Le matin du mardi 14 avril, le pape Léon XIV a visité le site archéologique d’Hippone. Le Saint-Père a traversé les ruines et, arrivé au bout du parcours, a déposé une couronne de fleurs en mémoire de saint Augustin, qui fut évêque de cette ville romaine pendant plus de trente ans. La chorale de l’Institut de musique d’Annaba a entonné un chant, et le pape s’est recueilli pour un moment de prière.
À la fin, vers 11 h 30, le souverain pontife s’est rendu en voiture à la maison d’accueil pour personnes âgées des Petites sœurs des pauvres.
À la maison « Ma Maison » d’Annaba, le discours du pape Léon XIV, les témoignages émouvants des résidents et des responsables, ainsi que le cadeau offert à la communauté ont marqué une rencontre profondément fraternelle, placée sous le signe de l’amour, du service et de l’espérance.
Mot de bienvenue de Mgr Paul DESFARGES, SJ, archevêque émérite d’Alger (2016-2021) après avoir été évêque de Constantine et Hippone (2009-2017), algérien, aujourd’hui résident chez les Petites sœurs
Très Saint Père, quelle joie de vous accueillir, non plus comme il y a quelques années, comme évêque de ce lieu lors de l’inauguration de la Basilique Saint Augustin si bellement restaurée, mais de vous accueillir comme résident de cette Maison, résident au milieu de mes frères et sœurs résidents, avec tout le personnel si attentif à chacun et nos chères Petites Sœurs. « Vita NOSTRA dilectio est ! Pour nous vivre c’est aimer« , aimait répéter saint Augustin. Ici chacun se fait serviteur, servante des personnes âgées, attentif aux plus fragiles, aux plus vulnérables. Nous sommes témoins de l’attention des Petites Sœurs et du personnel, pour accompagner avec tendresse les personnes âgées, jusqu’à la fin de leur vie sur cette terre.
Nous sommes témoins chaque jour du petit miracle du sourire, de la poignée de main chaleureuse qui nourrissent la dilectio divine, l’élan du cœur des uns vers les autres, des uns pour les autres. Votre passage Saint Père vient confirmer la Maison dans sa belle mission de témoin de l’amour gratuit de Dieu pour tous ses enfants et d’abord les plus pauvres. Merci Saint Père pour votre bénédiction.
+ Père Paul
Mot de bienvenue (en arabe) de M. Salah BOUCHEMEL, résident algérien musulman

Je m’appelle M. Salah et je vis ici. Cette maison est devenue mon chez-moi, et je m’y sens très bien. Chaque jour, nous vivons tous ensemble : les résidents, les sœurs et les employés. Tout le monde se respecte, et l’ambiance ici est agréable, pleine d’entraide et de gentillesse. Les Sœurs et les employés travaillent ensemble et prennent soin de nous chaque jour.
Ici, chacun est libre de pratiquer sa religion, que ce soit l’islam ou la chrétienté. Cette différence ne nous sépare pas, elle nous aide à vivre ensemble dans le respect et la paix. Moi, j’aime rester actif. Je fais du jardinage, j’aide un peu en cuisine quand je peux, et je participe aux activités. Cela me fait du bien et me fait sentir utile.
Pape Léon, votre visite est une grande joie pour nous. Elle nous rappelle l’importance du respect, de la fraternité et du vivre ensemble.
Merci d’être parmi nous aujourd’hui, et merci à tous ceux qui font de cette maison un endroit chaleureux chaque jour.
Paroles du Saint-Père
Excellences,
Chères Sœurs,
chers frères et sœurs, bonjour ! As-salamu alaykom !
Je vous remercie de m’accueillir dans cette maison ! Je suis heureux car Dieu habite ici, car là où il y a de l’amour et du service, là est Dieu. Je remercie les Petites sœurs des pauvres ainsi que le personnel de la maison. Merci, Mère Filomena, pour l’accueil que vous m’avez réservé.
Merci, cher Mgr Desfarges, pour vos paroles, vos paroles touchantes ! En vous écoutant et en voyant votre présence ici parmi les frères et sœurs âgés, il me vient spontanément de louer Dieu et de le remercier. Comme l’a fait Jésus ce jour-là, où il s’est réjoui dans l’Esprit Saint et a dit : « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et que tu les as révélées aux petits. Oui, ô Père, car tel a été ton bon plaisir » (Lc10,21).
Je remercie M. Salah Bouchemel pour son témoignage, si beau et si réconfortant. Je pense que le Seigneur, depuis le Ciel, en voyant une maison comme celle-ci, où l’on cherche à vivre ensemble dans la fraternité, peut se dire : alors, il y a de l’espoir ! Oui, car le cœur de Dieu est déchiré par les guerres, les violences, les injustices et les mensonges. Mais le cœur de notre Père n’est pas avec les méchants, avec les tyrans, avec les orgueilleux : le cœur de Dieu est avec les petits, avec les humbles, et c’est avec eux qu’il fait avancer son Royaume d’amour et de paix, jour après jour. Comme vous essayez de le faire ici dans votre service quotidien, dans votre amitié, dans votre vie commune.
