lorsque l’avancée de l’État islamique a provoqué le déplacement massif de chrétiens et l’a contraint à l’exil. Cette expérience, partagée par des milliers de fidèles chaldéens, est devenue un élément fondamental de son identité pastorale. Le pape François l’a ensuite nommé à la tête de la diaspora chaldéenne en Australie et en Nouvelle-Zélande, et il réside actuellement à Sydney. Nona incarne une Église qui vit de plus en plus au-delà de ses terres ancestrales. 

Son élection revêt donc une double signification. Elle marque non seulement une transition générationnelle à la tête de l’Église, mais reconnaît également que l’Église chaldéenne est aujourd’hui enracinée au Moyen-Orient et profondément marquée par sa dispersion mondiale. La population chaldéenne mondiale est estimée à environ un million de fidèles, dont une grande partie réside actuellement hors d’Irak. Pendant ce temps, la présence chrétienne en Irak a connu un déclin dramatique, passant de plus de 1,5 million en 2003 à environ 300 000 aujourd’hui, certaines estimations suggérant des chiffres encore plus bas. La guerre, l’instabilité et la montée de la violence extrémiste ont accéléré cette transformation démographique, laissant l’Église s’interroger sur sa survie, son identité et sa mission. 

Les délibérations du synode se sont déroulées à proximité du Saint-Siège et ont notamment inclus une rencontre avec le pape Léon XIV le 10 avril. Dans son discours aux évêques, le pape a exposé une vision exigeante de la direction ecclésiale, insistant sur la transparence de la gouvernance, la prudence dans la communication publique et un engagement renouvelé dans la formation des prêtres. Ses paroles reflétaient une préoccupation plus large : la crédibilité et l’unité de l’Église dépendent non seulement de la fidélité doctrinale, mais aussi de l’intégrité de son témoignage. 

Dans le même temps, Léon XIV a replacé l’Église chaldéenne dans un contexte théologique et historique plus large. Il a rappelé le rôle irremplaçable des chrétiens du Moyen-Orient comme témoins vivants sur les terres où le christianisme est né, décrits avec force comme des « étoiles dans le firmament ». Son appel était à la fois pastoral et géopolitique : que ces communautés ne soient pas réduites à de simples vestiges symboliques, mais qu’elles se voient garantir la pleine citoyenneté, la liberté religieuse et la dignité dans leurs pays d’origine. Cette tension entre enracinement et dispersion définira probablement le patriarcat de Mar Paul III. D’une part, il y a l’impératif de maintenir la vie chrétienne en Irak et dans la région en général, malgré l’insécurité et l’émigration. D’autre part, il y a la responsabilité pastorale envers une diaspora qui n’est pas seulement temporaire, mais de plus en plus permanente. La biographie même du nouveau patriarche témoigne d’une conscience aiguë de ces deux dimensions. 

Au sein même de l’Église, cette transition invite également à un renouveau intérieur. Le communiqué final du synode a appelé à l’unité entre le clergé et les laïcs, exhortant tous les membres de l’Église chaldéenne à s’unir autour de leur nouveau chef. Ces appels ne sont pas de simples formalités. Dans une communauté marquée par le déracinement, la fragmentation culturelle et la diversité des contextes pastoraux, le rôle du patriarche comme figure unificatrice devient particulièrement crucial. 

Historiquement, la fonction de patriarche dans les Églises catholiques orientales revêt un poids à la fois spirituel et institutionnel. Contrairement aux évêques de rite latin, les patriarches orientaux président des structures synodales qui leur confèrent une large autonomie tout en maintenant une pleine communion avec Rome. Cet équilibre entre autonomie et unité exige des compétences diplomatiques et pastorales, qualités qui seront mises à l’épreuve dans les années à venir. 

Mar Paul III a déjà exprimé son intention d’exercer son ministère dans cet esprit, affirmant sa confiance en la grâce divine et son engagement à servir en communion avec ses frères évêques. Son ministère s’exercera dans un contexte où les frontières entre patrie et diaspora, tradition et adaptation, sont en constante redéfinition. 

Pour l’Église chaldéenne, l’élection à Rome ne se résume pas à un simple changement de direction. Elle répond à un moment historique où la survie même est devenue une question théologique. Que ce soit dans les rues de Mossoul, jadis désertes à cause de la guerre, ou dans les banlieues de Sydney, où de nouvelles communautés prennent racine, la mission demeure la même : maintenir vivante la foi à travers des territoires fragmentés. 

En ce sens, le nouveau patriarche hérite non seulement d’une charge, mais aussi d’une mission marquée par la perte, la résistance et l’espoir persistant que l’ancienne présence chrétienne en Orient ne sombre pas dans l’oubli.

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Rédaction

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