ROME, Lundi 30 octobre 2006 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a prononcé à l’Université pontificale du Latran à l’occasion de l’inauguration de l’année universitaire, le samedi 21 octobre.

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Messieurs les Cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Mesdames et Messieurs,
Très chers étudiants!

Je suis particulièrement heureux de pouvoir partager avec vous le début de l'année académique, qui coïncide avec l'inauguration solennelle de la nouvelle Bibliothèque et de cette Aula Magna. Je remercie le Grand Chancelier, Monsieur le Cardinal Camillo Ruini, des paroles de bienvenue qu'il m’a m'adressées au nom de toute la communauté académique. Je salue le Recteur magnifique, Mgr Rino Fisichella, et je le remercie de son discours marquant le début de ce solennel acte académique. Je salue les Cardinaux, les Archevêques et les Evêques, les Autorités académiques et tous les professeurs, ainsi que tous ceux qui travaillent au sein de l'Université. Je salue ensuite avec une affection particulière tous les étudiants, parce que l'université est créée pour eux.

Je me souviens avec plaisir de ma dernière visite au Latran et, comme si le temps s’était arrêté, je voudrais reprendre l'argument dont il était alors question, comme si nous ne l'avions interrompu que pour quelques instants. Un contexte tel que le contexte universitaire invite de manière toute particulière à aborder à nouveau le thème de la crise de la culture et de l'identité, à laquelle nous assistons, de façon dramatique, au cours de ces dernières décennies. L'Université est l'un des lieux les mieux qualifiés pour tenter de trouver les voies opportunes pour sortir de cette situation. Au sein de l'Université, en effet, on conserve la richesse de la tradition, qui demeure vivante au cours des siècles — et la Bibliothèque est justement un élément essentiel pour conserver la richesse de la tradition —; en elle, on peut illustrer la fécondité de la vérité quand elle est accueillie dans son authenticité avec un esprit simple et ouvert. A l'Université, on forme les nouvelles générations, qui attendent une proposition sérieuse, engagée et capable de répondre dans de nouveaux contextes à la question éternelle sur le sens de notre existence. Cette attente ne doit pas être déçue. Le contexte contemporain semble donner le primat à une intelligence artificielle qui est toujours davantage sous l'emprise de la technique expérimentale et oublie ainsi que toute science doit toujours également sauvegarder l'homme et engager sa tension vers le bien authentique. Surévaluer le « faire » en dissimulant l'« être » n'aide pas à recomposer l'équilibre fondamental dont chacun a besoin pour donner à sa propre existence un solide fondement et une finalité valable.

Tout homme, en effet, est appelé à donner un sens à son action surtout lorsque celle-ci se place dans la perspective d'une découverte scientifique qui invalide l'essence même de la vie personnelle. Se laisser entraîner par le goût de la découverte sans sauvegarder les critères qui viennent d'une vision plus profonde ferait facilement verser dans le drame dont parlait le mythe antique: le jeune Icare, pris par le goût du vol vers la liberté absolue et inattentif aux avertissements de son vieux père Dédale, s'approche toujours davantage du soleil, en oubliant que les ailes avec lesquelles il s'est élevé vers le ciel sont de cire. La terrible chute et la mort sont le tribut qu'il paie à cette illusion. La fable antique contient une leçon d'une valeur éternelle. Dans la vie il y a bien d'autres illusions à laquelle on ne peut se fier, sans risquer des conséquences désastreuses pour sa propre existence et celle des autres.

Le professeur universitaire a le devoir non seulement d'enquêter sur la vérité et de susciter un émerveillement éternel face à cette vérité, mais également de promouvoir la connaissance de la vérité dans toutes ses dimensions et de la défendre contre des interprétations réductrices et déformées. Placer au centre le thème de la vérité n'est pas un acte purement spéculatif, réservé à un petit cercle de penseurs; au contraire, c'est une question vitale pour donner une profonde identité à la vie personnelle et susciter la responsabilité dans les relations sociales (cf. Ep 4, 25). En effet, si l'on abandonne la question sur la vérité et la possibilité concrète pour toute personne de pouvoir y parvenir, la vie finit par se réduire à un éventail d'hypothèses, privées de références sûres. Comme le disait le célèbre humaniste Erasme: « Les opinions sont des sources de bonheur à bon compte ! Apprendre la vraie nature des choses, même s'il s'agit de chose de moindre importance, coûte beaucoup d'efforts » (Eloge de la folie, XL, VII). C'est cet effort que l'Université doit s'engager à accomplir; cela passe à travers l'étude et la recherche, dans un esprit de patiente persévérance. Cet effort, quoi qu'il en soit, rend capable de pénétrer progressivement au cœur des questions et ouvre à la passion de la vérité et à la joie de l'avoir trouvée. Les paroles du saint Evêque Anselme d'Aoste conservent tout le poids de leur actualité: « Qu'en désirant je te cherche, qu'en cherchant je te désire, qu'en aimant je te trouve, qu'en te retrouvant je t'aime » (Proslogion, l). Que l'espace du silence et de la contemplation, qui sont le décor indispensable sur lequel planter les interrogations que suscite l'esprit, puissent trouver entre ces murs des personnes attentives qui sachent en mesurer l'importance, l'efficacité et les conséquences pour la vie personnelle et sociale.

Dieu est la vérité ultime à laquelle toute raison tend naturellement, sollicitée par le désir d'accomplir pleinement le parcours qui lui a été assigné. Dieu n'est pas une parole vide ni une hypothèse abstraite; au contraire, il est le fondement sur lequel construire sa propre vie. Vivre dans le monde veluti si Deus daretur implique d'assumer la responsabilité de savoir se charger de sonder tous les parcours possibles à condition de s'approcher le plus possible de Lui, qui est la fin vers laquelle tend toute chose (cf. 1 Co 15, 24). Le croyant sait que ce Dieu a un visage et qu'une fois pour toute, avec Jésus Christ, il s'est fait proche de chaque homme. Le Concile Vatican II l'a rappelé avec acuité: « Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d'homme, il a pensé avec une intelligence d'homme, il a agi avec une volonté d'homme, il a aimé avec un cœur d'homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l'un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (Gaudium et spes, n.22). Le connaître, c'est connaître la pleine vérité, grâce à laquelle on trouve la liberté: « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera » (Jn 8, 32).

Avant de conclure, je souhaite dire combien j'apprécie la réalisation du nouveau complexe architectural qui complète bien les structures de l'université, en les rendant toujours mieux adaptées à l'étude, à la recherche et à l'animation de la vie de toute la communauté. Vous avez voulu consacrer à mon humble personne cette Aula Magna. Je vous remercie de cette pensée; je souhaite qu'elle puisse être un centre fécond d'activité scientifique à travers lequel l'Université du Latran puisse se faire l'instrument d'un dialogue fructueux entre les diverses réalités religieuses et culturelles, dans la recherche commune de parcours qui favorisent le bien et le respect de tous.

Avec ces sentiments, tout en demandant au Seigneur de répandre sur ces lieux l'abondance de ses lumières, je confie le chemin de cette Année académique à la protection de la Très Sainte Vierge, et je donne à tous ma Bénédiction apostolique propitiatoire.

© Copyright du texte original en Italie : Libreria Editrice Vaticana
Traduction réalisée par Zenit