Message du pape Léon XIV © Vatican Media

pape Léon XIV © Vatican Media

« La douleur se transforme en amour » : éclairage du Saint-Père sur le mystère de la souffrance


À la Commission biblique pontificale, un appel à une exégèse marquée par la compassion

Share this Entry

 

À l’occasion de leur assemblée plénière du 13 au 17 avril à Rome, le pape Léon XIV invite les biblistes à unir rigueur scientifique et attention aux souffrances humaines, rappelant qu’en Christ, la fragilité devient chemin de sens, de solidarité et d’espérance.

_________________

Une exégèse attentive au drame des personnes qui souffrent

Monsieur le Cardinal Président,

Chers membres de la Commission biblique pontificale,

je suis heureux de m’adresser à vous par ce message, au début de votre Assemblée plénière annuelle. Vous vous êtes réunis pour approfondir le thème de la souffrance et de la maladie : une expérience qui concerne tout le monde, chaque être humain, marqué par la fragilité, la maladie, la mort. Notre nature blessée porte en effet en elle-même la réalité de la limite et de la finitude.

Pourquoi la maladie ? Pourquoi la souffrance ? Pourquoi la mort ? Face à ces questions, même les croyants vacillent parfois, en venant à éprouver le désarroi, voire le désespoir et la rébellion contre Dieu.

À la lumière de la foi, nous savons cependant que la douleur et la maladie peuvent rendre la personne plus sage et plus mûre, en l’aidant à discerner dans sa propre vie ce qui n’est pas essentiel pour se tourner ou revenir vers le Seigneur. Nous puisons cette vision de la foi dans les Saintes Écritures et dans la Tradition de l’Église : à ce propos, je vous encourage à unir, dans votre travail exégétique, la recherche scientifique et l’attention aux expériences communes de la vie, afin d’en éclairer même les aspects les plus difficiles par la sagesse de la Parole inspirée.

L’évangéliste Marc rapporte qu’un jour, Jésus, voyant les foules égarées et souffrantes, fut ému de compassion pour elles, car elles étaient comme des brebis sans berger (cf. Mc 6, 34). Cette compassion de Jésus envers les nécessiteux et les malades revient souvent dans les pages de l’Évangile : le Seigneur a compassion d’un lépreux qui lui demande d’être guéri (cf. Mc 1,40-41) ; il a compassion des foules affamées et épuisées et intervient en leur faveur (cf. Mc 8,2) ; il a compassion de deux aveugles qui lui demandent de leur rendre la vue et il les guérit (cf. Mt 20,34) ; il est saisi d’une « grande compassion » pour une mère veuve qui accompagne son fils unique au tombeau, et il le ressuscite (cf. Lc 7,13). La compassion du Christ envers tous ceux qui souffrent est si intense qu’il s’identifie à eux : « J’étais malade et vous m’avez rendu visite » (Mt 25, 36).

Jésus lui-même, qui a parcouru les chemins parmi les gens en faisant du bien à tous et en guérissant toutes sortes de maladies et d’infirmités, a ordonné à ses disciples de prendre soin des malades, de leur imposer les mains et de les bénir en son nom (cf. Mt 10, 8 ; Lc 10, 9). À travers l’expérience de la fragilité et de la maladie, nous aussi, nous pouvons et devons apprendre à marcher ensemble, dans la solidarité humaine et chrétienne, selon le style de Dieu, qui est compassion, proximité, tendresse, solidarité.

Réconfortés par la foi en Christ, nous pouvons alors vaincre la peur de la maladie et de la mort précisément en prenant davantage conscience de notre fragilité à la lumière de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. En Christ, en effet, la souffrance et la maladie ne sont plus ce destin cruel devant lequel il faut se plier sans comprendre. Avec Jésus, la douleur se transforme en amour, en rédemption et en aide fraternelle. Accueillons donc le Christ dans notre vie : Il est le seul médecin qui puisse guérir pour toujours les maladies de l’âme.

Je vous invite à considérer, outre la maladie, la douleur physique et la mort, aussi les souffrances des pauvres, des migrants, des derniers de la société, qui sont présentes dans tant de pages de l’Écriture Sainte.

Contemplons en particulier la Vierge souffrante aux côtés de Jésus, au pied de la Croix : elle, en tant que Mère, endure sur le Calvaire les souffrances de son Fils et y participe avec un cœur rempli de foi, offrant sa souffrance déchirante pour le bien de tous. Ainsi, son intercession acquiert pour nous une valeur unique.

L’exemple de la Mère, en effet, invite chaque croyant, non seulement à prier pour ses frères, mais aussi à imiter l’humble offrande de ses propres douleurs en union avec le Sacrifice du Christ. En ce sens, chacun peut dire avec Marie : « Je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, en faveur de son corps qui est l’Église » (Col 1, 24). Cet accomplissement est réel en nous, sans pour autant ajouter quoi que ce soit à l’œuvre salvifique de l’unique Rédempteur, qui est parfaite, universelle et surabondante : « La souffrance du Christ a créé le bien de la rédemption du monde. Ce bien est en soi inépuisable et infini. Aucun homme ne peut y ajouter quoi que ce soit ». [1] Cet accomplissement signifie plutôt que chaque personne qui souffre y prend part, c’est-à-dire qu’elle s’implique dans cette œuvre et l’exprime avec les caractéristiques uniques qui jaillissent de sa propre histoire. En effet, le Christ « a ouvert sa souffrance à l’homme, car lui-même, dans sa souffrance rédemptrice, est devenu, en un certain sens, participant de toutes les souffrances humaines […] enrichies d’un nouveau contenu et d’une nouvelle signification ». [2]

Le cardinal président m’a rapporté que la Commission biblique analyse actuellement différentes figures de personnages bibliques souffrants. Leur ensemble deviendra certainement un très beau symbole d’espérance pour toute personne qui unit ses propres souffrances au Christ crucifié, renouvelant ainsi la manifestation de son visage d’amour.

Très chers membres de la Commission biblique pontificale, je vous adresse à tous mes remerciements et mes encouragements personnels. En vous souhaitant une poursuite fructueuse de vos travaux, j’invoque la lumière de l’Esprit Saint et je vous accorde à tous la bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 27 mars 2026

Léon PP. XIV

______________________________________________________

[1] Saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Salvifici doloris (11 février 1984), 24.

[2] Ibid., 20.

Share this Entry

Pape Léon XIV

FAIRE UN DON

Si cet article vous a plu, vous pouvez soutenir ZENIT grâce à un don ponctuel