Merci, chères sœurs et chers frères, pour cette rencontre ! Je vous porte dans ma prière et je vous donne de tout cœur ma bénédiction.
Cadeau offert à la communauté : l’icône du mandat missionnaire
À l’occasion de sa visite à la maison d’accueil des Petites sœurs des pauvres et de sa rencontre privée avec les membres de l’Ordre de Saint-Augustin, le pape Léon XIV a offert en cadeau une icône du mandat missionnaire, signe de l’appel à annoncer l’Évangile et à servir avec fidélité.
Cette icône, réalisée en 2014 par le mosaïste et iconographe albanais Josif Droboniku (1952–2020), l’un des artistes contemporains les plus importants dans le domaine de l’art sacré, représente le Christ ressuscité envoyant les apôtres en mission, un thème profondément ancré dans la tradition évangélique et dans la spiritualité de l’Église.
L’œuvre s’inscrit dans la grande tradition byzantine, que l’artiste interprète avec une sensibilité contemporaine et une profonde fidélité au langage symbolique de l’iconographie chrétienne. La scène rappelle le moment où le Seigneur, après la Résurrection, confie aux disciples le mandat de proclamer l’Évangile à toutes les nations.
Au centre de l’icône se dresse la figure lumineuse du Christ, vêtu de blanc, couleur qui, dans la tradition iconographique, exprime la gloire de la Résurrection et la victoire sur la mort. Le Seigneur apparaît les bras tendus dans un geste qui unit révélation et envoi : d’une part, Il manifeste la plénitude de Sa gloire divine ; d’autre part, Il confie aux Apôtres la mission d’apporter la lumière de l’Évangile au monde.
Les disciples sont rassemblés autour de lui, représentés dans une attitude d’écoute et de contemplation. Ils représentent la première communauté de l’Église, appelée à recevoir et à transmettre le don du salut. L’ensemble de la composition exprime ainsi le passage de la Résurrection à la mission : de la victoire du Christ sur la mort jaillit la mission universelle de l’Église.
Derrière le Seigneur s’ouvre une mandorle lumineuse, symbole de la gloire divine et de la dimension transcendante du Christ ressuscité. Cet élément iconographique, typique de la tradition byzantine, indique la présence du mystère divin qui transcende les limites de la réalité visible. Les rayons de lumière qui émanent de la figure du Christ évoquent la grâce qui se répand dans le monde entier à travers la prédication des Apôtres.
Dans la partie inférieure de l’icône figure une inscription grecque significative : «Πορευθέντες οὖν μαθητεύσατε πάντα τὰ ἔθνη» ; paroles tirées de l’Évangile selon saint Matthieu (Mt 28, 19), qui, dans la tradition latine, sont rendues par l’expression : « Euntes ergo docete omnes gentes », c’est-à-dire « Allez donc et faites de toutes les nations des disciples ».
Cette phrase résume le cœur de la mission chrétienne et représente le fondement même de la vie de l’Église : la proclamation de l’Évangile destinée à toutes les nations.
Dans cette icône, tradition et contemporanéité se rejoignent harmonieusement : le langage ancien des icônes continue de parler aux hommes d’aujourd’hui, nous rappelant que la foi chrétienne naît de la rencontre avec le Christ ressuscité et s’exprime dans la mission de proclamer sa lumière au monde.
Le mandat du Seigneur ne s’exprime toutefois pas seulement dans la parole proclamée, mais surtout dans le témoignage concret de l’amour. Chaque geste d’hospitalité, chaque acte de sollicitude envers les plus vulnérables ou les oubliés, devient un signe vivant de cette charité qui jaillit de l’Évangile et rend présente la miséricorde de Dieu dans l’histoire.
En ce sens, les paroles du pape Léon XIV rappellent le cœur authentique de la vie chrétienne : « L’amour du prochain est la preuve tangible de l’authenticité de notre amour pour Dieu » (Exhortation apostolique Dilexi te).
À la lumière de cette vérité évangélique, l’icône du Christ ressuscité envoyant les apôtres devient également un signe d’encouragement et d’espérance. Dans sa beauté silencieuse, elle nous rappelle que la mission confiée par le Seigneur se poursuit dans la vie de ceux qui, avec dévotion et humilité, rendent visible sa compassion dans le monde.
Ainsi, l’icône, à la lumière qui rayonne de la figure du Ressuscité, reste une invitation constante : se laisser éclairer par sa présence et, par la charité et le service, apporter le reflet de sa miséricorde là où le cœur humain attend consolation et espérance.
Cette phrase résume le cœur de la mission chrétienne et représente le fondement même de la vie de l’Église : la proclamation de l’Évangile destinée à toutes les nations.